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La Gonâve : une ile à forte potentialité mise à l’index par l’État

La Gonâve : une ile à forte potentialité mise à l’index par l’État



Aujourd’hui, les lieux à forte potentialité naturelle occupent une place prépondérante dans le processus de développement de certains pays et territoires. Ils contribuent au développement du secteur touristique et créent des valeurs ajoutées, et du coup, offrent de meilleures conditions de vie sociale, économique et politique à leur peuple. En fait, dans cet article, je vais essayer de décrire et de présenter la réalité de l’île de La Gonâve, la plus grande des îles haïtiennes, qui dispose d'importants atouts touristiques capables de stimuler le progrès économique et social de cet espace inexploité et oublié par l’État haïtien. Cet article est subdivisé en deux grands points : d’abord, je démontrerai le paradoxe du potentiel de richesses touristiques de l’ile et les conditions de vie précaires de sa population ; ensuite je parlerai des enjeux du comportement individualiste de sa Diaspora.

Le paradoxe du potentiel de richesses touristiques de l’ile et les conditions de vie précaires de sa population

Du point de vue géographique, l’île de la Gonâve est composée de deux communes : Anse-à-Galets et Pointe-à-Raquette. L’ile s'étend sur 60 km de long et 15 km de large. Elle est placée entre deux bras de mer qui se rejoignent dans la baie de Port-au-Prince, à l'est de l'île : le « canal de Saint-Marc » et le « Canal de la Gonâve ». C'est une île montagneuse dont le point culminant se situe à 300 m d'altitude. Contrairement à la perception médiatique relative à sa dimension géographique, l’île de la Gonâve est presqu'aussi grande que la Martinique.

En effet, dans la perspective de définition du patrimoine par l’UNESCO, l’ile de La Gonâve peut être considérée comme un potentiel patrimoine culturel haïtien parce qu’elle possède des monuments et également des pratiques sociales issues d’un héritage historique qui peut être exploité pour la croissance et le progrès économique de cette zone (UNESCO, 2008). Avec un niveau de vie extrêmement faible et des conditions de vie précaire, cette potentialité est trop longtemps mise à l’index par les autorités étatiques. L’Etat doit faire de La Gonâve un vrai patrimoine touristique (tourisme culturel et durable) parce que Bernard Billaudot, cité par Marie Lavoie, explique qu’un processus de patrimonialisation peut produire des externalités positives c’est-à-dire avoir un impact durable sur son niveau de développement économique et social (2014 : p.147). En termes de potentiel touristique, l’ile possède des baies et des plages naturelles au sable blanc magnifique qui ne sont pas mises en valeur. L'île abrite également des fonds marins, des falaises rocheuses, des grottes impressionnantes, ainsi que des récifs.


Toutefois, ces atouts majeurs sont obstrués par les nombreuses difficultés structurelles dont l'ile fait face faute d’une vision éclectique de l’État. La population de l’ile est marginalisée, exploitée et oubliée par l’État. Leur condition de vie ne cesse de se dégrader. La pauvreté est patente et la misère pousse les habitants de l'île à abattre systématiquement les arbres pour les transformer en charbon, la seconde activité génératrice de revenus de la zone. En fait, cette population en lutte pour la survie n'épargne même pas les mangroves.

La mer, principale source de richesses est sous exploitée parce que les pêcheurs sont sous-équipés. À l’heure actuelle, la pêche semi-industrielle est fondamentale pour être compétitive. Dans cette lignée, l’agronome Jean André Victor déclare dans les colonnes du Nouvelliste : « On a un territoire immense relativement en mer. Malheureusement ce territoire n’est pas exploité. On ne cherche pas non plus à l’exploiter. On ne sait pas comment l’exploiter. On ne fait pas non plus ce qu’il faut pour l’exploiter » (Daudier ; 2021). Il recommande au Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) de renforcer les associations des pêcheurs et de leur permettre de recevoir des formations adéquates dans le domaine. Aussi, le littoral du bord de mer n’est pas exploité afin de développer le secteur touristique à La Gonâve.

Du point de vue agricole, l’ile dispose de vaste espace inexploité qui pourrait servir à l’augmentation accélérée de la production entre autres l’avocat, le manioc, l'igname, la canne à sucre, le haricot, l'arachide, le melon et la mangue et bien d’autres produits. Un minimum d’accompagnement de l’Etat pour faciliter l’accès à l'eau pour l'irrigation ferait une grande différence parce que l'île de la Gonâve fait face globalement à une pénurie d'eau surtout au centre-ville. Au niveau infrastructurel, la présence de l'État est extrêmement faible et insignifiante. L'île souffre d’un déficit chronique d’infrastructures : sanitaires, routières, énergétiques et d'eau potable pour ne citer que celles-là. Cette déficience rend pénibles les conditions de vie de cette population hospitalière implantée sur l’une des principales sources de richesses de la Caraïbe.

