Dans l’histoire des relations entre les deux premiers États indépendants du continent américain, les États-Unis et Haïti, en dehors des thématiques les plus en vue telles la diplomatie, la politique, l’économie ou la sécurité, l’éducation représente l’une des dimensions non des moindres à prendre en compte. Retour sur les temps forts du système éducatif haïtien, entre 1915 et 1934, pendant l’occupation américaine, à travers l’œuvre du Dr Léon Dénius Pamphile.
Dans la préface de l’ouvrage, le professeur de l’université d’État d’Haïti, maître Laurore St-Juste salue le travail de ce dernier tout en précisant que: « Pour écrire cette thèse, il eut recours aux Archives publiques d’Amérique ; à la Bibliothèque Schomburg de New York. Il a consulté des ouvrages publiés tant par les Américains que par les Haïtiens. Il s’est inspiré des journaux du temps, journaux américains et haïtiens. »
Dérivé du travail scientifique de plus de deux cents pages, l’ouvrage titré « L’éducation en Haïti sous l’occupation américaine (1915-1934) » et publié par les Éditions Fardin, sous la plume de Léon Dénius Pamphile propose une riche mine d’informations sur un sujet aussi important. Il est à cheval sur les sciences de l’éducation, l’histoire et les relations internationales. Tel un véritable guide, un support informatif et un document de référence, en dépit de certaines imperfections, le public sera invité à le découvrir lors de la prochaine exposition sur l’histoire de l’Éducation en Haïti.
Découvrons l’évolution du système éducatif haïtien à travers les sept chapitres qui composent ce document. La bibliographie, les revues et périodiques, les documents publics et les collections de journaux présentent également des repères pertinents pour mieux apprendre et comprendre l’histoire de ce secteur, à travers les institutions, les décisions, les interactions, les manifestations et les confrontations entre les visions, les actions et les jeux d’intérêts.
Disons que : « Cette étude examine le développement de l’éducation en Haïti au cours des deux décennies d’Occupation américaine. L’auteur analyse la politique scolaire de l’occupant qui vise à réformer le système éducatif haïtien d’après le modèle américain et à s’en servir en même temps comme moyen d’assurer le développement économique, la mobilité sociale et la stabilité politique. »
De l’absence de politique d’éducation populaire en Haïti, avec un accent mis sur la période espagnole, sur l’héritage colonial français, la période haïtienne animée par une persistance de l’esprit colonial, et la lutte pour la suprématie, en passant par les baïonnettes américaines et les bureaucrates de l’éducation, ce sont des pages importantes de l’histoire de l’éducation en Haïti, qui sont racontées dans cet ouvrage majeur.
D’autres points aussi importants sont partagés dans cette démarche combinant à la fois l’histoire, la sociologie et l’éducation. On peut citer: la mise en place de l’appareillage de contrôle ; la Convention et l’Enseignement ; le cadre de la Gendarmerie entre arrogance et racisme ; les conflits et les premières ingérences dans notre enseignement.
Dans une forme de résistance intellectuelle et identitaire, on retient le chapitre intitulé : « La lutte des Haïtiens pour préserver leur héritage éducatif », qui présente les différents sous-thèmes suivants: La résistance, les tentatives de contrôle exclusif, les excès et enquêtes, et la recherche d’une formule nouvelle.
Dans la politique impérialiste américaine dans l’éducation haïtienne, Léon Dénius Pamphile nous propose à partir de la page 91, les principaux points suivants: Le tandem Russell/Borno ; velléité d’effort national ; le haut commissaire en action ; le service technique de l’Agriculture et de l’Enseignement professionnel ; la nouvelle politique scolaire en honneur ; la contre-offensive nationaliste ; l’américanisation triomphante.
De « L’érection des écoles techniques pour la formation d’une classe ouvrière » à prendre en compte. À travers ce chapitre qui débute à la page 122, il nous livre un récit important sur l’histoire et l’évolution du système éducatif haïtien durant ces pages sombres de l’histoire d’Haïti. Les principaux sujets abordés sont les suivants: les prémisses aux problèmes de développement national ; le système scolaire national ; le système scolaire du Service technique ; disparités budgétaires ; l’enseignement supérieur et la politique du dollar.
Définitivement la grève a toujours été présente et constante dans la dynamique des relations et des négociations dans le système éducatif haïtien entre les acteurs, comme partout ailleurs. À titre d’exemple, l’auteur nous invite dans cette publication à contempler cette aventure à la page 150. « La grève des étudiants provoque une crise nationale concernant la politique américaine de l’éducation », est le titre de ce chapitre. On peut citer: Les racines du mal ; L’explosion ; La commission Forbes ; La commission Moton; réaction aux recommandations de Moton.
Dans le septième ou dernier chapitre de ce livre, il est possible d’apprécier les temps forts de l’éducation en Haïti après le départ des forces américaines. À titre de rappel, l’auteur nous invite à explorer les contours de l’Affaire Colvin, suivie par l’éducation après l’Haïtianisation.
Dans un ordre chronologique: « Une attention spéciale est consacrée aux différents aspects du sujet tels que les changements qui ont lieu dans les secteurs privés, publics et religieux de l’enseignement. L’auteur a essayé de déterminer dans quelle mesure ces changements reflètent les rapports des classes sociales en Haïti ; le degré de fluctuation enregistré dans le budget consacré à l’administration des écoles haïtiennes ; les modifications apportées au programme ; la situation du personnel enseignant ; et, en fin de compte, dans quelle mesure l’intervention américaine en Haïti, est liée à la politique d’ingérence des États-Unis dans les affaires des autres nations de l’Amérique latine. »
Des institutions et de nombreuses personnalités ont été remerciées, en dehors des proches, par l’auteur. On retient : Dr. Richard Seckninger, Chantal Fourgeaud Cornéjols, Laurore St-Juste et Emile Manigat. L’auteur a ainsi rendu hommage à son épouse, Rozelle Gousse, ses trois enfants: Rose Ellen, Françoise Martine et Frantz Marcel, et à ses parents, dans cet ouvrage de témoignage.
Dans la liste des documents importants qui continuent d’enrichir les collections du musée de l’éducation en Haïti, on retrouve certainement un exemplaire de ce livre, très informatif et instructif, qui survole les temps forts de l’éducation en Haïti pendant l’occupation américaine.
De l’auteur et éducateur, Dr Léon Dénius Pamphile, on retiendra ces propos dans l’avant-propos: « Ce travail constitue le résultat des recherches de ma thèse en science de l’Éducation à l’université de Pittsburgh, aux États-Unis d’Amérique. Je voudrais simplement l’intégrer dans le patrimoine national ». Autant faire comprendre à qui veut l’entendre, les liens étroits qui existent entre l’histoire, la mémoire et le patrimoine, notamment dans l’évolution du système éducatif.
Dominique Domerçant
