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Éditorial

L’enlisement

L’enlisement

De l’avis de tout un chacun, la situation ne s’améliore pas. On s’enlise dans une corruption dont l’ampleur se révèle dans l’incapacité de l’État à prendre la moindre décision pour que le quotidien des citoyens change. Trop de politiciens ont les mains trempées dans la délinquance. Il faut en finir avec les gangs, soit, mais on ne peut traiter seulement les effets sans s’en prendre à la cause. S’en prendre à la cause, c’est s’attaquer aux fondements d’un État devenu pourri qui ne peut plus vivre qu’avec à ses commandes des incompétents et des voyous,  et comme interlocuteurs une communauté majoritairement occidentale qui, sur tous les continents, pense pouvoir toujours prospérer avec le chaos installé hors de ses frontières.

La force de cet État tel qu’il est actuellement, c’est que la société civile est pour l’instant réduite presque à néant. Depuis trop longtemps elle a été la proie d’imposteurs qui, à la tête de groupes ou d’associations souvent personnalisées, souvent fantômes, n’avaient au fond qu’un seul objectif : jouir directement ou indirectement du pouvoir, profiter des larges prébendes de l’État et de la communauté internationale à travers les institutions de cette dernière et aussi des ONG. Démasquées, ces personnes n’ont plus l’influence qu’elles avaient auparavant, même si certaines pensent avoir encore la voix au chapitre. D’une manière ou d’une autre, elles sont aussi responsables, à travers leurs institutions souvent bidons, du chaos qui est le nôtre aujourd’hui.

Notre société traine aussi le poids d’une immense frustration. Frustration d’une majorité noire, disons le mot, « bosal », abandonnée, méprisée par un État. Cette frustration s’exprime par une haine, une violence, dont la négativité est flagrante, car elle ne peut déboucher sur rien. Cette haine et cette frustration deviennent suicidaires quand elles épousent le nauséabond slogan Lavalas : wòch nan dlo pral konn doulè wòch nan solèy. Ainsi on trouve des citoyens ici et surtout en diaspora qui manifestent leur sympathie pour des chefs de gangs. C’est la manifestation la plus aboutie de cette frustration et de cette haine qui peuvent aboutir à la destruction finale du pays sans possibilité même de reconstruire.

Il faudrait de vrais hommes d’État pour se sortir de cette situation calamiteuse. Pas ces politiciens que nous avons aujourd’hui qui ne pensent qu’au pouvoir et à ripailler à tout prix. Pas ces gens d’un vaste secteur de notre élite économique, toujours aussi méprisants, voire racistes, toujours à genoux devant l’étranger.

Ces vrais hommes d’État auraient cette chance d’avoir avec eux une population qui, n’en pouvant plus de cet enfer que leur ont créé les « mèt peyi », devrait être prêt à tout pour que les choses changent. Est-ce parce que les délinquants en costume cravate craignent un réveil de la population qu’ils font en sorte que les gangs continuent à sévir ? L’attitude de la Police nationale en plusieurs occasions porte vraiment à se poser des questions.

Cette fin d’année peut nous trouver toujours  enliser dans les sables mouvants de la corruption, de la délinquance et, osons le dire, d’un racisme autant dangereux qu’il est sournois.  

 

 Gary Victor

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