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Amanda Gorman : « Nos valeurs communes sont l'espoir, la compassion, la justice et la démocratie »

Amanda Gorman : « Nos valeurs communes sont l'espoir, la compassion, la justice et la démocratie »



Dans le monde germanophone, c'est l'hebdomadaire « Der Spiegel » (1) qui est parvenu à obtenir la première interview de la désormais célèbre Amanda Gorman, poétesse et activiste afro-américaine. Cette revue a toutefois pris soin de mettre deux guillemets au mot interview tellement la procédure est, célébrité oblige, inhabituelle. Mais les lecteurs ont quand même pu avoir une vue – filtrée certes – de la façon dont la nouvelle vedette voit sa vie, la poésie et la politique.

« Ce qui a été approuvé par l'agence n'est pas une interview au sens journalistique du terme », avertit Spiegel avant de reproduire le jeu de questions réponses. Un statement plutôt inhabituel. Ses intervieweurs ont dû passer par une agence et ils avaient le droit d’envoyer cinq ou six questions à l'éditeur allemand (Hoffmann und Campe), qui les avait fait suivre à l'agence, qui à son tour devait « éventuellement » les faire parvenir à Amanda Gorman. « Les questions des autres journaux et magazines européens, sélectionnés exclusivement dans leur zone linguistique, ont été recueillies », exprime plus loin la revue. « Gorman en a sélectionné une dizaine du pool européen de questions, auxquelles elle a répondu ».


Comme on devait s’y attendre, la première question porte sur l'annonce faite il y a trois ans par Amanda Gorman (vingt-trois ans) de se présenter à la présidence des États-Unis en 2036. Les prochaines étapes ? Continuer sur la voie qu'elle a empruntée, c'est-à-dire celle de l’engagement. « J'ai la chance que les femmes qui occupent des postes de direction et que j'admire, notamment Hillary Clinton, la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et Maxine Waters, une électrice de ma circonscription, m'aient offert des conseils et de l'aide. »


Quant à l’attaque du Capitole, elle aurait « définitivement ajouté un sentiment d'urgence au processus d'écriture » de Gorman. « L'émeute raciste d'extrême droite au Capitole m’a confirmé pourquoi un poème comme "The Hill We Climb/Up the Hill" devait être écrit : pour rappeler nos valeurs communes, qui sont l'espoir, la compassion, la justice et la démocratie. » Ce terrible 6 janvier, elle s’est couchée tard. Et c'était aussi le jour où elle avait terminé le poème en question et l’avait envoyé au comité d'investiture.


Depuis son apparition très remarquée à l'inauguration de Joe Biden, la jeune poétesse est devenue célèbre. Du jour au lendemain. Avant, raconte-t-elle, on la reconnaissait « peut-être dix ou douze fois par an ». Maintenant, elle est une vraie étoile. « J'avais espéré que l'on se souviendrait de mes paroles, confie-t-elle, mais je n'avais jamais imaginé qu'en tant que personne, je pourrais susciter un intérêt mondial. Il a fallu s'y habituer, mais je ne le regrette pas du tout. J'en suis reconnaissante, car grâce à elle [sa soudaine notoriété], mes mots peuvent toucher tant de gens et les aider. »


Une célébrité soudaine, mais qui ne nuirait pas à son travail. « J'apprends, dit-elle, à gérer mon temps, à me protéger et à choisir les personnes qui vont promouvoir mon métier. »


« Créer plutôt que consommer »

Amanda Gorman et sa sœur jumelle, Gabrielle, ont été élevées par une mère célibataire. Elle a inscrit ses filles à un atelier d'écriture et le soir, elle avait toujours éteint le téléviseur à la maison. Cela aurait aidé les filles, car elles ont ainsi l’opportunité de « créer plutôt que de consommer ». « Nous étions encouragées à raconter nos propres histoires, qu'il s'agisse de petites pièces de théâtre, de comédies musicales ou de sketchs amusants que nous jouions à la maison. Comme je devais aussi me divertir, l'écriture n'était pas une corvée, mais le signe de mon développement personnel. » Aujourd'hui, Gorman reconnaît qu’elle streame beaucoup trop, mais grâce à ce bagage, elle peut passer des heures à regarder des séries et se demander comment rendre créative celle qui l'a inspirée.


