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Raharimanana, tisser du ciel et de la terre

Raharimanana, tisser du ciel et de la terre

au commencement, le ciel multiple ;
au commencement, les cinq directions, l’Est, l’Ouest, le Nord, le Sud, et le Milieu, sans lequel tous les autres s’effondrent,
au commencement, la platitude d’un monde à deux dimensions,
à l’arrivée, le Zénith et le Nadir,
le haut et le bas,
la profondeur d’un enfer paradisiaque,
parce que c’est dans l’enfer au goût de paradis de toutes les mythologies que l’homme devient véritablement libre d’advenir dans toutes ses possibilités d’humain,
mais avant d’y parvenir, il faut que le monde naisse encore une fois de la danse des dieux, que les quatre horizons et le Milieu enfantent des fils et des filles, des héritiers, qui s’entredéchireront, des héritières qui donneront naissance à leur tour, que dans le ventre de Rasoebamanana grandisse dix années durant le dur, le tempétueux, l’indomptable Iboniamasiboniamanoro, qui naîtra là où il l’aura décidé, portera le nom qu’il s’est choisi, épousera depuis les entrailles de sa mère, peu importe l’avis de sa fiancée, celui enfin qui détruira, pillera, tuera et décimera tout,
parce qu’au commencement est aussi et toujours la guerre,
avant de rencontrer enfin dans l’ami un autre chemin possible ;

Dans une brume bleue qui palpitait, comme palpitaient sûrement les ailes du papillon. Le bleu se dissipait progressivement pour la clarté sale et le voilé de l’aube, temps blanchâtre, avant de laisser place au brillant et au rosé de l’aurore, Iampelasoamanoro était née, c’était évident. (…)
« L’enfant est née », murmura-t-elle seulement. Rasoabemanana se leva, refusant l’aide de ses suivantes. Elle prit le corps de sa servante et la porta jusqu’à l’eau qui longe la ville d’Yliolava, elle s’y enfonça avec le corps, et on la devina marcher dans le lit de la rivière. Les vagues mourant à la surface firent comprendre qu’elle partait loin. Elle ne revint qu’au bout d’une lune pleine. Seule. Émergeant de l’eau sans une larme. Retournant vers la maison et quémandant des nouvelles de l’enfant. « Elle va bien », se contenta de dire Konantitra. « Elle vit et rit. » (p. 76)

s’il n’est nullement besoin de présenter l’immense poète et écrivain malgache, Jean-Luc Raharimanana, auteur d’une œuvre impressionnante tissée depuis plus de trente-cinq ans et touchant à tous les genres, nullement besoin non plus de redire que, dans tous ses textes, l’aventure est toujours celle d’une langue unique et flamboyante, jamais encore – sauf peut-être justement dans Tisser, paru en 2021 chez Mémoire d’encrier – il n’avait ouvert de cette manière la voie de la mythologie malgache ;

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