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Corruption. Cette malédiction qui empoisonne toutes les sphères de la société haïtienne semble s’installer pour encore longtemps. C’est presqu’un vain mot en Haïti. Le président de la République, Jovenel Moïse, qui a choisi de faire de la lutte contre la corruption son cheval de bataille en l’identifiant comme principal problème d’Haïti, est en train d’entraver ses propres démarches au risque de passer à côté de ses engagements. Ses dernières déclarations pour le moins inopportunes, durant son pélerinage en Europe, ont suffi à faire douter de la bonne volonté du Chef de l’État à mener vraiment une lutte sans merci contre la corruption.
Corruption. Cette malédiction qui empoisonne toutes les sphères de la société haïtienne semble s’installer pour encore longtemps. C’est presqu’un vain mot en Haïti. Le président de la République, Jovenel Moïse, qui a choisi de faire de la lutte contre la corruption son cheval de bataille en l’identifiant comme principal problème d’Haïti, est en train d’entraver ses propres démarches au risque de passer à côté de ses engagements. Ses dernières déclarations pour le moins inopportunes, durant son pélerinage en Europe, ont suffi à faire douter de la bonne volonté du Chef de l’État à mener vraiment une lutte sans merci contre la corruption.En rejetant, publiquement, d’un revers de main le rapport de la Commission sénatoriale spéciale sur la gestion des fonds PetroCaribe, en affirmant avoir publié une liste de cinquante juges soupçonnés de corruption dans un appareil judiciaire déjà en mal de tout et n’ayant pas la cote de l’opinion publique, le chef de l’État s’est tiré une balle dans les pieds sans s’en rendre compte. Maladresse peut-être ? Par ces déclarations, Jovenel Moïse a remis en question sa légitimité même à mener réellement la lutte contre l’ogresse qu’est la corruption, ce fléau endémique ancré profondément dans les pratiques haïtiennes et transversal dans toutes les administrations tant publiques que privées. En acceptant de renouveler le mandat de certains juges suspectés de corruption, le président s’est logiquement fait, de bonne foi, complice de ce mal chronique qu’il prétend pourtant combattre en passant outre de ce que dit la loi mère en son article 136.Car, ce sont ces gardiens du temple de Themis qui, suspectés de corruption, seront plus tard appelés à jouer un rôle prépondérant dans la lutte contre la corruption. Comment demander donc à des magistrats “ corrompus “ de poursuivre des justiciables (citoyens) corrompus et corrupteurs ? Comment combattre la corruption lorsque le président de la République lui-même est entouré par des personnes accusées à tort ou à raison d’avoir dilapidé des fonds publics ? Comment prétendre combattre la corruption en vassalisant les autres pouvoirs de l’État qui devraient pourtant prêter main-forte à l’Éxecutif dans ce grand combat ? Comment prétendre développer un pays, y attirer les investisseurs étrangers alors que l’impunité et la corruption règnent en maîtres et seigneurs?Acta non verba. Le moment doit être à l’action. Jusque-là les paroles du président de la République ne collent pas avec ses actions dans sa lutte contre la corruption. Et Dieu seul sait nombre d’occasions ratées par le chef de l’État pour lancer des signaux clairs dans la mastodonte bataille. Le résultat de l’enquête sur le dossier de la surfacturation des kits qui a couté la tête de Roosevelt Bellevue au ministère des Affaires sociales se fait encore attendre.Le rapport de la commission sénatoriale spéciale sur la gestion des fonds Petrocaribe a offert encore une occasion au chef de l’État pour, au moins, [permettre aux systèmes politique et judiciaire de] nettoyer les écuries d’Augias. S’il est vrai que les hommes du bicentenaire ne sont pas [tous] en odeur de sainteté, le rapport devrait tout au moins servir de prétexte à d’autres enquêtes plus rigoureuses soit au niveau judiciaire ou d’autres institutions