Le monde occidental riche qu’on connaît aujourd'hui, résulte, en grande partie, de centaines d'années de colonisation, d’exploitation de ressources humaines, matérielles et immatérielles d’autres régions du monde, incluant Haïti. L’histoire d'Haïti est marquée par différentes formes d'exploitation reliées entre elles, imposées par les puissances impérialistes: la colonisation, l'exploitation économique abusive, l'instabilité politique et finalement l’immigration, cette dernière proposée comme seule issue favorable. Si aujourd’hui, Haïti figure sur la liste des pays les plus pauvres de la planète, il faut se rappeler que ce pays est en réalité une nation appauvrie par les Occidentaux.
D’abord, la colonisation a été une période sombre de l’histoire d'Haïti. Saint-Domingue, autrefois, a connu la forme de colonisation la plus rude des puissances européennes, principalement par la France, qui a établi une économie d’exportation basée sur l'esclavage et l'exploitation des terres agricoles et des ressources naturelles. La production de sucre, de café et d'autres cultures a été réalisée en utilisant la main-d'œuvre servile des Africains réduits en esclavage.
Après la dernière bataille de Vertières où l'on a finalement vaincu l'armée française de Napoléon, en janvier 1804, Haïti a arraché au prix du feu et du sang sa liberté pour devenir la première république noire libre et indépendante du monde. Cependant, il a continué à subir des pressions économiques et politiques de la part des puissances coloniales européennes et des États-Unis. Toutefois, pour reconnaître l’indépendance d’Haïti, la France a imposé à la jeune république une indemnité qui est estimée de nos jours aux environs de 21 et 115 milliards de dollars, soit environ 1,5 à 8 fois le PIB d'Haïti en 2020 (selon le New York Times). Cette indemnité a été une lourde charge financière pour un pays fraîchement ravagé par la guerre de l'indépendance, ce qui a entraîné un fardeau économique énorme freinant ainsi son développement et contribuant à sa pauvreté persistante. De plus, les États-Unis ont imposé des lots de sanctions économiques et politiques à Haïti (embargo 1991, 1993,1994) ce qui a contribué à maintenir un cercle vicieux de pauvreté et d'instabilité politique.
En plus, Haïti a confronté à diverses formes d'interventions étrangères, notamment des occupations militaires et interventions politiques. Ces interventions ont souvent été motivées par des intérêts économiques et géopolitiques. Ils ont profité de la faiblesse des autorités haïtiennes et des lois sur les réglementations environnementales pour venir exploiter le sous-sol haïtien.
Avec l’instauration de ce climat d'insécurité politique, de précarité économique et sociale, beaucoup sont venus à la conclusion que ce pays est un enfer. Et il faut trouver par tout stratagème possible et imaginable une façon de fuir. C’est alors que ces impérialistes pyromanes vont lancer de vastes programmes d’immigration se présentant comme sauveurs à ce peuple désespéré qu’ils ont torpillé lâchement depuis des années. Cette brèche offre une fuite automatique aux forces vives de la nation et à la quasi-totalité des cerveaux pour s’offrir désespérément aux artisans mêmes de nos malheurs. Étant à l'abri du chaos, on observe une dépendance économique de la population autochtone face à cette diaspora, une dislocation brutale des familles et une fragmentation des communautés. Si on parle de triomphe pour quelques-uns qui jouissent d’un minimum de sécurité, de nourriture et d'infrastructure en Amérique du Nord. Mais pour la nation entière, ces facteurs ont des conséquences graves sur la cohésion sociale et le développement durable du pays.
Les compétences et talents des jeunes sont des atouts précieux pour le développement d'Haïti, mais lorsque ces talents s'en vont, le pays perd une partie de son capital intellectuel et humain, car en quittant le pays, ces jeunes professionnels emportent avec eux leur expertise, leur savoir-faire et leur expérience. Ils laissent derrière eux un vide qui est difficile à combler. Cela se traduit par un manque de ressources et compétences nécessaires pour faire face aux défis auxquels est confronté le pays. On n’est pas sans savoir que les ressources humaines constituent le tremplin de tout développement durable. Lorsque des secteurs clés tels que la santé, l'éducation, l'ingénierie et d'autres domaines vitaux pour la croissance du pays souffrent d'hémorragie de cadres, c’est tout le développement qui est hypothéqué. Les services essentiels sont alors affaiblis et la population totalement désarmée se trouve réduite à genou.
Toutefois, on ne peut pas blâmer les jeunes professionnels haïtiens qui cherchent de meilleures opportunités à l'étranger, c’est une question d'instinct de survie. Surtout quand on sait que les raisons qui les poussent à émigrer sont liées aux conditions socio-économico-politiques difficiles et à l'absence d'opportunités de croissance dans le pays. Mais, nous sommes venus à la conclusion que l'émigration des jeunes haïtiens est un signe de l'injustice économique, politique et sociale des pays colonisateurs à l'égard d'Haïti. Sinon, les jeunes professionnels haïtiens ne seront pas obligés de quitter massivement leur pays pour s'échapper de l'insécurité multiforme et l'instabilité politique machinée par les pays impérialistes.
Un bilan de la colonisation à l'immigration des fils de la nation nous met face à un pays dévasté par ces voisins que nous avons tort d'appeler pays amis. Il est important que cette génération comprenne et reconnaisse les injustices qu’ils nous font subir et combien il est crucial pour nous de travailler ensemble de manière à réinventer un environnement économique, social et politique avec des leaders compétents. Il est temps de soustraire Haïti des influences de ces puissances impérialistes corrompues et permettre aux enfants de ce pays d’exploiter leur plein potentiel et de contribuer au développement de leur pays.
Pour inverser cette tendance, nous devons nous investir, à la base, dans une nouvelle éducation, dans la formation professionnelle/universitaire et la création d'opportunités économiques. Nous devons promouvoir l'entrepreneuriat, soutenir les jeunes dans la réalisation de leurs projets et valoriser leurs compétences. En développant un climat favorable à l'innovation et à la créativité, nous devons inspirer nos jeunes à contribuer à la création et au maintien d’un État fort, éclairé et indépendant.
Abdias DOL, médecin, psychologue, masterien en Administration et Gestion des services de santé et des services sociaux à l’ENA
