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Éditorial

À la recherche du pays perdu

À la recherche du pays perdu

Trente ans se sont écoulés de 1986 à nos jours ; le temps d’avoir vu naître une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui n’ont aucune idée « visuelle » de ce que fut l’hygiène publique en Haïti, encore moins de l’instruction civique. Le temps des bocaux de rue a disparu. Il en est de même des élans naturels qui portaient n’importe quel citoyen ou citoyenne à s’octroyer le droit de « corriger » l’enfant d’un autre, au nom de la morale familiale et de la solidarité nationale.Honte à une famille, si un de ses membres était suspecté de vol, ne serait-ce qu’une banane ; l’opprobre y restait entaché, de génération en génération.

Trente ans se sont écoulés de 1986 à nos jours ; le temps d’avoir vu naître une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui n’ont aucune idée « visuelle » de ce que fut l’hygiène publique en Haïti, encore moins de l’instruction civique. Le temps des bocaux de rue a disparu. Il en est de même des élans naturels qui portaient n’importe quel citoyen ou citoyenne à s’octroyer le droit de « corriger » l’enfant d’un autre, au nom de la morale familiale et de la solidarité nationale.Honte à une famille, si un de ses membres était suspecté de vol, ne serait-ce qu’une banane ; l’opprobre y restait entaché, de génération en génération. Aujourd’hui, être « intelligent » et comblé d’honneurs, c’est de pouvoir négocier « le Pouvoir » à coups de millions, sans se soucier de son honneur personnel et familial.Sur le plan de l’appartenance nationale, l’expression « Perle des Antilles » constituait toute notre fierté. Rares sont les jeunes d’aujourd’hui qui savent pourquoi le Bicentenaire s’appelait « Cité de l’exposition », et qu’il fut un modèle d’aménagement urbain dans la Caraïbe. Pour en parler avec un tantinet de fierté, il faut remonter, bien sûr, à Dumarsais Estimé, qui mérita l’estime de tout un peuple, et qui eut droit à ce slogan chanté à l’échelle nationale : « Dimase Estime, woule m debò ». En dépit de ce chèque en blanc reçu des masses populaires, on est unanime à reconnaître qu’il n’avait montré aucune velléité totalitaire. Estimé est passé cependant au pouvoir comme un météore, parce qu’il nourrissait de trop grands rêves pour Haïti. Les puissances tutrices ne nous concèdent que des chefs fabriqués sur mesure.Le beau site touristique que fut la Cité de l’Exposition, réalisée par ce très estimé président, vingt-ans avant l’Expo-67 de Montréal, était considéré comme une « Terre des Hommes » en Amérique, car de nombreux drapeaux y flottaient, en particulier ceux des États-Unis, de l’Italie, du Venezuela, pour ne citer que ceux-là. Unique en son genre dans la Caraïbe, le tourisme haïtien accueillait des visiteurs de marque, telles ces proéminentes figures du 7e Art : Elizabeth Taylor, Richard Burton, Richard Widmark, Catherine Deneuve, Grégory Peck, Sofia Loren, Gary Cooper et bien d’autres gloires du cinéma d’époque. Elles séjournaient respectivement à Ibo-Lélé, Oloffson, Castel Haïti, et dans bien d’autres hôtels du pays qui leur offraient d’heureuses évasions dans des cadres aussi enchanteurs que La mer Frappée, Bassin-Bleu, Bassin-Zim, Le Palais-Sans-Souci, La Citadelle du Roy Henri, Le fort Jacques et Alexandre, pour ne citer que ces destinations touristiques qui formaient le lot de nos patrimoines naturels et historiques.Parlons quand même de ce pays perdu, car il nous faut coûte que coûte faire le deuil de ces âges disparus et oser réinventer cette terre, forte de son histoire et de sa beauté naturelle. L’écrivain Alain Stanké, dans son livre « Y a-t-il une vie après la guerre », cite d’entrée de jeu Lord Byron qui dit : « Se souvenir de la douleur est de la douleur encore !». Raison de plus pour nous, Haïtiens, de nous rappeler ces « bonheurs », car ils nous permettent de raccommoder le tissu déchiré du temps et de nous tendre vers de nouvelles perspectives, en dépit de nos constants malheurs.Un pays qui a une histoire aussi glorieuse que la nôtre ne peut pas mourir. On a beau l’affliger de toutes les épithètes non élogieuses du monde, il demeure la terre de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines, de Catherine Flon, de Cécile Fatima, d’Henry Christophe, d’Alexandre Pétion et de tous ces héros et héroïnes qui l’ont acquise pour nous, au prix de leur sueur et de leur sang.Sa décision de fermer d’un coup plus de cent organisations non gouvernementales dont certaines très connotées socialement et politiquement irrite dans un contexte politique ou personne ne parle à personne. Construire des kilomètres de routes, curer des carneaux pour faire arriver l’eau sur les terres de nos paysans, ou tenter à travers un budget controversé un début d’autonomie financière n’est pas forcément la pire des politiques.Ce qui manque fatalement est le dialogue social, une lutte sans merci  contre la corruption et l’insécurité foncière. Les mesures technocratiques ne suffiront pas, ce pays est trop brisé et divisé. Il faut un orfèvre pour en recoller les morceaux. Le président tout en rétablissant l’autorité de l’État doit aussi asseoir sa légitimité au sein d’une population désemparée et assaillie de nouvelles contradictoires.Entre-temps, la rue recommence  de dicter sa loi dans une entreprise folle d’auto-destruction. Ceux qui , de bonne foi, croient qu’une nouvelle flambée de violence est salutaire et que c’est peut-être le début d’un grand soir  oublient trop vite les leçons du passé et le télescopage entre les intérêts vitaux des plus pauvres et les agendas politiques de certains.En se démarquant sincèrement  des casseurs, les organisations sociales font preuve d’un leadership tout neuf ; nous avons besoin d’un puissant mouvement social capable de faire entendre ses revendications sans recourir à l’intimidation.Une certaine histoire nous rappelle que nous savons toujours nous soulever chaque fois  que les dés institutionnels sont pipés. Ce qui a toujours manqué, c’est une vraie offre politique capable d’aider ce peuple à habiter le territoire de ses ancêtres.Roody Edmé Un sénateur qui déchire un rapport en pleine séance oui c’est violent. Choquant pour les bien-pensants hypocrites.Mais notre drapeau, notre dignité qu’on déchire chaque jour avec des dirigeants incapables même de gérer l’espace physique à un kilomètre à la ronde de leurs propres bureaux n’est-ce pas de la violence ? Ce n’est pas de la violence dans les rues dont il faut avoir peur. C’est de ceux qui utilisent cette violence pour venir donner du sang frais au monstre. Car ils ont tous usé de cette violence pour arriver au pouvoir pour venir se repaitre des violences aveugles d’un système injuste, inégalitaire et terriblement anachroniqueC’est aux violences de ce système qu’il faut s’attaquer. Ce système, cet État voyou qui sont une offense à la dignité de l’Homme.

 Mérès M. Weche

   

 Roody Edmé

Roody Edmé

L’exemple de ces quartiers qui se mettent ensemble pour sortir de l’indignité interpelle l’ensemble des forces vives pour la transposition de ces initiatives locales en un grand konbit national tel que ne cesse de nous marteler cette grande dame centenaire, Odette Roy-Fombrun. ?

 Roody Edmé

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