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« L’énigme de l’amour »: sous l’initiative de l’école des Frères de Ouanaminthe, Me Frédelin Israël signe sa première tragi-comédie

« L’énigme de l’amour »: sous l’initiative de l’école des Frères de Ouanaminthe, Me Frédelin Israël signe sa première tragi-comédie



Soumis sous la baguette magique de l’art, le Théâtre est un point d’optique à travers lequel tout ce qui existe dans le monde et dans l’homme, doit et peut se réfléchir, disait le romancier et philosophe français, Victor Hugo (1827). Étant un outil aiguisé d’universalité et d’atemporalité, la finalité d’une pièce de théâtre est loin de se borner dans l’assouvissement temporaire et banal des désirs humains. Elle se donne surtout pour tâche cardinale de tordre l’esprit de la banalité et de transcender l’âme. C’est pourquoi dit-on qu’elle est une voix qui transcende, un esprit qui éclaire et une conscience qui avertit. Étant ainsi personnifié, le théâtre doit faire de la pensée positive la nourriture de la foule, s’achemine Hugo (1843). En effet, la prise de conscience collective, la dissipation de l’obscurantisme en France et le pansement de cette paralysie au lendemain de 1789, tout doit beaucoup aux dramaturges français (Molière, Racine, Corneille). Domaine de la conscience commune, le théâtre s’impose. Et ne pas faire du théâtre de sa vie, c’est devenir le théâtre de sa propre vie. Convaincu de tout cela, Maitre Frédelin Israël, avocat au Barreau de Fort-Liberté et professeur de Lettres, avec le support du Collège Saint-François Xavier de Ouanaminthe (SFXO), signe sa toute première tragédie.

Ouanaminthe et la culture théâtrale : une grande première

Malgré son importance économique dans le département du Nord ’Est et ses nombreux hommes de lettres qui se font distinguer à l’échelle nationale et internationale, la ville de Ouanaminthe n’a jamais eu l’opportunité de vivre une pièce classique durant son existence. Conscients de ce manque capital, Me Frédelin Israël, de concert avec le collège Saint François Xavier de Ouanaminthe (SFXO), a offert une toute première pièce classique au grand public ouanaminthais : « L’énigme de l’amour », le dimanche 30 mai 2021, au Centre culturel ʺMarie-Louise Coidavidʺ de Ouanaminthe. Écrite par Me Frédelin et mise en scène par Jean Léonard, cette pièce a ému les téléspectateurs et téléspectatrices, grâce à la maestria de ses acteurs (élèves) venant tous du SFXO : Yolaine (Stéphanie Kimberly Antoine), Marbial (Esaïe François), Désoguste (Douby Pierre), Natchelle (Lanot Love-Daisha), Jephté (Hansly Davilmar), Lucie (Ragive Mélissandre Saintange), Timatoune (Cynthia Joseph), Anitha (Cardie Michelle Désormes), Jacques (Djivensly Noël), Jésabelle (Lourde-Gina Francois), Ralp (Arabel Déracinés), Junior (Carlito Etienne) et la narratrice, Daïsha Narly Joseph.

L’énigme de l’amour : une critique des pratiques institutionnelles d’Haïti

Tragédie ou comédie, toute pièce classique s’est munie d’un double aspect qui la donne vie : le corps de la pièce qui est la pièce elle-même et son « âme » renvoyant à sa moralité ; c’est le pourquoi même de la pièce. Car, c’est au travers de laquelle que l’on visualise la société de ses travers, qu’on la déshabille de ses apparences malicieuses. Elle fait tomber le masque des apparences afin de faire voir les hommes tels qu’ils sont. C’est pourquoi dit-on que le théâtre n’est autre que le miroir la société, le domaine de la conscience. A noter que cet aspect moralisant dont est muni l’art du théâtre fait de lui, un vrai laboratoire des conditions humaines (Antoine Vitez, 2015). Visant à peindre la société haïtienne de ses pratiques tordues, « L’Énigme de l’amour », ne tend pas seulement à plaire les téléspectateurs et téléspectatrices, mais à leur recouvrer la vue, en prenant la famille et l’État comme cibles majeures. Puisque faire du théâtre, c’est diagnostiquer la société, prescrire, en vue de la guérir. Bref, c’est penser/panser les problèmes saillants de la société. Comment s’en prend-on à travers « l’Énigme de l’amour ? »

De la famille - l’inconsistance des parents

Comme l’on serait tenté de le croire, aimer n’est pas de la simple disposition des amoureux, certaines conventions sociales s’affirment et se sont revêtues d’un pouvoir de coercition. En effet, le statut social ou la position sociale de sa famille influence grandement ou peut contraindre le choix d’un partenaire. Pour les familles policées, choisir un partenaire, ne se borne pas aux seuls sentiments de l’enfant, mais doit tenir compte des ressources économiques et culturelles de la famille. C’est ce que l’auteur essaye de critiquer chez la famille Marbial qui, malgré la réciprocité des sentiments aveugles de Natchelle et de Jephté, refuse catégoriquement d’accepter leur union, sous peine de dégrader l’image de la famille ou de maintenir intact le prestige familial.

