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Coordination et réponses dans le secteur logement et habitat à Saint Jean du Sud post ouragan Matthew octobre 2016 - 4 ans 8 mois après

Coordination et réponses dans le secteur logement et habitat à Saint Jean du Sud post ouragan Matthew octobre 2016 - 4 ans 8 mois après



L’ouragan Mathieu a frappé le grand Sud (Sud, Grand’ Anse, Nippes, Sud’Est) et une partie du Nord’Ouest d’Haïti le 4 octobre 2016, causant des dégâts autour de 2,8 milliards de dollars américains et un bilan humain très lourd : 546 morts, 128 disparus et 439 blessés, selon les résultats de l’Évaluation des besoins post-catastrophe pour le cyclone Matthew réalisée sous la direction du gouvernement haïtien avec le soutien technique et financier du Système des Nations Unies, de l’Union européenne, de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine de Développement en 2016 .

Parlant de l’ampleur de l’ouragan Matthew, pour certains, Matthew est la catastrophe naturelle la plus dévastatrice qui ait frappé Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. C’est également le cyclone le plus dévastateur que connaisse le pays depuis le cyclone Jeanne en septembre 2004. Selon les résultats de l’Évaluation des besoins post-catastrophe pour le cyclone Matthew de son sigle anglais PDNA, réalisée sous la direction du gouvernement haïtien avec le soutien technique et financier du Système des Nations Unies, de l’Union européenne, de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine de Développement, « Le secteur le plus touché demeure le logement, suivi de l’agriculture, avec des dommages et pertes de l’ordre de 856,28 millions de dollars US pour le premier et 573,53 millions de dollars US pour le second. La valeur totale des besoins de relèvement établie d’après les résultats des évaluations s’élève à 2,72 milliards de dollars US (soit 179 768,65 milliards de gourdes). »

Au niveau de la commune de Saint-Jean, ce cyclone de catégorie 4, a provoqué de nombreuses pertes en vies humaines (14 décès, dont 2 mineurs) et des dégâts matériels considérables. Au niveau du secteur agricole et de l’environnement, les dommages sont extrêmes. Par exemple, la couverture arborée, qui, avant le passage de l’ouragan, a bénéficié du financement de l’État haïtien (ministère de l’Environnement) et des organisations non gouvernementales (ONG) pour l’augmentation de sa densité, a été détruite à plus de 90% selon les autorités municipales et notre état des lieux. Quatre ans huit mois, octobre 2016 – juin 2021, nous nous demandons : « Comment a été la gestion de la réponse post ouragan Matthew par les autorités étatiques et les acteurs non étatiques dans la commune de Saint Jean du Sud ? La population Sainjeannaise est-elle guérie des blessures causées par ce fléau dans le secteur logement et habitat alors qu’elle est toujours en attente de l’aide (étatique ou non) pour reconstruire ou réaménager leur maison détruite ou endommagée par le passage de l’ouragan Matthew ? »

Ce sont, entre autres, des questionnements que nous nous faisons sur l’après l’ouragan Matthew auxquels nous nous donnons le devoir d’apporter des éléments de réponse à partir de notre travail de recherche.

Dans le cadre de notre enquête, nous avons regardé avec les autorités municipales de Saint du Sud comment a été la gestion de la crise post Matthew et particulièrement ce qui a été fait dans le secteur logement et habitat en faveur des victimes du cyclone Matthew dans ladite commune. Pour ce faire, nous avons priorisé une méthodologie visant, d’abord, la collecte des données secondaires (rapport d’évaluation, compte rendu de cluster dans le secteur logement et habitat, données disponibles sur le site web des acteurs humanitaires en Haïti) et, ensuite la collecte de données primaires par l’entremise d’un cadre technique de la Mairie de Saint Jean du Sud avec qui nous avons eu un entretien sur l’autorisation de l’agent exécutif intérimaire en fonction au mois de mai 2021, en l’occurrence Monsieur Joseph Estimé DUPONT, qui était le Maire titulaire lors du passage de l’ouragan Matthew. Ensuite, nous avons traité les informations collectées et produit les résultats discutés dans ce travail qui, par la suite, a été critiqué par des pairs dans le secteur humanitaire et le développement communautaire.