La Gonâve peut contribuer aux Objectifs de Développement durable (ODD) prioritaire de l’État haïtien : l’éradication de la pauvreté (ODD1), la lutte contre la faim (ODD2); la promotion du travail décent afin de ramener la croissance économique voulue (ODD8). Il faut juste une volonté politique pour implanter de grandes infrastructures durables (OOD9) tels que route, électricité et un grand port ouvert vers l’extérieur. L’ile nécessite un programme du ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement pour les zones reculées afin de développer une industrie parallèle à celle du charbon. Cela va contribuer certainement à la lutte contre le changement climatique (ODD13) et la protection de la faune et de la flore terrestres (ODD16) voulu par les autorités établies. Aussi, il existe des structures qui agissent pour le changement réel des conditions de vie de la population Gonâvienne, c’est le cas de RASIN DEVLOPMAN et tant d’autres associations porteuses d’espoir pour l’ile. Ces associations méritent un accompagnement de l’État afin qu’elles puissent poursuivre leur mission qui consiste à chercher le bien-être collectif.

La Gonâve et sa diaspora : l’individualiste un danger pour l’avenir de l’ile

Aujourd'hui, le défi des gouvernements semble la gestion de la question migratoire. Ce phénomène prend de l’ampleur et cause de véritables problèmes aux adeptes de la mondialisation du système économique néolibéral. La gestion de la traite des immigrants peut être source de tension sociale entre les pays et territoires. Bien gérer le phénomène migratoire peut servir les intérêts de tous parce que la migration est un jeu à somme nulle. Lorsque des individus productifs et qualifiés quittent le marché du travail de leur pays d’origine, ce qu’on qualifie de « fuite ou perte des cerveaux », puis s’installent dans un autre pays, le phénomène est bénéfique pour les pays d’attraction. En revanche, quand des migrants cherchant du travail arrivent à acquérir et à développer des compétences nouvelles à l'étranger, et sont capables de transférer leurs compétences, leurs argents et leurs savoir-faire technologiques dans leur pays dits répulsifs, ils représentent un « gain de cerveaux» pour leur pays d’origine. En fait, la migration est toujours un phénomène gagnant-gagnant. Cette réalité est souvent cachée par les pays impérialistes industrialisés souvent racistes.

Les raisons qui poussent les personnes à migrer sont complexes et multiples. Elles relèvent une différence de niveau de vie entre l’espace d’émigration et l’espace d’immigration, possibilités réelles d’emploi dans les pays d’immigration (Dautruche, 2013). En Haïti, l'environnement socio-économique qui exige les grands mouvements migratoires de nombreux Haïtiens (Diasporas) particulièrement des jeunes diplômés vers l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Amérique du Sud est généralement un construit des impérialistes eux-mêmes quand ils imposent des régimes politiques impopulaires et corrompus ou l’accélération démesurée du néolibéralisme qui ne fait qu’anéantir les rêves et l’espérance des migrés : l’occupation américaine de 1915 et les différents complots contre les projets et les volontés populaires du XXe jusqu’au XXIe siècle. En fait, les flux migratoires sont de plus en plus de migrations temporaires et circulaires. D’un point de vue macro-économique, les contributions de la diaspora représentent non seulement une part importante du produit intérieur brut, mais aussi des investissements directs étrangers ou de l’aide.

D’un point de vue micro-économique, à La Gonâve, la plupart des gens en âge de travailler sont au chômage et c'est la diaspora qui fait vivre de nombreuses familles. Les transferts de fonds représentent une source importante de revenus pour les familles qui les reçoivent. Ces transferts contribuent grandement à augmenter la capacité de consommation des bénéficiaires. En dépit du rôle évident de la diaspora dans les initiatives individuelles qui sont visibles au niveau de l’habitat, car pour le moins au niveau de l’extérieur, les logements familiaux offrent un cadre de vie visuel très agréable. Les transferts ont aussi produit des externalités positives sur l’économie du centre-ville de l’Anse-à-Galets malgré tout.

Cependant, la diaspora peut avoir un impact beaucoup plus considérable sur le développement de l’ile. D’abord, la diaspora pourrait être un levier pour le développement économique et touristique de l’ile de La Gonâve. Puis, elle peut être véritablement considérée comme une source de financement des activités génératrices de revenus. Des initiatives à travers des projets collectifs peuvent bien contribuer à la croissance et à la dynamisation de l’économie locale pour une amélioration des conditions de vie de cette population à plus grande échelle. Le potentiel économique de cette diaspora peut être, en effet, un élément incontournable pour le secteur de la pêche et de l’industrie par exemple. L’ile a besoin de capitaux de sa diaspora pour des investissements de plus grandes envergures afin de créer des emplois et emprunter la voie du progrès social et économique. En même temps, il faudrait que l’État crée les conditions nécessaires à la promotion de ses investissements. Ce qui renverrait à un mouvement social citoyen (Diasporas et résidés) afin qu’il puisse prendre ses responsabilités et offrir les infrastructures nécessaires. La diaspora a pour défi majeur de créer cette synergie. L’existence de cette dernière permettrait à la Diaspora de participer activement à la solution des problèmes de l’ile.

Rubson BRUMAIRE
Licenciée en économie – Master en Développement (UEH)

Références bibliographiques
• Dautruche, J. R. (2013). « Tourisme culturel et patrimoine remodelé. Dynamique de mise en valeur du patrimoine culturel immatériel en Haïti ». Ethnologies.

• Daudier, V. (2021). « Pour une pêche semi-industrielle en Haïti, plaide l’agronome Jean André Victor ». Le Nouvelliste.

• Lavoie, M. (2014). « Les enjeux de la patrimonialisation dans la gestion du développement économique : un cadre conceptuel », dans sociétés, no 12

• UNESCO, 2008




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