Je suis un peu bizarre. Je me sentais fatiguée. Le ciel s’était ouvert dans ma bouche, là où je me trouvais, dans les champs de coton de Bizoton. Je rêvais trop, trop brutalement. Mon père, Neil Kembebe, était originaire de Guinée et se montrait moins jaloux qu’un Créole né dans la colonie. Peut-être ne laissait-il pas Monsieur Bologne me liquider de sa main droite sur ma bouche. Il me parlait à l’oreille, tandis que, épuisée, je portais mes deux tâches : l’une, esclave dans les champs; l’autre, domestique particulière auprès de mon maître.
Pourtant, je préférais être dans les champs plutôt que de demeurer dans le couloir d’entrée de sa chambre, vêtue de ma belle robe blanche.
Monsieur Bologne était né affranchi, d’un père blanc, militaire de l’armée napoléonienne, et d’une mère saint-dominguoise affranchie par un Blanc, un nain du fond des Nègres. En face de moi, il y avait la mer. Au crépuscule, le vent s’abattait sur mon visage. Mes petits seins tremblaient dans l’air. Mes pensées étaient noires, applaudies par un baiser raffiné dans l’oubli.
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