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Devenir des enfants des martyrs en Haïti ?

Devenir des enfants des martyrs en Haïti ?



De 1986 à 2021, et ceci, bien avant la dictature criminelle des Duvalier, ils étaient des dizaines, des centaines et des milliers d’enfants qui ont vu partir, mourir ou disparaître leurs parents, leurs mères, principalement leurs pères dans la majorité des cas, sous la force des balles, des machettes, des couteaux, des poisons, des tortures et d’autres formes de violences mortelles irréparables.

Dans la journée du 13 octobre 1987, c'était au tour de Me Yves Volel, de prendre son ticket pour le dernier voyage. Bien avant lui, plusieurs autres étaient partis brutalement de la même manière. Sans que personne ne se soucie des parents, épouses et enfants respectifs. Que deviennent les enfants des martyrs en Haïti au lendemain de ces drames familiaux ? Comment ces enfants vivent-ils le deuil et grandissent après ces drames ?

Dans la plupart des cas, les proches des victimes et les enfants nouvellement orphelins d’un parent vont tenter, si possible, d’organiser, parfois dans la clandestinité, les funérailles, pour ensuite fuir, dans les prochaines heures ou semaines qui suivent, le quartier, la ville, et parfois le pays.

De rares amis fidèles du martyr vont, s’ils le peuvent, essayer d’assister ou d’accompagner la famille du défunt dans les premiers moments. Ce sont des âmes solidaires et humanistes.

D’autres amis des bons moments vont tout simplement oublier l’adresse et couper pratiquement tous les liens par souci de se protéger ou par absence de toute forme d’empathie envers l’ami, l'allié, le collègue, le partenaire, le collaborateur, le comploteur ou le coéquipier qui n’est plus, ou envers ses proches.

Devenir des familles victimes et des enfants des martyrs en Haïti: quelle attention ? Quelle solidarité institutionnelle possible, des années après ? Comment mesurer l'humanité, le respect d'autrui et le sens du bien commun de certains de nos dirigeants actuels sans comprendre leur drame, les humiliations et les déboires de leur enfance ?

De Charlot Jacquelin Junior, en passant par tous les autres orphelins de père et de mère, qui grandissent sur cette terre et hors de nos frontières, on oublie souvent les besoins impossibles à satisfaire et le vide difficile à combler chez ces enfants.

Dans le quartier comme à l'école, dans les transports en commun, et parfois juste dans les nouvelles diffusées dans les médias, c’est la souffrance de ces enfants qui s’amplifie pendant des mois et des années. Existe-t-il une approche pédagogique pour les éduquer face à ces souffrances ? Existe-t-il une forme d’assistance psychologique disponible pour ces familles haïtiennes en deuil ?

Devant l’absence persistante d’empathie,ce qui s’impose comme norme dans la société haïtienne, on se demande si le drame que vit actuellement les Haïtiens d’ici et d’ailleurs n’est pas le résultat d’un manque total d’attention accordée aux enfants des martyrs au cours des ces soixante-dix dernières années de violences politiques, économiques et juridiques.

Des enfants traumatisés à jamais, dont les parents ont été torturés, tués ou portés disparus, grandissent loin des êtres qui leur étaient si chers. Et de façon involontaire et inconsciente, vont ainsi se lancer dans une forme de vengeance par leur indifférence, contre cette même société qui avait cautionné les injustices imposées il y a des années, à leurs parents.

Devenir des enfants martyrs, des enfants des victimes de l'insécurité de nos jours, c’est pratiquement la roue qui continue de tourner, certainement pour le pire. À quand un réveil collectif en faveur des familles et des enfants victimes du drame national ? Comment faire pour arrêter de fabriquer de nouveaux bourreaux, qui hier étaient des victimes innocentes et sans justice ? Un dirigeant qui n'a pas connu une enfance heureuse et une adolescence épanouie pourra-t-il offrir des jours meilleurs à toute une population qui lui a été indifférente ?

Détruisons dès aujourd'hui, cette moule de déshumanisation collective, qui nous empêche de voir et de comprendre la souffrance de l'autre.

Dominique Domerçant




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