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Violence et harcèlement sexuels : une lecture kinésico-proxémique

Violence et harcèlement sexuels : une lecture kinésico-proxémique



La question de violence et harcèlement sexuels n’est pas un phénomène nouveau dans la société haïtienne. C’est, en réalité, un sujet tabou dans la société si tant est que les victimes n’osent pas en parler ou encore en parlent très peu. Cette peur de dénoncer les cas ou tentatives de viol ou de harcèlement résulte du fait que les victimes ne veulent pas être mal vues dans la société. En effet, de nombreux rapports confirment qu’une femme haïtienne sur trois est victime de violence en 2019. Un constat qui incite divers organismes (féminins) à s’engager obstinément dans la lutte contre ce phénomène sociétal condamné par les préceptes de droits (humains). Les actions menées, en ce sens, mettent toujours l’accent sur le respect des droits de la femme, d’où le respect de son droit de pouvoir dire « Non ». Elle dit Non donc, c’est non. En revanche, certains hommes soutiennent que souvent les femmes peuvent vouloir le faire, mais elles disent Non quand même, surtout en leur demandant si elles en veulent vraiment. Cet argument vraisemblable dote le Non d’un caractère controversant face auquel « comment peut-on savoir si c’est un Oui ou Non sans doute, devient une question fondamentale ».

Pour répondre à une telle interrogation nous exige l’invitation de plusieurs approches théoriques relatives aux sciences de l’information et de la communication. Ainsi la kinésique et la proxémique, respectivement de Ray Birdwhistell et Edward T. Hall sont-elles invitées. La communication est un acte social (Abric, 2013, p. 3) délibéré ou involontaire. Elle est d’une part, verbale quand l’être humain se sert des mots ou de l’acte de parole, ce qui serait 7 à 10% du message soutiennent (Merabian et Rosenthal). Ces derniers poursuivent qu’elle est d’autre part, non verbale en se servant des mouvements, micro expressions, du silence, débit/ton de la voix, de la distance, de l’espace ce qui serait 90 à 93 % du message. De leur côté, Vanessa Rosier et Marie Paul Bertrand Delfosse considèrent la communication comme une entrée dans le monde de l’autre par le biais des repères comportementaux et langagiers. Cet acte de construction de sens (Lacaze, 2013, pp. 41-52) sert selon (Bénédicte Gautier et al) à échanger de l’information, exprimer des émotions (positives ou négatives), des sentiments et des valeurs, affirmer son existence et convaincre ou influencer l’autre.

Cherchant à comprendre au-delà des mots, la kinésique étudie la communication par les gestes, micro expressions (visage), et les postures et positions esthétiques communicatives du corps. Elle présente la particularisation des comportements, leur contexte de réalisation et laisse la voie à la montée des typologies de gestes et postures suivant la culture. Ainsi Vincent Denault et Guy Barrier soutiennent-ils des gestes régulateurs (donne le feu), adaptateurs (ajustent l’interaction), illustrateurs (accentuent le discours) emblèmes (remplacent le discours), gestes barrières (refus), gestes ouverts (échange), etc. réalisés délibérément ou involontairement. Pour sa part (Abric, op. cit., p. 65) soutient qu’il existe des postures de rejet (exprime le refus ou crainte de la relation), de contradiction (soumission, abattement ou renoncement de la relation) et posture d’approche (accueil, écoute, centration sur l’autre). Le corps étant dans un espace physique donné d’où ses mouvements se réalisent. Et pour que la communication soit possible, il faut qu’il existe l’un et l’autre qui adoptent des distances physiques, signifiants. Une meilleure compréhension des mouvements corporels implique une lecture kinésico-proxémique.

La proxémique étudie la communication par la gestion de l’espace et la distance entre les coparticipants de l’interaction. L’espace, le milieu d’où s’inscrivent nos perceptions et qui contenaient tous les objets existants et convenables pourrait être sociopète quand il favorise la communication. Au cas contraire, il se dit sociofuge. La distance perçue par (Hall, sd) comme un degré existant entre des entités reliées, simultanées et occupant une place différente dans leur interrelation. Elle se considérait comme intime (privée et éloignée), interpersonnelle, sociale et publique suivant la quantité de centimètre gardé entre les interlocuteurs.

