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La vulnérabilité est contagieuse

La vulnérabilité est contagieuse



La maison doit être en train de brûler. Quand l’église (la grande) et les associations patronales appellent à fermer boutique, c’est qu’elles ont perdu le pouvoir de se conformer tant bien que mal ou de rafistoler les poteaux défectueux de l’édifice. Les braises sont peut-être rougeoyantes au point de dissiper l’allergie à « l’action militante, comprenez anarchique, qui dérange » chez certains.

Est-ce grave docteur ?Il semble, en effet, que la confiance en l’avenir quoi qu’il arrive, ne soit plus de saison. Pourquoi ne pas en prendre note ?

Il est d’une nette évidence que les représentants des classes sociales et économiques supérieures d’Haïti, dansleur grande majorité, confortés par leur catéchisme de l’intelligence, ont toujours laissé supposer qu’ils avaient la compétence et l’expérience nécessaires pour protéger leurs vies, leurs biens et leurs ambitions en tout temps. Bien entendu, il faut déplorer l’ivresse de cette compétence qui, en fin de compte, ne permet que de contourner et de s’adapter, maisjamais de transformer, de manière définitive, une situation faite de menaces.

La protection divine, les petites milices privées, les contributions à la cagnotte des gangs, les résidences et véhicules sécurisés sont autant de stratégies qui, aujourd’hui, font preuve de leurs limites. Cette pratique de désertion des aspirations au bien-être collectif est aujourd’hui disqualifiée. Et, en vérité, une journée blanche et un concert de carillon à midi ne font que renforcer les circuits parallèles de protestation.

La crise de l’insécurité dans laquelle semble aujourd’hui se perdre le pays n’est, au fait, qu’une construction sociale délibérée. Il fallait s’attendre à ce que la multiplication des critères d’inégalités sociales allait déboucher sur une société illisible où les actes d’assassinat ou de kidnapping deviendraient une constante. Alimentée ou entretenue par les forces malfaisantes actuelles, cette situation ressemble à tout sauf à une fatalité.

Quelque soit l’ampleur aujourd’hui des réactions de clans ou de petits groupes, parents, collègues et amis de personnes victimes de l’insécurité, le mal aura du mal à s’estomper. Peu ou prou, il est venu le moment de repenser les rapports entre voisins, entre concitoyens. Le pays, notre pays, va mal et nous avons tous peur. Cette situation ne profite à personne. Riches, pauvres, gouvernants, gouvernés, nationaux et étrangers sont victimes de cet immense malentendu qui fait office de destin pour un pays et pour l’ensemble de sa population.

L’Église et les élites, trop souvent sûres de leur bon droit et armées de leur capacité à prêcher ou à payer, oublient qu’il n’y a rien de plus contagieux que la vulnérabilité. Si la société, dans son ensemble, oublie de former et d’entretenir un corps de pompiers efficace, le feu déclaré dans la bicoque ira terminer sa course dans la villa voisine. Trop de fois, les seaux d’eau individuels, même en or et bien remplis, ne peuvent rien contre la fureur des flammes.

Il est peut être encore temps de s’asseoir et de parler calmement pays au delà de toutes les divergences mues par les positions politiques ainsi que les rangs et statuts sociaux.

Aujourd’hui, journée mondiale de l’art, le flou, en Haïti, est intensément artistique.

Jean-Euphèle Milcé




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