Parlant d’engagement, la militante féministe et antiraciste estime que sa génération est plus courageuse que les précédentes « parce qu’elle se tient sur les épaules de femmes géantes ». Elle pense que le fait d’avoir eu la chance de se produire à l'inauguration n'a été possible que parce que des femmes avant elle, ont fait des choses révolutionnaires, citant Maya Angelou, Elizabeth Alexander, Phillis Wheatley, etc. « Je peux avoir confiance en moi après des millénaires de peur qu’ont connue des femmes. J'espère que la prochaine génération sera encore plus courageuse et passionnée que je ne l'ai été, moi. »


Pour ce qui est de son trouble de la parole, elle l’aurait surmonté avec « beaucoup de pratique ». Des années d'orthophonie et d'exercices à la maison, pour renforcer sa langue. Par exemple, elle s’enregistrait tous les jours en train de prononcer certains sons. « Réciter des poèmes et des paroles de rap m'a beaucoup aidée, car cela transformait quelque chose d'épuisant en plaisir. Je me suis également entraînée avec des chansons de la comédie musicale "Hamilton" parce que les paroles sont merveilleusement lyriques et parce qu'il y a beaucoup de sons avec lesquels j'avais des difficultés. De plus, les interprètes avaient une prononciation tellement bonne que je pouvais presque entendre leur bouche former les sons, même si je ne l'avais pas vu sur scène ».

L’écrivaine utilise toujours un Word-Cloud, un nuage de mots-clés, lorsqu’elle écrit tout en écoutant de la musique. Mais elle précise que tous les termes du Word-Cloud ne se retrouvent pas forcément dans le poème. Elle croit que c’est « plus un rituel qu'une nécessité ». Cela l'aiderait à se mettre dans le bon état d'esprit pour écrire, en encourageant sa main à coucher quelque chose sur le papier, même si c'est encore sans contexte. En matière musicale, ses préférés sont les compositions de Michael Giacchino, Hans Zimmer, Alexandra Harwood et Rachel Portman.


Quand Amanda monte sur scène, aujourd’hui encore elle éprouverait joie et crainte à la fois. « C'est comme ça que ça doit être. Ma peur m'indique l'importance de ce que je fais ; si mon travail n'exige pas de moi un certain courage, je dois me demander ce que je fais. Ce qui me motive à surmonter cette peur, c'est l'amour et la joie purs que je ressens en écrivant et en jouant. »

La dernière question du Spiegel concerne les nombreux gestes que la politicienne en herbe a exécutés lorsqu’elle déclamait son poème le jour de la cérémonie d’investiture. « Pendant la cérémonie, on pouvait en quelque sorte lire votre poème sur vos mains. Comment avez-vous appris à ponctuer ainsi vos mots ? », demandent les intervieweurs. « J'ai toujours fait beaucoup de gestes, même dans la vie de tous les jours. Je viens de la danse, donc quand j'ai commencé à écrire de la poésie, j'avais déjà cette approche du mouvement. Cela m'a également aidé à communiquer des mots que j'avais du mal à prononcer à cause de mon défaut d'élocution. De nombreux autres artistes et orateurs utilisent les mains, Maya Angelou par exemple, ou Beyoncé. Je regarde aussi leur style, mais j'essaie de trouver ma propre voie, car elle vient de mon histoire personnelle. ».

Huguette Hérard


N.D.L.R.
(1) Spiegel 26 mars 2021. Une interview réalisée par Claudia Voigt et Volker Weidermann.




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