L’historien Watson Denis : Haïti : de l’Indépendance glorieuse au néocolonialisme.
- LIMINAIRES
A la fin des années 1970 et au début des années 1980, les pays du Tiers-monde en Afrique, en Asie et en Amérique latine se retrouvèrent face à un problème crucial : celui de l’endettement. Pour entreprendre des travaux d’infrastructures dans une perspective de mimétisme des grands pays de l’Occident capitaliste, pour se lancer dans un modèle d’industrialisation ne répondant parfois pas à leurs capacités et marchés, les élites et gouvernements de ces pays avaient contracté des emprunts excessifs auprès des grandes banques occidentales. Une grande partie de cet argent avait été détournée par ces mêmes élites et gouvernements dans des actions de corruptions avérées. Et voilà que les banques réclamaient leur dû avec cette fois le support inconditionnel des institutions financières comme le Fonds Monétaire International (FMI). Alors, ces pays ont été contraints de mettre en place de drastiques Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) en vue de pouvoir accéder à des prêts pour payer les intérêts et obligations de leurs dettes. C’est ce que l’on appelait la spirale de l’endettement continu. Une véritable impasse. Quant aux Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), ce fut la réduction, voire l’annihilation pure et simple des interventions sociales déjà faibles de ces Etats dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Les populations déjà marginalisées allaient être livrées à elles-mêmes avec toutes les tragiques conséquences que cela implique.
Le Professeur Georges Eddy Lucien avait, en maintes occasions, souligné le fait qu’Haïti avait connu cette expérience de cycle d’endettement continu et de Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) dès les premières années succédant son Indépendance de 1804. Ce processus avait été entamé avec l’acceptation par le Président Jean-Pierre Boyer de l’ordonnance royale de 1825 reconnaissant l’Indépendance à notre pays Haïti. Ce, après une guerre de libération victorieuse suite à laquelle l’armée française avait capitulé sans conditions à Vertières le 18 novembre 1803. L’attitude digne et ferme du Roi Henri Christophe sur la même question face à une délégation française comprenant Franco de Medina était toute différente de celle des dirigeants de l’Ouest voulant, coûte que coûte, arriver à un « arrangement » avec la France. En conséquence, ces dirigeants, et à leur tête M. Boyer et M. Inginac allaient se faire littéralement « rouler dans la farine » par les représentants d’une diplomatie française fort expérimentée des apports de Charles-Maurice Talleyrand de Périgord. L’ouvrage du Professeur Watson Denis « Du bicentenaire de l’ordonnance de Charles X, de l’indemnité française imposée à Haïti et de la double dette de l’indépendance 1825-2025. Essai historique » retrace ces péripéties. Publié par le Centre Challenges, l’ouvrage montre comment « au cours de cinq mois, juillet-décembre 1825, Haïti a sombré dans le néo-colonialisme ». L’auteur y expose « les méfaits de la double dette et souligne les actions politiques récentes et les manifestations culturelles en France entourant la remémoration de l’ordonnance royale ». Durant toute cette semaine, nous nous sommes attelés à la lecture, fort instructive, de ce texte de référence portant sur une tranche à la fois tragique et déterminante de notre histoire. Pour toutes ces raisons, nous en recommandons la lecture à tous et à toutes, particulièrement les étudiants et chercheurs en Histoire et dans les autres sciences humaines et sociales. .
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