Les élections de 1987 devaient marquer l’entrée d’Haïti dans l’ère du pluralisme politique, tel un navire émergeant enfin des eaux troubles de la dictature pour voguer vers des horizons démocratiques. Il n’en fut rien. Au contraire, les militaires au pouvoir ont méthodiquement saboté ce processus électoral, tissant jour après jour une toile de manœuvres et de manipulations qui culmineront dans le bain de sang du 29 novembre 1987 — cette date maudite où l’espoir fut littéralement noyé dans le sang innocent.
Sur ce chapitre sombre de notre histoire nationale, plus de quarante ans après les faits, un ouvrage de recherche universitaire vient enfin jeter une lumière crue et nécessaire. Emmanuel Charles, ancien ministre conseiller à l’ambassade d’Haïti en Italie, s’est attelé à un travail de mémoire aussi rigoureux qu’indispensable : explorer, autopsier, exhumer, bref, passer au peigne fin ces joutes électorales qui n’eurent jamais vraiment lieu, comme un spectacle dont le rideau serait tombé avant même le lever du premier acte.
L’auteur ne se contente pas d’exposer les faits bruts ; il les analyse, les décortique, les situe dans leur contexte historique et politique. Tel un archéologue fouillant les ruines d’une civilisation perdue, Charles met au jour les mécanismes de cette dérive autoritaire, révélant comment les forces antidémocratiques ont orchestré l’échec de ce qui aurait dû être un tournant historique.
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