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Merkel féministe ? « oui et non ! »

Merkel féministe ? « oui et non ! »



Dans deux jours, les Allemands vont voter un nouveau gouvernement. Après 4 mandats, la chancelière Angela Merkel (67 ans) se retire. Qui est-elle celle qu’on considère comme « la femme la plus puissante d’Europe » ? Dans une interview, la féministe la plus célèbre de l’Allemagne, Alice Schwarzer, parle de la cheffe de gouvernement qu’elle connaît depuis des décennies.

Deux femmes que le public considère comme « puissantes ». Il y a 30 ans, Alice Schwarzer (78 ans) a dîné pour la première fois avec Angela Merkel. Quoi d'étonnant quand celle-ci était alors ministre des Affaires féminines. La journaliste confie que depuis lors, elles se rencontrent une ou deux fois l'an. En plus de s'affirmer comme femmes puissantes aux yeux du public, elles ont un autre trait en commun : Schwarzer et Merkel se font coiffer par le même styliste berlinois.

Pour Schwarzer, Merkel est une femme « résistante ». Mais « toujours sous-estimée » parce que « sans aucun doute parce qu’elle est une femme ». Elle pense aussi que cela est en relation avec le fait qu'elle est satisfaite avec elle-même. « Elle a toujours poursuivi sa voie avec détermination, en dépit de tous les obstacles. »

Que décrit-elle de l'impression de leur première rencontre en 1991 ? « Je l’ai trouvée intelligente et pleine d'humour, et elle me semblait intègre, dit Alice Schwarzer. Mais aussi un peu naïve. Elle n'avait pas mis d'armure à l'époque, elle était encore plus perméable. » La militante féministe pense qu'Angela Merkel croyait que l'essentiel est de faire les choses bien et correctement, peu importe qu’on soit un homme ou une femme. « Elle n'était pas encore tactique, ce qui en dit long sur elle. » Mais, selon elle, Merkel ne pouvait pas rester indéfiniment impartiale.

Selon elle, Merkel n’aurait pas misé sur sa féminité. Elle aurait même « tout fait » pour ne pas paraître trop féminine. « En 2005, elle avait un programme néo-libéral froid, elle ne parlait pas de ses racines en Allemagne de l'Est et de sa féminité. » Elle n’a pas joué sur le fait d’être une femme. Peut-être que pour elle cela implique ce fait qu'une personne n'atteint le sommet que grâce à son sexe. On devait attendre 2009 pour que Merkel joue la carte féminine. Cela a fonctionné, car selon Schwarzer, beaucoup de femmes avaient alors intégré l’Union (alliance CDU et CSU).

Schwarzer, une passionnée de Merkel ? Elle se dit plutôt une fan d'Elvis Presley, de James Dean et de Marilyn Monroe. En tout cas, elle constate que l'Allemagne de 2005 (année de l’élection de Merkel) n'était pas vraiment prête pour avoir comme chancelière une femme. Elle se rappelle qu’après l'apparition désinvolte de Gerhard Schröder (candidat social-démocrate), son concurrent, à la télévision le soir de l'élection, le jeu était lancé. Merkel a été élue. Schwarzer se souvient que l’Allemagne a « sérieusement discuté » pendant des semaines si elle devait vraiment devenir chancelière. « Il faut l'imaginer. Dans une démocratie ! Il y a eu, par exemple, l'idée folle que Schröder devait occuper ce poste encore deux ans puis elle.» Le pire : le journal de boulevard « Bild » avait même écrit à l'époque : « Nous avons la solution : Merkel se retire, Schröder aussi, mais au moins il aura sauvé la face ! ». À peine croyable !

Selon elle, le plus grand héritage de Merkel est d’avoir introduit un style politique complètement nouveau. Un style sans prétention, orienté vers les faits et respectueux des droits humains. D’après Schwarzer, Merkel aurait définitivement ajouté cette facette à l'image de l'exercice féminin du pouvoir. Qu'y avait-il avant ?, se demande-t-elle. Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, « la domina » et en Israël Golda Meir, « la mère de la nation avec un tablier, serrant la main et faisant un sandwich à tout le monde. »

« Un mélange de petite fille et de camarade

À propos de sa personnalité, Schwarzer voit chez la chancelière sortante un « mélange de petite fille et de camarade ». Cette définition étrange demande explication : « Une "femme" est toujours "l'épouse de" : elle appartient donc à un homme. La fille est une personne qui est encore indépendante. Bien sûr, Merkel flirte également avec les hommes, comme en témoigne son faible pour Macron, mais elle joue toujours la carte de la compétence. » Elle évite de parler de ce qu'elle ne maîtrise pas. Merkel, selon elle, se porte au-delà des clichés. « Elle ne joue ni la femme soumise en talons hauts ni le mec. Ce qui ne servirait pas davantage puisque le vrai homme se présente toujours comme le meilleur. » En fin de compte, elle pense que les femmes pourraient opportunément s'inspirer du style de Merkel dont la voie est intéressante à plus d’un titre.

