« Vertières » et la langue française
Écouter l'article
« Vertières, magnifique victoire! », s’est écrié l’historien Antoine Bernard Thomas Madiou, l’un des premiers directeurs du journal Le Moniteur, organe officiel de la République d’Haïti. Arrivé en France à l’âge de dix ans, il fréquenta le Collège royal d’Angers et obtiendra quelques années plus tard un baccalauréat en lettres françaises. En 1833, il rencontra le Nantais Ange Guépin qui lui donna l’idée de « révolutionner » l’histoire de Saint-Domingue. De là sortira son premier traité d’histoire d’Haïti, mettant en exergue les prouesses de François Capois à la tête d’une faction de l’armée indigène, le 18 novembre 1803.Cette bataille fut gagnée contre l’armée la plus forte au monde.
« Vertières, magnifique victoire! », s’est écrié l’historien Antoine Bernard Thomas Madiou, l’un des premiers directeurs du journal Le Moniteur, organe officiel de la République d’Haïti. Arrivé en France à l’âge de dix ans, il fréquenta le Collège royal d’Angers et obtiendra quelques années plus tard un baccalauréat en lettres françaises. En 1833, il rencontra le Nantais Ange Guépin qui lui donna l’idée de « révolutionner » l’histoire de Saint-Domingue. De là sortira son premier traité d’histoire d’Haïti, mettant en exergue les prouesses de François Capois à la tête d’une faction de l’armée indigène, le 18 novembre 1803.Cette bataille fut gagnée contre l’armée la plus forte au monde. Celle qui triompha à Waterloo, à Verdun, en Russie, en Égypte et ailleurs, et qui mordit la poussière à Vertières, dans le nord d’Haïti. Même le sanguinaire Rochambeau vit la nécessité d’une trêve de quelques heures pour saluer un geste héroïque de François Capois qui cria « debout! » à ses troupes, après que son cheval eut été terrassé par des boulets adverses.Quelle référence linguistique française au mot « Vertières »? Aucune, si l’on s’en tient aux noms propres dans le Larousse et le Petit-Robert, y compris dans le glossaire de l’internet où ce mot est constamment souligné en rouge.À lire le très intéressant livre de Jean-Pierre Le Glaunec, professeur à l’Université de Sherbrooke au Québec, titré « L’Armée indigène », on a le sentiment de voir revivre Thomas Madiou, 184 ans plus tard. Au cours d’une interview accordée récemment à un journaliste de TV5 Monde, l’auteur n’a pas mâché ses mots pour mettre en cause les historiens français d’hier et d’aujourd’hui, pour avoir sciemment occulté cette tranche d’histoire dans les annales patrimoniales de l’humanité. Il cite à tout bout de champ Thomas Madiou qu’il compare à Michelet sur le plan du style. Et c’est avec une grande révérence qu’il parle de ce pionnier de l’histoire d’Haïti, qui tira des ténèbres la mémoire de Capois-la-Mort oubliée depuis plus de 127 ans.Dans ce livre phare, Jean-Pierre Le Glaunec nous rappelle que c’est seulement au cours des années 30, après l’occupation américaine, qu’un sursaut de nationalisme remit en honneur les héros de l’indépendance haïtienne. Il fustige ainsi, dans sa publication, les luttes intestines entre anciens et nouveaux libres qui n’avaient nullement mis en valeur le mot « Vertières » que Madiou a justement immortalisé.Dans un autre ordre d’idées, l’historien Jean-Pierre Le Glaunec va plus loin pour questionner l’Académie française dont l’objectif consistait, dès sa création, à rédiger un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique. On songe à Vaugelas et compagnie qui eurent ce rôle à jouer, en illustrant la langue par des publications se rapportant à son contenu, tel que nous le connaissons aujourd’hui.La langue française a certes évolué avec le temps. Des mots nouveaux y sont introduits. Et pourquoi pas « Vertières », un nom « propre » en nature et en acte, à l’ origine des Droits de l’Homme dont profite aujourd’hui l’humanité tout entière. Jean-Pierre Le Glaunec dira qu’une telle occultation est due à la gifle infligée par une poignée de va-nu-pieds noirs à la mémoire historique française.Les relations sont nombreuses entre l’Académie française et Hatti. Il suffit de se reporter à Villers-Cotterêts, la ville de naissance de l’écrivain Alexandre Dumas, l’homme du siège no.2 qu’occupe aujourd’hui Dany Laferrière. C’est dans cette cité de l’Aisne française que fut signé, en 1539, le premier édit de la langue française. Après « Versailles », y aura-t-il une place pour « Vertières » dans le dictionnaire français?Dirigeants haïtiens, passés et présents, vous savez comment résister au chant des sirènes et ne pas céder aux pressions d’où qu’elles viennent, mais cette forme silencieuse de désaveu gouvernemental qu’est le départ de la jeunesse vers des rives plus clémentes, n’est-elle pas récurrente depuis des décennies? Que vienne le temps d’une prise de conscience gouvernementale en Haïti!Mais quand des groupes, aveuglés par des intérêts mesquins, oublient cette simple vérité, et travaillent au maintien d’un état de fait qui détruit des pans entiers de l’édifice social, ils oeuvrent pour l’illégalité et fomentent ainsi de véritables menaces pour la sécurité nationale.À cause d’eux, les êtres humains peuvent devenir des fauves affamés.Et quand on se retrouve confronté à des fauves affamés, il est trop tard pour disserter sur la légalité.Faisons donc en sorte de promouvoir et de rester dans la légalité. La vraie légalité. Pas celle qui arrange celui-ci ou celui-là. Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.
Mérès M. Weche
Roody Edmé
Roody Edmé
L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?
Roody Edmé
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.