Il ne s’agit plus ici de dire le monde, mais d’en éprouver la désagrégation interne. Le poème de Jean Lesly CEROME ne se contente pas d’habiter l’image : il la fracture, la dissémine, la rend à son instabilité originaire. Soulèvement général des poussières apparaît ainsi comme une archéologie du sensible, où chaque particule devient un lieu de tension entre présence et disparition.
Le syntagme inaugural « Sur le trottoir des yeux » constitue une véritable subversion phénoménologique. Le regard, traditionnellement conçu comme vecteur de clarté et d’unité, est ici relocalisé dans un espace d’usure, de passage et de résidus. Le « trottoir » n’est pas seulement une surface : il est une mémoire piétinée, une archive des pas anonymes. En y inscrivant les « yeux », le poète opère un renversement radical : voir devient un acte d’érosion, une expérience de la perte plutôt que de la saisie.
Les « intentions d’allumettes » relèvent d’une poétique du presque presque feu, presque lumière, presque événement. Mais cette potentialité reste suspendue, condamnée à une évaporation : « en grains de chaleur ». L’image est d’une précision troublante : la chaleur elle-même se granularité, se désagrège en unités infimes. Nous assistons ici à une thermodynamique du langage, où l’énergie symbolique ne cesse de se disperser, refusant toute condensation en signification stable.
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