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Comprendre la santé autrement (suite) Quatrième partie : la santé scolaire

Comprendre la santé autrement (suite) Quatrième partie : la santé scolaire



Attention ! : Ceci est un livre en construction !

A la lumière de ce qui a été publié antérieurement, essayons de comprendre la santé scolaire.

Qu’est-ce que la santé scolaire ?

C’est tout simplement la santé à l’école. Toutefois, commençons par dire ce qu’elle n’est pas. Il ne s’agit pas d’une clinique établie au sein du ministère de l’Éducation nationale à l’intention du personnel. Encore moins d’une structure ayant pour vocation de délivrer ou de valider les congés à caractère médical octroyés par les médecins de la place. Toutefois, la Direction Santé scolaire peut toujours, sur demande expresse, émettre un avis sur un certificat médical ou un congé de maladie accordé à un employé. Un tel avis s’avèrera toutefois limité, en raison de l’obligation de secret professionnel liant le médecin traitant à son patient. Quant aux aspects légaux de la question, ils sont examinés par la Direction des Affaires juridiques.

Pourquoi a-t-on tendance à dire « médecine scolaire » plutôt que « santé scolaire » ?

La raison essentielle, c’est que dans l’imaginaire collectif, notamment celui du secteur sanitaire, la santé est faussement assimilée à la médecine. Nous avons montré dans nos précédents articles que cette dernière constituait un des quatre grands groupes de déterminants de la santé appelé encore « système de soins » et abusivement « système de santé ». Soigner une personne malade est d’une importance vitale. Sinon, elle risque soit de mourir, soit de présenter un handicap ou des complications. Toutefois, dans une optique populationnelle, c’est-à-dire de santé publique, la biomédecine n’est pas la catégorie la plus élevée dans la hiérarchie. Sa contribution à l’espérance de vie et/ou à la réduction de la mortalité oscille entre 10 et 30 % dépendamment de son organisation, du pays, de son efficacité et du degré d’avancement de la technologie. La primauté va à l’environnement au sens large, notamment aux conditions socio-économiques, lesquelles influencent considérablement le groupe des « habitudes de vie » (voir article précédent). En fait, la médecine scolaire est une composante de la santé scolaire.

Quelle place est donnée à la médecine scolaire, c’est-à-dire aux soins, à l’intérieur de la santé scolaire ?

Les soins de santé demeurent l’apanage du Ministère de la Santé publique et de la médecine, au sens large. Le ministère de l’Éducation ne détient ni la vocation ni le droit thérapeutique. Par contre, dans un esprit d’intersectorialité, les deux entités ont l’obligation de travailler conjointement en vue de résoudre les problèmes de santé affectant écoliers, étudiants et universitaires, ceci pouvant affecter l’assiduité et la capacité d’apprentissage. Cette prise en charge ainsi que d’autres activités telles les campagnes de vaccination, le déparasitage, les dépistages, les consultations cliniques et autres doivent être planifiées conjointement, stratégiquement, de manière à respecter les structures, l’horaire et le fonctionnement du système éducatif. Il faut donc bien connaitre ce dernier.

Pourquoi la santé scolaire ? Quel en est le bien-fondé ?

La santé scolaire constitue le point d’intersection entre la santé et l’éducation. Aujourd’hui, l’interrelation santé et éducation est universellement reconnue. Une bonne santé (nutrition incluse) des écoliers et des enseignants favorise considérablement l’apprentissage et prévient le décrochage scolaire ou universitaire, tout en améliorant la qualité de l’éducation. D’un autre côté, un niveau élevé d’éducation, tant au niveau individuel que collectif, améliore considérablement la santé à long terme des individus ainsi que le niveau de développement d’une communauté et même d’une nation. Par ailleurs, l’école, via la qualification et le revenu, permet d’améliorer le niveau socio-économique, déterminant fondamental de la santé. Elle constitue, par ailleurs, le lieu privilégié pour l’adoption de comportements favorables à la santé et à l’environnement. C’est l’endroit par excellence où se construit le citoyen, l’être humain.

Toutefois, la reconnaissance d’une telle interdépendance est le résultat d’un cheminement assez long. Dès la fin du XVIIIe siècle, la santé à l’école était déjà un sujet de préoccupation pour le monde éducatif. Mais ce souci concernait uniquement les écoles des milieux très favorisés, celles des élites. Au XIXe siècle, cela devenait un impératif étatique, avec la montée de l’hygiénisme. Ainsi, en 1880, à Bruxelles, le 3e Congrès international sur l’Éducation fait de l’hygiène scolaire un axe majeur de discussion. Pendant plusieurs décennies, on a continué d’aborder la question de la santé à l’école, mais sous un angle réduit, soit celui de l’hygiène.

