Le vécu des enfants sous la dictature des Duvalier est rarement interrogé : l’histoire comme la littérature privilégient le plus souvent les récits d’adultes, d’opposants ou d’exilés. Les enfants du maquis, roman polyphonique de Carl-Henri Guiteau (1), se distingue précisément en plaçant au cœur du récit l’expérience enfantine du duvaliérisme.
L’auteur ne se contente pas de raconter : il fait entendre des voix fragiles prises dans la machine de la peur, et montre comment une violence politique s’inscrit dans les gestes les plus ordinaires — jusqu’à contaminer l’enfance elle-même.
Dans Les enfants du maquis (Baudelaire, 2025), Port-au-Prince est mise à nu dès les premières pages. Port-au-Prince n’est plus un décor, encore moins une capitale, mais un corps martyrisé, fissuré de toutes parts, à bout de souffle, qui ne vit plus qu’en apnée. Un lieu qui ne meurt pas franchement mais qui se délite, se vide de sa substance, glisse vers une non-existence douloureuse, comme un malade chronique abandonné sur un lit sans soins. La ville crève de tout, surtout d’absence de liberté.
L’obscurité qui s’abat sur elle n’est pas seulement nocturne : elle est politique, existentielle, cyclonique. Les nuages qui s’amoncellent sur le Morne l’Hôpital ressemblent à des présages funestes, comme si la nature elle-même retenait son souffle avant la chute.
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