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Ayiti Nan Kay La : dernier-né de Riva & Monvelyno

Ayiti Nan Kay La : dernier-né de Riva & Monvelyno



Vers une esthétique de la subversion


La proposition est introduite sur une démonstration magistrale de scats, en parallèle à une mélopée de notes, avant de glisser sur une suite de cinq triolets consécutifs. Vient ensuite la tumultueuse contestation d’une guitare, qui insinue sournoisement un cliché rythmique reggae, ouvrant la voie à la voix de Riva. En guise de bridge, c’est une avalanche de triolets qui rappliquent pour introduire la voix de Monvelyno, rejointe à nouveau par Riva pour former le duo qui finit la musique sur des « hou hou » plutôt taquins : An n fè peyi a bèl.

Le vrombissement d’un vaccin débarquant de nulle part, soutenu par un arrière-plan local, sert de nappe à une lamentation portée par Riva, soutenue par Monvelyno. Le sanglot grave se met au fur et à mesure au second plan, pour laisser émerger une orchestration pour le moins originale, exécutée par des instruments tout aussi composites. Une invitée de marque Princess Eud paie de sa présence, en collant des mots sur cette toile achevée. Ce tempo rabòday va, au fil de l’oeuvre, épouser les formes d’une techno machine - qui en absorbera le jus jusqu’à la lie - participe à une démarche esthétique influencée par un multiculturalisme assumé Ayiti nan kay la.

Ces deux pistes initient quinze autres titres, sur un CD qui revisite quelques thèmes universels, (fanm o, Notre Père, Kriye, Ogou Kanpe, Fanmasi, Kenbe Peyi a pwòp, Revolisyon, Mizè, Èzili, Mwen Damou, Sou Do, Liberté Fraternité, Ok, Jenès). Cette création qui mérite d’être écoutée.

Dans ce projet artistique, chaque titre se distingue des autres, comme dans une quête continuelle, désintéressée, truffée de diversité, qui projette un arrière-goût expérimental. Le compositeur-arrangeur Monvelyno Alexis pêche parfois au-delà des eaux tranquilles. Il se risque sur des terrains harmonique, rythmique, pas trop turbulents, parfois inexplorés, mais toujours riches de subtilités.

Fortement ancrées dans l’univers merveilleux du vodou, les chansons sont présentées dans une enveloppe world-beat. Avec des mélodies articulées autour de cinq à sept notes en moyenne, le dernier CD de ce tandem de choc transpire la beauté d’un bout (à) l’autre, parce qu’il est habité par des rêves collectifs. Il y a de l’émotion, sculptée, sur chaque réplique vocale, chaque phrasé de guitare, chaque silence, enfin sur chaque compartiment de l’édifice.

Les paroles rendent audibles certaines revendications populaires du moment. Sans être ce qu’on appelle une artiste de catégorie dite engagée, la voix de Riva n’hésite pas à surfer sur la dénonciation d’une réalité sociale dans laquelle, une infirme minorité de privilégiés se gave au détriment de la grande majorité qui galère.

Le compositeur joue sur le mouvement des notes des trois fonctions principales (tonique, sous-dominante, dominante), dans les limites d’une discipline artistique, où la tension reste l’outil fondamental. À partir d’un certain maniement des affects, il parvient - à travers, des arrangements simples au premier degré qui dénoncent toutefois des influences non contestées de l’arrangeur - à tisser des chansons au goût du jour sans tomber dans le factice. Et, le réel qu’il y injecte, à dessein, pousse son travail vers une esthétique de la subversion.

Le fruit est mûr à crever (Frankétienne). Ces deux artistes disposent désormais d’un matériau travaillé, d’un socle de départ et d’un savoir-faire éprouvé. Il ne leur reste qu’à renforcer leurs acquis pour se positionner sur le marché. Et, pour cela, ce dernier-né vient à point nommé.

Le duo Riva/Monvelyno est avant tout une histoire d’amour et de musique. Une romance enrobée d’une relation symbiotique entre les notes et les mots sur fond de vie commune, qui fascine les fans ainsi que les mélomanes les plus retors.

Par ce temps de pénurie de talents, où chacun veut être reconnu comme étant le meilleur sans toutefois consentir à payer le prix, Monvelyno compte parmi les rares guitaristes haïtiens de la diaspora qui arrivent à se démarquer de la bande. Il a compris que c’est par les études et le travail assidu qu’on parvient à se faire respecter. Il s’y attelle.

Une vente signature du CD : Ayiti nan kay la a été organisée à l’hôtel Oloffson (Haïti), le jeudi 28 mars dernier. D’autres activités du même genre sont attendues à New York et ailleurs dans les prochains jours.

Prince GUETJENS




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