D’abord, laissons-nous vous faire une présentation de la commune de Saint Jean du Sud sur les plans démographique, administratif, géographique, social et économique. Selon le recensement de 2015 réalisé par la DSDS de l’IHSI, la commune de Saint Jean du Sud est peuplée de 25 567 habitants (13 884 masculins, 11 683 féminins) dont 15 542 âgés de plus de 18 ans. La commune a une superficie de 69.29 km2. Elle a trois sections communales : 1re Tapion, 2e Débouchette, 3e Trichet, et le Centre-ville. Elle est limitrophe et bornée au nord par la commune de Torbeck, au Sud par la Mer des Caraïbes, à l’Ouest par la commune de Port-Salut, à l’Est par la Baie des Cayes et l’Ile-à-Vache.

Sur le plan économique, l'économie de Saint-Jean-du-Sud repose sur l'exploitation de cultures vivrières et d'arbres fruitiers, l'élevage et la pêche maritime. Toutefois, les principales sources de revenus étant la commercialisation de certains fruits (mangues, noix de coco, noix de de pomme acajou) et la transformation des fruits. La fabrication de paniers en bambou, de balais en latanier (artisanat) permet de diversifier l'offre commerciale de Saint Jean du Sud. Le secteur de la pêche reste une activité importante de la commune, lit-on dans les données existantes à l’Institut haïtien de l’Informatique et de Statistique (IHSI). De plus, la commune de Saint Jean du Sud est l’un des principaux endroits du sud du pays cultivant la racine de vétiver. De ce dernier, on extrait une huile commercialisée sur le marché international.

Pour plus d’un, la commune de Saint Jean du Sud est pleine de potentiel, surtout sur le plan touristique avec ses îlots, la plage Ozanana, sa production de noix de coco, de mangues et de noix d’acajou. Pourtant, selon la catégorisation du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MITC), elle est une commune de troisième catégorie parce qu’elle n’est pas en mesure de répondre même à ses frais de fonctionnement, voire d’arriver à offrir des services socio-économico-culturels à ses habitants à la base de sa recette fiscale.

Au niveau communal à Saint Jean du Sud, voyons, selon les données disponibles, les pertes en vie humaine et l’ampleur des dégâts de l’ouragan Matthew. Dans une visite réalisée à Saint Jean du Sud du 12 au 14 octobre 2016, nous avons rencontré, discuté et collecté des informations auprès de la Mairie, du curé de la paroisse Saint Jean Baptiste de Saint Jean du Sud et du curé de la Paroisse Saint Antoine de Padoue d’Abacou.

En arrivant à la commune, nous avons trouvé la photo est apocalyptique. Selon les autorités municipales, le Maire principal, assisté du Directeur municipal et de son Directeur adjoint, la commune dénombre 14 décès, dont 2 mineurs repartis dans les trois sections communales comme suit : 4 pour la 1re section, 5 pour la 2e section et 5 pour la 3e section. De plus, cinquante-deux personnes sont blessées dont trois gravement. Dans un entretien avec le curé de la paroisse de Saint Jean Baptiste, selon le recensement réalisé par les membres des Chapelles de sa paroisse (Église catholique), 382 familles victimes ayant eu leurs maisons détruites ou fortement endommagées ont été recensées dans les localités de Gaspard et Percy; 510 familles victimes à Boyer et Crabier, 740 à Landler et Bois-Boyer, 630 à Cornette et 495 au centre-ville. Également, selon l’évaluation du curé de la paroisse Saint Antoine de Padoue d’Abacou, les zones de ses chapelles contiennent 50% de population vulnérable, 35% de mères-chefs de famille avec au minimum 2 enfants, 5% de vieillards .

