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Georges Lory, voix de la littérature sud-africaine

Georges Lory, voix de la littérature sud-africaine

Les strelitzias, qui prêtent leur nom au titre du récit[1] publié par les éditions Project’îles en 2026, sont des fleurs qui ressemblent à des oiseaux flamboyants de couleurs. Originaires d’Afrique du Sud, elles poussent désormais un peu partout, reconnaît Georges Lory d’une voix amusée devant le public venu l’écouter ce jeudi d’avril dans une librairie qui porte un autre nom de fleur.

Cela lui fait manifestement plaisir que ces végétaux aient voyagé et se soient disséminés et acclimatés à travers le monde, comme on entend dans sa voix la joie qu’il a à chanter la comptine en afrikaans apprise à l’école et qui ouvre – traduite en français – son livre. Seuls les chanceux qui ont fait le déplacement jusqu’à l’Acacia ont le privilège de l’entendre dans sa version originelle ce jour-là. C’est après tout le but de tout traducteur, et singulièrement de Georges Lory : rendre disponible les textes hors de leur terreau d’origine. Sa générosité et son empathie filtrent à travers chaque parole, quand il raconte, aiguillonné par la merveilleuse modération de Kidi Bebey, la première rencontre avec le néerlandais, l’afrikaans, puis avec l’Afrique du Sud. Le pays, explique-t-il, n’intéresse pas grand-monde à l’époque de ses études et, nanti d’une bourse pour écrire une thèse, il n’a aucun mal à obtenir son choix : l’université de Stellenbosch, où il va vivre son premier séjour sud-africain, inaugural de l’histoire d’amour d’une vie entière. Dans le récit qu’il en donne, il insiste avec modestie sur son ignorance d’alors. Pourtant tout est signifiant, à commencer par ses premiers pas dans la littérature sud-africaine, qui se font par le truchement de deux romans d’Alan Paton, homme politique blanc et activiste anti-apartheid.

La suite se déroule dans un tourbillon d’épisodes, voyages successifs, carrière de journaliste, de diplomate, de traducteur et un juste équilibre toujours conservé entre la part du récit personnel, celle de l’histoire littéraire, et même celle qui ouvre pour le lecteur néophyte une véritable anthologie des auteurs sud-africains et de la littérature de tout un pays. L’écriture de Georges Lory est facile, jamais lourde, jamais prétentieuse, et donne agréablement l’illusion de poursuivre la conversation engagée dans la librairie. Dans le public, tout aussi modeste et presque effacée, Marie, celle qui pourtant, compagne d’une existence, a dû se retrouver embarquée dans cette aventure sud-africaine au point d’être aussi parfois une complice de traduction.

Les anecdotes s’enchaînent, les questions fusent, parce qu’on a envie de tout entendre et que le dialogue se poursuive sans fin, comme ce jour où, dans un salon du livre, un lecteur se plante devant la table où Georges dédicace une traduction de Breyten Breytenbach et l’apostrophe : « Ça alors, mais quand es-tu sorti de prison ? ». Le poète est en effet toujours emprisonné à l’époque, mais Lory et lui se ressemblent un peu… enfin, le visage peut-être, tempère Georges, mais, pour le reste, « Breyten était un colosse à côté de moi ! ».
À la tendresse du ton, on comprend d’autant mieux les réflexions qui sont les siennes et qu’il livre à propos de la traduction en guise de conclusion du livre :

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