Un trimestre perdu
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Du premier janvier au 31 mars, nous bouclons ainsi le premier trimestre de l'année. Avec autant d'actualités et très peu d'activités pertinentes qui alimentent ces jours et semaines qui passent tellement vite dans nos vies, et dans le vide qu'elles laissent souvent, on a l'impression que douze mois nous séparent déjà du récent bilan réalisé autour de 2024.
Dans ce premier trimestre qui vient de contraindre à la fuite tellement de rêves et d'espoirs, tout en continuant à bâtir de nouvelles illusions, nombreuses sont les personnes qui continuent une nouvelle fois à demander pardons, aux années passées. A défaut d'arrêter le temps, on se retrouve dans l'obligation d'avancer jusqu'au bout. Même si tout paraît sombre. Même si chacun espère par tous les moyens s'accrocher un peu plus vers le tronc de l'arbre du quotidien pour trouver un peu plus d'ombre, à défaut des fruits. Même défendus !
Durant ces trois mois que le temps vient de diluer sous nos yeux, un seul homme à lui seul s'est offert le temps des autres, par centaines de milliers de secondes et des heures pour nous faire revenir en arrière, en imposant de nouvelles barrières physiques et psychologiques, politiques et économiques. Pour le meilleur de ses pairs milliardaires et le malheur des frères et sœurs sur la liste des déportations, avant l'arrivée des prochains robots qui viendront prendre le contrôle de nos institutions et de nos émotions !
Durant les vingt premiers jours de l'année 2025, on ne se doutait pas que ce voyage dans le temps, dans le temple de la démocratie occidentale allait nous imposer autant ces paysages qui se confondent à un seul arbre suprême, qui n'arrive pas pour autant à cacher la forêt. Avec des regrets plus que légitimes au cœur et à l'esprit, certaines racines commencent déjà à fuir..?
Des jours sombres qui se confondent à la nuit des martyrs sans fin. Une nouvelle année académique comme au temps des Pays-Lock, amputée d'une période importante, non pas décisive, mais intermédiaire qui était pourtant destinée à offrir aux apprenants de se rattraper. Hélas ! Dans quel espace ? Pour quelle classe ? Sociale ou académique, on retiendra que ce deuxième trimestre pour le système éducatif, à travers la capitale haïtienne comme dans d'autres villes en guerre dans le monde, aura été catastrophique.
Des jours sans vie, ni envie pour beaucoup de familles qui n'arrivent pas à inviter le bonheur ou le bien-être dans leur vocabulaire du quotidien. Un premier trimestre perdu pour ces vies tordues, ces nuits mordues par l'insomnie et la dépression.
Deux cent soixante-treize jours avant 2026, ça semble beaucoup pour passer à la prochaine année. Et pourtant, il faudra croire que cela représente pour des milliers de vies blessées, des centaines de familles amputées, et des nombreux jeunes désespérés et désorientés, qui vivent dans la douleur et le ténèbre des années lumières à franchir pour voir le bout du tunnel.
Devant l'impossibilité de fuir ces villes cimetières en Haïti, et l'obligation de partir pour laisser ces deuxièmes terres d'accueil, plus d'un souhaiterait voir le temps s'arrêter, sans arrêter de respirer ou de vivre à son tour. Avant la fin des trois derniers trimestres, ou des trois prochaines années qui conduiront à 2029, chacun tentera par tous les moyens de réinventer le temps à sa manière.
Des actifs et des passifs qu'il faudra croiser, compléter ou cacher, pour mieux se protéger ou pour faire face aux multiples forces puissantes et agressives, qui nous bousculent. De la résistance à la résilience, notre seule chance. Jusqu'à quand ?
Dominique Domerçant
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