Sur le plan de logement et habitat, selon les autorités municipales, la commune est habitée par environ sept mille à huit mille ménages. Lors de notre visite, la mairie a déjà fait état de quatre mille huit cent-treize maisons (4502 détruites, 216 gravement endommagées, 95 endommagées). La première section, Tapion, occupe la 1re place avec un pourcentage de 39% de maisons détruites, soit 1768 maisons. Elle est suivie de la troisième section Trichet et du centre-ville avec un pourcentage de 31% de maisons détruites, soit 1400 maisons, puis de la deuxième section avec un pourcentage de 30% de maisons détruites soit 1334 maisons. Selon le curé de la paroisse Saint Antoine de Padoue d’Abacou, 90% de la population communale ont besoin d’une maison et de la nourriture. Autres que la majorité des maisons habitables détruites ou fortement endommagées, les infrastructures ecclésiales et scolaires sont fortement endommagées ou détruites aussi selon le curé de la paroisse de Saint Baptiste.

Parlant des politiques publiques en lien avec le secteur logement et habitat, l’État haïtien, dans son souci de se donner des outils et moyens pour atteindre ses objectifs après avoir identifié des problèmes dans le secteur du logement et de l’habitat, s’est doté d’une Politique nationale du Logement et de l’Habitat (PNLH) en 2013. Dans la PNLH, nous pouvons lire : elle s’inspire de l’article 22 de la Constitution de 1987 en vertu duquel l’État « reconnaît le droit de tout citoyen à un logement décent », et de l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (DUDH) dont la République d’Haïti est l’un des quarante-trois (43) premiers pays signataires.

Parlons des réalisations, subventions et de l’appréciation de la municipalité des actions et supports dans le secteur logement et habitat après l’ouragan Matthew à Saint Jean du Sud. Entre les multiples visites reçues par la Mairie au lendemain de l’ouragan, les nombreuses promesses d’aide faites par diverses délégations, les attentes des habitants face aux dégâts dévastateurs de la catastrophe et la réponse réelle donnée dans le secteur logement et habitat, les autorités municipales restent insatisfaites.

Au cours d’un entretien au mois de mai 2021 avec le directeur technique municipal, il mentionne et insiste sur le fait que les supports techniques et financiers à la reconstruction ou à l’aménagement des maisons étaient et restent très pauvres. En termes de construction, deux institutions de l’Église catholique, Service Jésuite aux Migrants d’Haïti (les Jésuites) et Food for the Poor ont construit respectivement une vingtaine et une dizaine de maisons. La dernière a une quinzaine de maisons inachevées sur la première section. Parlant d’aménagement de maisons, une organisation internationale a donné à la mairie des matériels (bois deux par quatre, clous, tôle, latte) permettant aux autorités municipales d’assister quatre-vingt-dix (90) ménages à raison de trente ménages par section communale. Chaque ménage a reçu quatorze feuilles de tôle, quatorze bois deux par quatre, vingt feuilles planches servant de latte et quelques livres de clous.

Certaines institutions ont aussi donné des bâches à des ménages, surtout dans la deuxième section. Mais, ces actions n’ont pas été exécutées en collaboration avec la Mairie, selon le directeur municipal.

Toujours selon le directeur technique municipal (Communication personnelle, 1er juin 2021), six abris provisoires ont été construits par une institution non étatique internationale à raison de deux abris par section communale. Cependant, le Directeur exprime une grande insatisfaction concernant la capacité d’accueil de ces bâtiments ou abris provisoires incapables d’héberger une dizaine de ménages chacun au cas où il y aurait un ouragan de même catégorie que Matthew avance le directeur municipal. Or, la commune compte entre sept mille et huit mille ménages.

Par contre, la vive insatisfaction du directeur municipal de la gestion de la réponse post ouragan Matthew à Saint Jean du Sud ne réside pas seulement dans les maigres actions dans le secteur logement et habitat selon lui. Sa plus grande déception réside dans le fait que l’argent dépensé dans le secteur Eau, Hygiène, Santé et Assainissement de son sigle anglais WASH, pouvait permettre à la commune de Saint Jean du Sud de démarrer la construction d’un système d’adduction d’eau potable alimenté par la rivière Acul de Sud et répondre à un besoin conjoncturel et structurel, plus durable. D’autant plus que, la commune ne dispose pas d’un système d’adduction d’eau potable fonctionnel et que couramment la commune souffre de sévère sécheresse. Une institution autonome de l’État haïtien a creusé plusieurs puits, mais les actions n’ont pas été coordonnées avec les cadres techniques municipaux. De plus, la qualité de l’eau est mauvaise, salée pour la totalité et des matériels des puits commencent déjà à prendre de la rouille.

