Quand le tambou apprend à respirer avec la scène
Au Centre culturel municipal Emmanuel Charlemagne de Carrefour, l'Atelye Tanbou Loray Kale (ATLK) a présenté « SOUF, yon espektak vivan ». Le spectacle marquait le premier anniversaire de l'atelier. Mais réduire la soirée à une célébration d'anniversaire serait passer à côté de ce qu'elle proposait : une réflexion, en rythme et en mouvement, sur la manière dont une mémoire populaire peut rester vivante sans se figer.
Autour du tambou, l'ATLK a réuni plusieurs sensibilités de la scène haïtienne : Batala, la Compagnie de danse Judner Rock, Lekòl Dans Ak Nanm, Franceska École de Danse, Carmelo, Ako Lit et DJ Rock Haïti. Ce choix dessine une programmation volontairement plurielle, où la percussion, la danse, la musique et la performance ne se juxtaposent pas mais se répondent. Le tambou n'y est pas un ornement folklorique posé au milieu d'autres formes. Il en est le point d'ancrage, ce à partir de quoi chaque discipline négocie sa propre manière d'entrer en conversation. Le souffle précède la parole, porte le mouvement et donne au corps sa cadence : avant de jouer, de chanter ou de danser, on respire. En nommant son spectacle « SOUF », l'ATLK place l'expérience physique avant le discours. Le choix est cohérent avec la nature même de l'instrument. Dans la culture haïtienne, le tambou ne se contente pas d'être entendu : sa vibration traverse celui qui frappe comme celui qui écoute.
Selon les contextes, elle peut devenir mémoire, appel, célébration ou simple présence. Le rythme y est moins une matière sonore qu'une manière d'habiter le corps, l'espace et le temps. L'ATLK propose autre chose. Préserver une pratique héritée compte, mais ne suffit pas : une tradition enfermée dans la vitrine du patrimoine risque de perdre ce qui la rendait nécessaire. Le spectacle prend le parti inverse et confronte le tambou à des formes contemporaines. La danse y apporte son vocabulaire, la musique son architecture, la performance sa part de risque. Le tambou, lui, demeure au centre, comme une mémoire qui refuse de devenir immobile. Le geste est moins celui de la modernisation que celui d'une continuité assumée : faire bouger l'héritage pour qu'il continue de parler.
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Jonathan Juste
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