L’acte posé par le Bureau National d’Ethnologie (BNE), en soumettant à l’UNESCO un dossier conjoint avec le Bénin pour l’inscription des « arts vivants et pratiques sociales du vodou », ne relève ni d’un simple geste administratif ni d’une quête de visibilité culturelle. Il constitue une opération de réinscription du vodou dans l’ordre du pensable mondial, là où il fut longtemps relégué dans les marges de l’exotisme, de la peur ou du déni.
Ce dossier, en apparence technique, s’apparente en réalité à une archéologie du vivant. Il exhume, reconfigure et projette dans le présent une matrice civilisationnelle issue de la traversée atlantique, où le vodou se présente comme un système dynamique de médiation entre visible et invisible, entre mémoire et devenir. En cela, Haïti et le Bénin ne se contentent pas de co-signer une candidature : ils réactivent une continuité historique fragmentée par la violence coloniale et la dispersion diasporique.
L’enjeu est double. D’une part, il s’agit de faire reconnaître le vodou comme un dispositif total à la fois esthétique, rituel, social et épistémologique capable de produire du sens, du lien et de la régulation symbolique dans des sociétés marquées par la dislocation. D’autre part, cette reconnaissance vise à inverser les régimes de regard : substituer à la grille coloniale d’interprétation une herméneutique endogène, fondée sur l’expérience vécue des communautés.
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