Depuis la décision du gouvernement dominicain de fermer ses frontières avec Haïti, de plus en plus d'Haïtiens se sentent menacés en terre voisine. Suite aux tensions diplomatiques entre les deux pays et 12 jours de fermeture totale des frontières, plus de 60 000 Haïtiens ont décidé volontairement de retourner en Haïti, a annoncé le Corps spécialisé de sécurité des frontières terrestres (CESFRONT).
Il y a de plus en plus de cas d'arrestations arbitraires d'Haïtiens enregistrés en République dominicaine depuis l'éclatement de la tension entre les deux pays due à la construction du canal d'irrigation sur la Rivière Massacre. Jude Charles, citoyen haïtien, a été arrêté mi-septembre dernier pour une vidéo publiée sur son compte TikTok.
Les autorités dominicaines ont considéré cette publication comme une offense envers Luis Abinader en raison des propos qu'il a tenus à son égard. Parallèlement, les agents qui ont procédé à cette arrestation n'avaient pas d'ordonnance d'un tribunal et quelques jours après, la Direction générale de la Migration a rapatrié le citoyen haïtien.
Le 27 septembre, un cas similaire à celui de Jude Charles a refait surface dans l'actualité. Un autre citoyen haïtien, dont la DGM n'a pas révélé son identité, a été arrêté pour avoir menacé de tuer le président dominicain dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, rapporte le journal dominicain, Diario Libre.
Par ailleurs, le nombre d'Haïtiens voulant quitter le territoire dominicain pendant ces deux derniers mois a considérablement augmenté. En raison du conflit entre les deux pays, 61 000 compatriotes sont retournés sur le territoire après 12 jours de la fermeture totale des frontières avec Haïti, a fait savoir le CESFRONT.
"Rien n'est garanti pour les Haïtiens en République dominicaine, leur circulation est davantage limitée, certains ne peuvent plus se rendre sur leur lieu de travail par rapport aux menaces de certains citoyens dominicains, mais également des dernières mesures adoptées par le gouvernement pour combattre les migrants haïtiens en situation irrégulière", a révélé une jeune haïtienne vivant sur le sol dominicain qui n'a pas voulu s'identifier.
Baptiste, un autre citoyen, qualifie de raciste le comportement adopté par le président Abinader vis-à-vis des citoyens haïtiens. "Bien avant le conflit de la Rivière Massacre, les Haïtiens ont été malmenés en RD. Ils sont exemptés de certains privilèges. Pour payer le loyer, certains sont contraints de donner la référence d'une personne vivant aux États-Unis, ils sont refusés dans quelques centres hospitaliers, dans les bus de transports, entre autres", a-t-il confié.
En ce sens, il affirme que si rien n'est fait dans le cadre d'un dialogue franc entre les deux pays, les Haïtiens peuvent être l'objet d'un massacre en République dominicaine.
Au niveau de la Frontière à Ouanaminthe, malgré la pression du gouvernement dominicain qui exige l'arrêt des travaux de construction du canal de la Rivière Massacre, les paysans, de concert avec les techniciens sur place, poursuivent solidairement leurs activités. "KPK : Kanal la p ap kanpe, est le slogan phare de sensibilisation et de mobilisation des citoyens.
Pour plus d'un, le dialogue entre les autorités haïtiennes et dominicaines est nécessaire, cependant il convient au président dominicain de respecter les Haïtiens et de reconnaître qu'Haïti a le plein droit d'exploiter ses ressources, tel que cela a été convenu entre les deux parties dans le traité de 1929 et l'accord de mai 2021, estime plus d’un.
Oberde Charles