Sur le plan politique, Schwarzer reconnaît que Merkel a quand même agi en faveur des les femmes. Ne serait-ce qu’en nommant Ursula von der Leyen. L’ancienne ministre de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse de 2005 à 2009 et présentement présidente de la Commission européenne, a fait une politique très favorable aux familles.

Mais le problème que Schwarzer a avec Merkel c’est « son aveuglement » en ce qui concerne l'islam politique, c’est-à-dire l'islamisme. « Je ne peux tout simplement pas comprendre qu'elle parle encore de "liberté religieuse" alors que l'islam politique s'agite et tente d'introduire la charia. Elle ne voit pas non plus le problème culturel des hommes qui ont fui en Allemagne et qui viennent de pays où le mépris des femmes est même la loi. Je considère que cette ignorance du danger de l'islam politique, qui prend pour son idéologie, la foi en otage et qui célèbre des triomphes en Afghanistan - est son plus grand échec, et non pas seulement en termes de politique de genre. »

Schwarzer pense que Merkel a récolté les fruits du mouvement des femmes. Cela a aussi été possible du fait qu’elle a grandi en République démocratique d’Allemagne (RDA). Car Schwarzer croit qu’en RDA, les femmes avaient également une double charge et quoique peu présentes à la tête de l'État, mais sur le plan professionnel, elles étaient « mieux intégrées et respectées en conséquence » que dans l’Allemagne capitaliste. La féministe reconnaît la présence d'un sexisme sous le régime communiste, « mais pas avec une telle brutalité » qu’à l’ouest. Une femme de l’Ouest déjà suffisamment éprouvée aurait probablement perdu ses nerfs sur le chemin de la chancellerie, pense-t-elle. « Ce mélange de féminisme de l’ouest et d'expérience de l’est a été décisif pour elle. À cela s'ajoute sa réussite très personnelle. »

Évoquant les femmes et la politique, la féministe souligne aujourd'hui le peu de cohésion entre les femmes. À la différence des années des 80 et 90. Il existait alors des réunions inter-partis : le SPD, la CDU et les Verts se coordonnaient sur la politique des femmes. Mais depuis Gerhard Schröder et Joschka Fischer, ces « super machos », la complicité entre femmes a cessé. Cela s'est manifesté autant dans la vie où elle constate un retour en arrière. « Sur Instagram, la femme qui a l'air plutôt stupide, en dehors de ses sous-vêtements moulants, a la côte. C'est alarmant ! Nombreuses sont les petites-filles des pionnières féministes qui retombent dans le schéma féminin très bête d'avant-hier. »

L’actuelle candidate verte à la chancellerie, Annalena Baerbock, éviterait la question des femmes, lui semble-t-il. Signe d'un changement de génération ? Pour Schwarzer, probablement plutôt « un signe politique ».

Concernant les femmes et le pouvoir, Schwarzer juge que c'est plus facile qu’elle de renoncer au pouvoir. En règle générale, les femmes ne se définissent pas tant par le pouvoir. Elles ne seraient pas non plus « vraiment autorisées » à en jouir en tout cas. La militante constate qu’en privé, les femmes sont presque obligées de s'excuser de leur succès, pour ainsi dire. Elles doivent aussi rester modestes. Ce que Schwarzer considère toutefois comme une bonne chose, car cela permet aux femmes « de garder plus facilement les pieds sur terre ». Elle prend l’exemple de Merkel qui continue de faire ses courses le soir au supermarché de Berlin, vêtue de la même veste que celle qu'elle portait le matin pour les négociations à Bruxelles.

Merkel féministe ? « Oui et non, répond Schwarzer. Non, parce que je ne pense pas qu'elle soit entièrement à l’aise avec le féminisme - du moins avec ce que je suppose qu'elle en pense probablement. Oui en tant qu'action. Sa vie, son parcours, son succès sont du pur féminisme. Elle a prouvé que les femmes peuvent agir sans se plier aux exigences des hommes. »

Huguette Hérard

N.D.L.R.
(1) Interview de Eva Thöne, 4 septembre 2021, « Spiegel » 36/2021




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