constituées à cette fin (ULCC, CSCCA, UCREF). Car, il est un secret de polichinelle que ces fonds ont été mal gérés en tenant compte des retombées réelles sur les conditions de vie des couches les plus vulnérables.Au lieu de saisir le bon côté du rapport, le chef de l’État y voit de préférence un instrument de persécution politique. Ce qui a mis en échec le rapport Youri-Beauplan qui probablement finira par pourrir dans les tiroirs. Alors que, s’il y avait véritablement une velléité d’éradiquer la corruption, le gaspillage des fonds PetroCaribe devrait donner lieu à un procès historique.Un problème bien posé est à moitié résolu, dit-on. La corruption n’est pas incurable. Mais, la combattre exige le sérieux, la modestie et une prise de conscience collective. Du plus petit au plus grand. Du plus pauvre au plus aisé. Si le président veut s’attaquer vraiment à la corruption, il doit se raviser en évitant la posture du super héros, pour se vêtir de son costume de chef d’État. En tant que tel, il doit se soumettre à certaines obligations de réserves et se planer au-dessus de la mêlée pour espérer au moins tracer la voie à l’atténuation des effets de ce fléau toujours en progression constante.Pour paraphraser Jacques Stephen Alexis, dans la préface de La Montagne ensorcelée de Jacques Roumain, nous pouvons dire haut et fort qu’un pays qui a produit de tels écrivains, poètes et musiciens, ne peut pas mourir. En référence à Jean Giono qui écrivait L’Homme qui plantait des arbres, dans la perspective de remembrer la nature dévastée, nous avons un champ d’hommes à rebâtir par l’éducation, le civisme et le relèvement de l’échelle des valeurs.Manno n’a jamais pris les armes contre la dictature, mais sa guitare et sa voix ont témoigné de nos combats quotidiens et contribué à faire fondre l’armure d’un régime de fer. Sa parole libre avait gagné toutes les ondes et le chanteur était adulé sur tous les podiums. Le mouvement étudiant connaissait ses plus beaux jours. La FENEH (Fédération des Étudiants haïtiens) était un modèle d’organisation qui avait une conscience claire du rôle de l’Université comme moteur du changement sur les plans idéologiques et scientifiques. Les comités de quartier et autres structures de vigilance patriotique quadrillaient le pays et un leadership jeune, progressiste, enthousiaste émergeait, pendant que sur toutes les lèvres la poésie de Trouillot, de Pierre- Richard Narcisse, et de bien d’autres poètes était reprise en chœur grâce à la chanson de Manno. Il était l’hirondelle qui annonçait le printemps démocratique haïtien qui entre-temps a viré au cauchemar sanglant et aux lendemains qui déchantent. Manno Charlemagne a incarné des moments explosifs et joyeux de notre histoire. Il a témoigné de l’élan vital de toute une jeunesse avide de changement. Son expérience de maire de la Capitale n’a pas toujours été des plus heureuses. Lui-même n’en était pas particulièrement fier. Commissaire à l’enthousiasme, il a voulu brûler les étapes. Il s’était retrouvé grâce à son immense popularité sans expérience maire de la plus grande ville du pays, dans une des périodes les plus tourmentées de la transition. Ce que l’on retiendra surtout de son passage sur notre terre chaude et décharnée, c’est la sève qui n’a cessé de couler de ses chansons et qui a vivifié l’esprit d’une jeunesse qui ne sera jamais plus zombifiée et trompée par les mensonges érigés en système mondialisé.Manno n’est plus. Mais ses chansons continueront d’accompagner les luttes de son peuple et des chanteurs comme Wooley Saint Louis Jean, Beethova Obas, lui ont déjà fait la promesse de poursuivre inlassablement sur ce vaste chemin de chansons poétiques engagées qui font flamboyer l’avenir.Faisons donc en sorte de promouvoir et de rester dans la légalité. La vraie légalité. Pas celle qui arrange celui-ci ou celui-là. Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.
Mérès M. Weche
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