Dans un cheminement kinésico-proxémique, déceler le vrai sens du fameux Non dépendrait d’une performance communicationnelle des acteurs communicationnels. Cette performance est évaluable en termes de construction de sens mutuellement partagé. Elle requiert la personnalité, les valeurs partagées, les paroles émises, les gestes réalisés, les postures adoptées, la distance respectée, l’espace géré, la capacité de convaincre et d’influencer. Le sens que porte ce Non se lit dans une interaction qui implique la participation d’au moins deux semblables qui partagent le sens et l’expérience vécus. L’interprétation de cette parole requiert cette capacité performative chez l’interprète non exempt de toute charge culturellement refoulée, bonne ou mauvaise.

Une fille ayant l’idée de friendzoner un garçon, qu’il abuse de la volonté (peut susciter de débat) de celui-ci en fréquentait sa chambre (lieu intime) peut-elle affirmer un jour que ce garçon tant provoqué l’a violée ? Sachant que la chambre est un espace qui favorise une distance intime, traduisant une relation d’engagement. D’où la présence de l’autre s’impose, le contact physique domine la conscience des acteurs, les mains peuvent se joindre, la voix est étouffée. (Hall, sd, pp. 129-160). La fille se déshabille ou se loge sur la poitrine masculine, gardant silence, réalise d’autres gestes d’approche et illustrateurs outre que les accolades, attouchement (mains-mains) et la tête penchée vers l’autre, faudrait-il encore un Oui pour passer à l’action ? La voix étouffée, la conscience dominée, le savoir que les mots ne représentent que 7 à 10 % du message suffisent pour avouer qu’il n’y a aucun acte de violence dans ce cas. Notant que la violence est le fait qu’on contraint l’autre à faire involontairement quelque chose.

Une fille se frotte son fessier contre le pantalon d’un ami en toute conscience, et constate que l’érection masculine l’avertit de la présence de nouvelle pensée influencée, stimulée par ses actes sexy, mais persiste. Quand le garçon répond par des attouchements on qualifie sa réaction de harcèlement sexuel. Et quid de l’action de la fille ? Les mouvements sont devenus gestes (unité kinésique) quand ils sont réalisés dans l’intention de signifier quelque chose. Sous l’effet d’alcool, on pourrait comprendre que l’intention est un peu noyée. Cependant, de son plein gré, elle envoie des signaux à son vis-à-vis sur le débit de sa libido. Des expressions du visage, l’attouchement de certaines parties de son corps et de l’autre remplacent le sens du fameux Non.

Si l’on ne veut pas aller plus loin, il faut garder certaines distances (interpersonnelle, sociale) ; si l’on ne désire pas stimuler les comportements, il faut maitriser la réalisation de ses gestes et l’adoption de ses postures. Dire Non peut être à 100% signifié un refus dans la mesure qu’on l’accompagne d’une kinésique et proxémique adaptée. Il faut donner priorité aux gestes barrières, illustrateurs en cas d’un Non réfutant, exempt de tout caprice. Une meilleure performance communicationnelle aide à préserver la nature des relations entre amants, amis et professionnels. Il est vrai que la parole émise peut traduire la volonté remplie de crainte, mais il y a des gestes qui peuvent mettre sa conscience à nu. Alors, il faut savoir pénétrer dans le monde de l’autre. L’habitude peut aussi aider à une meilleure interprétation du langage du corps, mais s’il s’agit d’une grande première, il devient plus difficile. De toute façon le Non est un indice qui doit intriguer l’un à sur le fait de rechercher l’approbation verbale et corporelle de l’autre. Cependant, il n’est pas le mot mystique comme certains courants féministes veulent nous l’imposer. Une fille peut dire Oui pourtant elle ne veut pas vraiment, le langage corporel le traduirait sans doute.


Lorvenson Larose

Professeur à l’Université

Communicant B, SC/M. A




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