Chers concitoyens,
Dans quelques jours, notre pays va commémorer le deux cent vingtième anniversaire de la proclamation de son indépendance.
Les héros de la guerre de l’Indépendance ont pu racheter notre fierté et dignité en nous léguant la première république noire libre. Notre passé glorieux a été vite estompé par l’assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines et le morcellement du territoire. Qu’avons-nous appris de cet assassinat ? Pourquoi avions-nous éliminé autant de chefs d’État par la suite ?
Depuis plus de 29 mois, le pays est comme un navire abandonné dans une mer agitée, suite à l’assassinat de son capitaine, le 7 juillet 2021. Le gouvernail est laissé pour comble. On a peine à retrouver dans le navire les autres membres de l’équipage. Les occupants du navire n’ont plus de repère et se font dire sans cesse « Naje pou soti ». Or, le trajet est long et parsemé de kidnappings, de viols et d’abus gratuits.
Les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont tous disloqués. Les chefs de gangs arrivent à reproduire le Far West et contrôlent plusieurs zones du pays. Des populations civiles sont évincées de leur résidence et deviennent des sans-abris alors que des rencontres entre divers secteurs se tiennent dans les hôtels chics de la capitale ou à l’extérieur du pays pour discuter du partage du pouvoir. Par souci d’honnêteté, certains vont jusqu’à nous informer des conclusions de ces rencontres, bien avant séance tenante. De grâce, cessons cette mascarade, car la légitimité politique s’acquiert à travers un processus électoral et non dans le chaos. Voulons-nous reproduire les mêmes erreurs en invitant les chats de garder nos souris pour leur adresser des reproches par la suite ?
Force nous est de constater que les moins nantis vivant au pays sont les premières victimes du comportement de certains acteurs de la classe politique et des membres influents de la société civile qui continuent de profiter du système « Peze souse » .
Le vide constitutionnel actuel nous dicte que nous devons procéder à une refonte majeure de la structure de l’état haïtien. S’il s’avérait après tout que le pays a encore besoin d’un président, d’un Premier ministre, des sénateurs, des députés, des justiciers et des hauts fonctionnaires, il faudrait au moins redéfinir clairement les responsabilités liées à chacune de ces fonctions et les conséquences de toute violation aux articles de lois encadrant ces postes.
Le moment est venu de sortir du mutisme et poser des gestes concrets pour nous dissocier des forces obscures qui se déchaînent sur notre pays d’origine.
La souveraineté alimentaire est plus qu’urgente. La diaspora est bien positionnée pour utiliser ses ressources dans le développement du pays. Les conclusions de l’étude rétrospective sur les transferts de fonds de la diaspora haïtienne et les perspectives pour une remobilisation vers le financement du développement durable d’Haïti en disent long. À mon humble avis, la contribution économique de la diaspora haïtienne mérite d’être mieux organisée.
Nous devons vite agir et faire prendre conscience à la communauté internationale que nous sommes capables de gérer notre pays et privilégions des relations basées sur du respect mutuel.
La construction du canal à Ouanaminthe et le slogan KPK sont des preuves tangibles que nous pouvons nous prendre en mains lorsque nous faisons face à des défis qui viennent nous bousculer. Nous devons nous inscrire dans une logique de projet à long terme. Pour ce faire, Haïti a besoin de toutes ses forces vives, internes et externes. Nous devons collectivement bâtir un vrai projet de société et redonner à notre pays ses titres de noblesse.
Profitons de la synergie des égrégores pour nous resaisir de l’affront de 1825 et aligner nos efforts pour reconstruire notre mère patrie, car c’est avant tout notre responsabilité.
Chrisnel Blot
