La visite, le premier juillet dernier, du Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, en Haïti, fait partie de l’intense ballet diplomatique pour venir à bout de l'épineux dossier haïtien.
Une présence qui aura attiré l'attention de la grande presse sur un pays considéré comme un «mouroir à ciel ouvert». Le répit constaté dans certains quartiers depuis que le glaive du «bwa kale» s'est abattu sur plus de deux cents présumés bandits, est d'une grande fragilité. Le changement ne viendra pas d'un phénomène aussi spontané et insoutenable dans la durée. Il aura quand même le mérite d'attirer l'attention sur les malheurs que vit le peuple haïtien et les convulsions ravageuses du mouvement «bwa kale» sont à la mesure de son désespoir.
Les «gesticulations» de la communauté internationale, qui s’apparentent à de la mauvaise conscience, ne sont pas encore à la hauteur de cette crise multidimensionnelle. Conscientes du caractère lamentable de la situation, nos élites sont, elles aussi, prises au piège de l'impuissance. Un certain leadership politique et académique tente à son corps défendant de décrocher la «lune» qui se cache derrière les nuages sombres de nos divisions claniques. La vérité est que les forces du statu quo ne connaissent pas autre chose que la mauvaise gouvernance et la puissance corruptrice de l'argent de la contrebande, deux phénomènes qui maintiennent le sous-développement et la crise sociale. Le pays est bloqué de partout et il est difficile de trouver les nœuds qui l'enserrent jusqu'à l'étouffement.
La Communauté internationale a intensifié ses rencontres sur Haïti. Dans son partenariat stratégique avec le Brésil, le Canada a introduit le volet d'aide à la Police nationale. Les« éminentes personnalités» caribéennes qui ont mené les négociations de Kingston se proposent de revenir pour d'autres «dialogues».
Tout cela est utile certes, mais la vraie question se situe dans la formulation d'une vision viable pour Haïti et d'un véritable plan national de développement. Ceux-ci s’appuient sur des changements qualitatifs dans la justice et une véritable révolution des mentalités. Ce n’est qu’ainsi que nous sortirons de «l'indigence» de la pensée normative haïtienne, pour citer un blogueur qui a fait de «l'impertinence», un outil de questionnement.
Roody Edmé