En outre, l’auteur critique l’attitude de sévérité de M. Marbial envers ses filles. Car, la socialisation des enfants implique des parents contenants, chez qui attention et frustration se cohabitent, se mutualisent et s’équilibrent (Christian Delecourt, 2005). Les parents contenants sont des parents qui sont à la fois cadrants et enveloppants. L’idée d'être cadrant signifie être capable de fixer des cadres, des limites aux désirs de l'enfant, et être enveloppant renvoie au sens protecteur, rassurant et affectueux des parents. La première fixe les limites en empêchant que l’enfant soit livré à ses propres pulsions et la seconde facilite la transmission des normes et valeurs familiales. Toute autorité qui s'écarte de l'attention et de l’amour est vécue par l'enfant comme une violence gratuite ou une sorte d’injustice qui, en ripostant pourrait générer par la suite un lien de filiation instable, tout en se soumettant aveuglément au contrôle de ses pairs.

En somme, de cette pièce classique, force est de constater que l’amour doit être vécu librement et non imposé. On peut certes s’opposer à une relation amoureuse, mais pas à l’amour en soi. La richesse n’est pas l’unité de mesure de l’amour. Celui-ci n’a d’autre mesure que lui-même. On ne choisit pas d’amer, il s’impose à nous. L’amour de Natchelle et de Jephté en est l’exemple le plus probant.

De la mauvaise gouverne politique en Haïti – la culture de la division

L’Énigme de l’amour est aussi une critique de la mauvaise gouverne politique en Haïti et de la culpabilité des Haïtiens, tout en secondant la complicité des puissances impérialistes (USA, France, Canada...) dans le sort du pays. Comme il est clairement démontré à travers « le Gouverneur de la rosée » de Jacques Roumain (1944), la solidarité entre les citoyens est la trame de la prospérité d’une nation. Le virus culturel incrusté dans notre univers mental qu’est un legs colonial, nous apprend à avoir horreur de nos semblables, soit de nous-mêmes, à vouloir nous enrichir aux dépens de nos frères et à vivre au détriment d’eux, est le nœud gordien de l’ ʺAyiti" d’aujourd’hui. Étant ainsi socialisés, devenus dirigeants, nos projets consistent toujours à nous enrichir en contrepartie de l’appauvrissement de nos compatriotes. D’où la notion de l’ʺÉtat prédateurʺ de l’économiste suédois, Mats Lundhal (1979). C’est nous qui, à travers nos différends, ouvrons des brèches aux Étrangers pour envahir notre intimité.

Enfin....

L’Énigme de l’amour, au travers de ces quelques pages, se pavanent des vers avec l’art de représenter les mouvements de l’âme et de l’esprit... comme aurait dit Ariane Mnouchkine (2000). Ont été mises en scène : l’attitude confuse et suicidaire des parents envers les enfants, matérialisation de l’amour, l’attitude autodestructrice du peuple haïtien. Joint à cela, la morale de la pièce est tridimensionnelle : d’abord, le seul obstacle digne de s’opposer à l’amour est l’amour lui-même ; ensuite, la richesse ne fait qu’appauvrir l’amour, quand elle est en l’objet ; enfin, le problème haïtien est l’Haïtien lui-même. Partant du lyrisme et la facilité des vers, notre dramaturge Frédelin Israël se voisine avec Jean Racine, mais tenu compte de la dimension plurielle de l’intrigue, il reflète plutôt le visage de Corneille.

Serge BERNARD,

Sociologue, activiste politique

Références bibliographiques et webographiques
Antoine Vitez (2015). Le Théâtre des idées. Paris, Gallimard, 608 p.
Ariane Mnouchkine (2000). Petit dictionnaire du théâtre.
Délecourt, C. (2005). L’autorité dans la famille. Journal du droit des jeunes, 1 (241), pp. 29-38. à
Jacques Roumain (1944). Gouverneur de la Rosee. Paris, Zulma, 216 p.
Lundhal, M. (1979) Peasants and Povert : a Study of Haiti. London, Croom Helm, 699 p.
Victor Hugo (1827).Cromwell. Paris
Victor Hugo (1843). Les Burgraves. Paris
https://citation-celebre.leparisien.fr




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