La mairie de Saint Jean du Sud est insatisfaite de la coopération des acteurs étatiques et non étatiques de la réponse post ouragan Matthew globalement, surtout dans le secteur logement et habitat. La différence est au niveau de la collaboration entre la mairie et l’organisation internationale qui a donné des matériels (bois deux par quatre, clous, tôle, latte) à la mairie lui permettant de venir en aide à quatre-vingt-dix (90) ménages dans les trois sections communales pour réaménager leur maison. Selon le directeur municipal, d’un ton fier, (Communication personnelle, 1er juin 2021), c’était une vraie collaboration dans le respect d’autrui.

Quant aux responsabilités de la mairie en tant qu’autorités communales en lien à la gestion post ouragan Matthew, le décret du 1er février 2006 portant l’organisation et le fonctionnement de la Collectivité municipale, dite Commune ou Municipalité stipule en son Article 63.- « Le Conseil municipal a pour vocation essentielle de travailler à l’amélioration du cadre et des conditions de vie des habitants de la Commune par la fourniture des biens et services, par la promotion et l’animation du développement local. » Ainsi se justifie la raison pour laquelle nous avons porté ce travail sur l’angle de la municipalité. Donc, il était et est de la responsabilité de la Mairie de fournir des biens et services aux habitants de la commune.

Pour finir, nous voulons demander à l’État haïtien, aux organisations non étatiques présentes en Haïti et aux membres de la diaspora haïtienne originaires de Saint Jean du Sud de venir en aide aux autorités municipales, ou directement aux ménages qui se trouvent dans l’incapacité de reconstruire leur maison détruite ou réaménager leur maison endommagée par l’ouragan Matthew en octobre 2016. L’aide aura tout son sens si elle pouvait arriver au mois de juillet 2021 au plus tard. Car, selon un métrologue haïtien sur les ondes d’un média (télévision) de la capitale au début de juin 2021, mois d’ouverture officielle de la saison cyclonique, les ouragans les plus violents ayant frappé Haïti ont toujours tendance à le faire entre les mois de septembre et octobre. De plus, la saison cyclonique 2021 s’annonce être très active. Par conséquent, nous pouvons nous attendre à une quinzaine de tempêtes dont huit peuvent être transformées en ouragan.

Jean Anthony BAZILE

Bibliographie
1. Ministre de la Planification et de la Coopération Externe. (2016). Évaluation des besoins post-catastrophe pour le cyclone Mathieu. https://www.ht.undp.org/content/haiti/fr/home/library/crisis_prevention_and_recovery/evaluation-des-besoins-post-catastrophe-pour-le-cyclone-mathieu.html
2. Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique. (Mars 2015). POPULATION TOTALE, POPULATION DE 18 ANS ET PLUS MÉNAGES ET DENSITÉS ESTIMÉS EN 2015. https://www.humanitarianresponse.info/sites/www.humanitarianresponse.info/files/documents/files/estimat_poptotal_18ans_menag2015.pdf
3. SJM Haïti, (Octobre 2016). Saint Jean du Sud. Dans P. J. R. Déry, J. A. Bazile, K. M. Vu et P. Peuzé, Rapport de mission dans le Département du Sud du 12 au 14 octobre 2016.
4. Haïti (2006). Décret-loi fixant l’organisation et le fonctionnement de la Collectivité municipale, dite Commune ou Municipalité. Haïti : Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, 49 p.
5. Communication personnelle (1er juin 2021)

Mes sincères remerciements vont à la Mairie de Saint Jean du Sud, au Service Jésuite aux Migrants/Solidarite Fwontalye Haïti (SJM Haïti), à l’équipe de soutien aux plateformes et au contenu du Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA de son sigle anglais) en Haïti. Je veux également remercier de façon spéciale, mon épouse, Marie Nardine Rousseau BAZILE, Maitre en Politique et Gestion Educative et Daniel JOSEPH, Docteur en Anthropologie pour la révision et la correction des résultats du travail.
Légende: Une vue de la commune de Saint Jean du Sud.




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