Entre 1960 et 1980, même après la naissance de l’ONU, la santé scolaire est traitée en parent pauvre dans les sommets internationaux. Vers 1980, l’UNESCO se penche sur le thème et organise plusieurs rencontres. De nombreux chercheurs et autres organisations telles l’OMS et l’UNICEF prennent la relève en démontrant l’impact négatif des déficiences nutritionnelles, des parasitoses, de la malaria, sur le rendement scolaire et les processus d’apprentissage. Nonobstant, il faut attendre la première Conférence mondiale sur l’Éducation pour Tous, organisée en 1990, à Jomtien, par l’UNESCO, pour voir consacrée officiellement l’interrelation santé/éducation. La Conférence de Dakar de l’an 2000 va dans le même sens. Aujourd’hui, grâce aux travaux de l’économiste et philosophe Amartya Sen, le développement ne se résume plus au seul critère économique, à savoir le Produit intérieur brut (PIB). Une place fondamentale est désormais accordée à l’éducation et la santé, ceci à travers l’Indice de Développement humain (IDH), lequel prend également en compte l’espérance de vie à la naissance ainsi que le niveau d’éducation de la population âgée de 17 ans et plus...

Quelle est la mission de la Direction Santé scolaire ?

C’est de « faire de l’école haïtienne, le lieu par excellence de promotion de la santé ». Il faut commencer tôt, dès l’enfance et l’adolescence.

Qu’entend-on par promotion de la santé ?

Il ne s’agit point de « marketing pour la santé » de « simple sensibilisation » ou encore de « communication pour la santé ».

L’expression « promotion de la santé » vient de la « Charte d’Ottawa » qui constitue une validation par l’OMS, en 1986, de la vision biosociale ou holistique de la santé véhiculée dans le « Rapport Lalonde » de 1974. Elle consiste à « favoriser la maitrise, par les individus, de leur propre santé et qualité de vie en luttant contre les principales causes de la mauvaise santé, et en ne s’intéressant pas seulement au traitement et à la guérison » (OMS). Elle utilise, à cette fin, une vaste gamme d’interventions sociales, environnementales, politiques, et exige que la santé et le bien-être de la population soient toujours pris en compte dans toute décision étatique. La promotion de la santé repose sur deux piliers d’action fondamentaux : l’intersectorialité et la participation communautaire. L’intersectorialité est tributaire du fait que les déterminants de la santé dépendent de secteurs différents, lesquels doivent travailler entre eux, en synergie. Quant à l’engagement ou « participation communautaire », il est incontournable, mais se veut éclairé. D’où la nécessité d’une meilleure compréhension de la santé et de la vie à travers le plaidoyer et la formation participative.

Quels sont les principaux objectifs de la santé scolaire ?

Le premier objectif de la santé scolaire consiste à développer la « compréhension juste » de la santé dans le milieu éducatif en général, notamment à l’école, à l’Université et au niveau des différents secteurs impliqués directement ou indirectement dans la santé (médecine, environnement, agriculture, droit, économie, politique…)

Le deuxième objectif vise, une fois atteint, cette nouvelle compréhension, à l’intégrer dans le milieu éducatif et scolaire. Cette intégration revêt deux formes : la forme curriculaire et la forme paracurriculaire ou parascolaire. Dans le premier cas, la santé est présente dans le curriculum et les manuels. Il s’agit d’une matière supplémentaire d’examen, peu susceptible d’entrainer un changement dans le comportement et les habitudes de vie. C’est un savoir théorique, conceptuel, détaché de la réalité. Dans le deuxième, sans apparaitre dans le curriculum, la santé est davantage débattue comme thème, souvent en ateliers. Il s’agit davantage d’argumentation, de débats, de réflexion ancrée dans la vie quotidienne des jeunes. Cette intégration non formelle s’avère beaucoup plus apte à la transformation individuelle. Elle privilégie la connaissance intime, les compétences pour la vie, au détriment du savoir conceptuel éthéré, et requiert davantage un « animateur bien au fait de la santé » qu’un enseignant traditionnel. C’est la forme priorisée par la santé scolaire.

Le troisième objectif consiste, parallèlement, à mener des actions sur les différents déterminants de la santé au niveau scolaire, de manière à transformer progressivement nos établissements en « Écoles Promotrices de Santé ».

Qu’est-ce qu’une « École Promotrice de Santé » ?

Une « École Promotrice de Santé » réunit les grandes caractéristiques suivantes :

1) Éducation à la santé pratique, interactive, conforme à la vision holistique de la santé
2) Environnement physique et social favorable à la santé, au bien-être et à la réussite éducative
3) Accès à des services de santé (soins y compris) et de nutrition adaptés aux jeunes
4) Politique de santé équitable et axée sur la promotion de la santé
Il s’agit d’un idéal difficile à atteindre, même pour les pays riches.

Notre prochain article portera plus spécifiquement sur la Direction Santé scolaire

Dr Erold Joseph




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