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Éditorial

Les sensibles à la gâchette

Les sensibles à la gâchette

On a beaucoup discuté ces derniers mois du rétablissement des Forces armées. Sur le papier, en théorie, la cause parait entendue. Surtout si dans son confort personnel et du haut de sa classe so­ciale on pense pouvoir être protégé de certaines dérives dont ne sont pas à l’abri les petites-gens. Pourtant on a bien vu comment la terreur bleue n’avait pas épargné des gens et des familles qui étaient très loin de cette plèbe toujours le souffre-douleur des « chefs » à la gâchette sensible.Malgré tout, aujourd’hui encore, une manière de penser, trop fac­ile est de mise. Il semblerait qu’on ne fasse pas d’omelettes sans casser les oeufs. Le maintien de l’ordre –quel ordre ?-obligerait de tolérer au sein des appareils de sécurité des individus dont la psychè les situe pratiquement à la frontière du délinquant ou du criminel.

On a beaucoup discuté ces derniers mois du rétablissement des Forces armées. Sur le papier, en théorie, la cause parait entendue. Surtout si dans son confort personnel et du haut de sa classe so­ciale on pense pouvoir être protégé de certaines dérives dont ne sont pas à l’abri les petites-gens. Pourtant on a bien vu comment la terreur bleue n’avait pas épargné des gens et des familles qui étaient très loin de cette plèbe toujours le souffre-douleur des « chefs » à la gâchette sensible.Malgré tout, aujourd’hui encore, une manière de penser, trop fac­ile est de mise. Il semblerait qu’on ne fasse pas d’omelettes sans casser les oeufs. Le maintien de l’ordre –quel ordre ?-obligerait de tolérer au sein des appareils de sécurité des individus dont la psychè les situe pratiquement à la frontière du délinquant ou du criminel. Ce sont ces individus qui peuvent facilement, curieuse­ment sans se soucier de sanctions de leur institution- brandir leur arme pour faire feu au plus fort d’une festivité quand l’alcool coule à flots, où après un but marqué par une équipe de foot évoluant à des milliers de kilomètres de notre pays, à la manière de ces pisto­leros du Far West dont le doigt devant servir à presser la gâchette est comme possédé par un ange de la mort. Ces individus sont très chatouilleux, très susceptibles sur le respect qu’on doit ac­corder à son arme tout d’abord à son uniforme ensuite. Électrons à fonctions diverses dans ce climat de précarité, ils ont presque leur cour dans certaines zones avec un subtil droit de cuissage. À la moindre contradiction, ils peuvent péter les plombs et faire feu. Une simple discussion sur la voie publique avec un chauffeur de taxi ou de tap-tap, un problème domestique, et n’osons pas imaginer une querelle, une mésentente, un conflit où une somme d’argent plus où moins importante serait en cause.Ces délinquants, parce qu’ils sont en uniforme, peuvent faire rap­peler la triste époque des Bòs Pent ou des Ti-Bobo. On n’en est pas encore là heureusement même si tous les pouvoirs ont distribué des armes à des civils avec l’espoir chimérique de constituer sans le dire une milice pour se maintenir en selle. Quant à ce qui a trait à la Police nationale, l’Inspection générale dans des conditions plus que difficiles a toujours fait des efforts louables pour maintenir un contrôle sur la discipline et la rectitude de la troupe. Mais l’autorité hiérarchique a pris du plomb dans l’aile depuis la sombre affaire des petits soldats, et le temps trop long des chimè lavalas. Les offi­ciers de police professionnels savent comment la situation est sen­sible, trop même. Ils savent surtout le doigté qu’il faut avoir pour tenir à l’oeil certaines têtes qui considèrent, qu’arme en main, et un politicien véreux au dos, la hiérarchie n’est, aujourd’hui, qu’un concept parfois fumeux.Dans certains quartiers populaires, la situation est sur le fil, entre les légaux très à cheval sur le respect qu’on doit aux « chefs » et les autres « chefs » ceux des gangs qui tiennent aussi à leurs préroga­tives. Les méthodes des uns et des autres ne sont pas parfois trop différentes. Loin, là-haut où à l’étranger dans son confort, on peut discuter de sécurité dans un pays où personne ne sait le nombre d’armes qui circulent et où on ne se préoccupe pas d’une mentalité qui est le vrai problème à régler. Mais un petit chauffeur de taxi dans les rues de Port-au-Prince, résident au fin fond d’un bidon­ville, sait à quoi s’en tenir.De l’autre côté de la frontière, le gouvernement dominicain n’est pas mieux servi que celui d’Haïti, en ce qui a trait au projet de loi sur les partis politiques. Dans ce pays voisin, le noeud gordien demeure actuellement l’imbroglio entre la réforme électorale de 1987 et la régulation des organisations politiques; un sujet sur lequel l’opposition et le Parti de la Libération Dominicaine (PLD) au pouvoir n’arrivent pas à s’entendre. On assiste depuis plus de deux mois au report continu d’un débat là-dessus au Congrès bicaméral.En effet, il s’agit de deux questions clefs et jumelées en République dominicaine : la réforme électorale et la loi sur le financement des partis politiques. Pour certains analystes, la raison pour laquelle le Congrès dominicain (le Parlement chez nous) traine sur ces deux lois, c’est parce que les partis ne sont pas intéressés à être régularisés, de peur d’être soumis à des contrôles financiers stricts. Certains magnats du monde des affaires qui ont- ce n’est un secret pour personne - leurs antennes jusqu’en Haïti, sont très actifs en période électorale, pour soudoyer les candidats les mieux placés sur l’échiquier politique.En fait d’analyse, il ressort ce qui suit en République dominicaine : « La loi électorale devrait obliger les partis concernés à remplir leur devoir dignement et à prévenir les comportements non éthiques ou illégaux de leurs militants ».Actuellement, dans ce pays voisin, les forces de l’opposition cherchent « dialectiquement » à déloger au Congrès le bloc dominé par le parti au pouvoir, afin de prendre le contrôle du gouvernement. Le PLD, de son côté, fort de ses alliés, entend conserver le contrôle de l’État. Voilà le terrain sur lequel se mène la bataille politique en République dominicaine.Dirigeants haïtiens, passés et présents, vous savez comment résister au chant des sirènes et ne pas céder aux pressions d’où qu’elles vien­nent, mais cette forme silencieuse de désaveu gouvernemental qu’est le départ de la jeunesse vers des rives plus clémentes, n’est-elle pas récurrente depuis des décennies? Que vienne le temps d’une prise de conscience gouvernementale en Haïti!Mais quand des groupes, aveuglés par des intérêts mesquins, oublient cette simple vérité, et travaillent au maintien d’un état de fait qui détruit des pans entiers de l’édifice social, ils oeuvrent pour l’illégalité et fomentent ainsi de véritables menaces pour la sécurité nationale.À cause d’eux, les êtres humains peuvent devenir des fauves affamés.Et quand on se retrouve confronté à des fauves affamés, il est trop tard pour disserter sur la légalité.Faisons donc en sorte de promouvoir et de rester dans la légalité. La vraie légalité. Pas celle qui arrange celui-ci ou celui-là. Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.

 Mérès M. Weche

   

 Roody Edmé

Roody Edmé

L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?

 Roody Edmé

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