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De petites victoires et des défis pour Ariel Henry

De petites victoires et des défis pour Ariel Henry



La crise politique multidimensionnelle qui saccage le pays depuis des lustres s'est davantage exacerbée avec l'assassinat de l'ancien président de la République, le 7 juillet 2021 en sa résidence privée à Pétion-Ville. La bataille de succession entre les héritiers du pouvoir rose a généré une grande dissension. Alors qu'Ariel Henry, le dernier choix de Jovenel Moise, a montré ses muscles en bottant en touche certains alliés fidèles du président défunt, ces derniers se sont vite ralliés autour d'un mouvement visant, suivant leurs dires, à perpétuer la mémoire et les idées de l'ancien président Jovenel Moise. Une véritable guerre ouverte entre ceux se réclamant de Jovenelistes et le Premier ministre Henry qui cherche sa vitesse de croisière.

La saga politique de ces derniers jours montre à quel point l'État est banalisé. La bataille au plus haut niveau de « l'État », les actions intentées par le commissaire du Gouvernement contre le Premier ministre, les révocations et/ou démission de hauts fonctionnaires, la prestation de serment raté de Joseph Lambert, l'actualité politique de la semaine a été riche en rebondissements. Au terme de cette semaine, pour le moins mouvementée, Ariel Henry semble avoir eu gain de cause. Il a réussi à pousser vers la sortie Renald Lubérice ainsi que Rockfeller Vincent et Bedford Claude qui sèment des épines sur son chemin.

Après être parvenu à rallier à sa cause les irréductibles opposants de Jovenel Moise, à travers l'accord politique pour la transition apaisée et efficace, Ariel Henry peut s'enorgueillir d'avoir accompli un grand coup. Car, il s'est donné un minimum de légitimité à travers les partis signataires de son accord. Et, il a également bénéficié de la bénédiction de la communauté internationale qui voit de bon œil ses démarches. Dans un communiqué le Core Group dit ainsi « encourager les efforts entrepris par le Premier ministre, les acteurs politiques, et la société civile haïtienne pour trouver un accord consensuel permettant la mise en place d’un gouvernement inclusif et d’accélérer le retour à un fonctionnement normal des institutions démocratiques par la tenue d’élections ».

Concernant le dossier relatif à l'assassinat de l'ancien président de la République, dans lequel le Premier ministre, Ariel Henry, a failli laisser sa peau suite à l'invitation de l'ancien CG Claude Berd-Ford, les membres du Core Group ont calmé le jeu en réitérant « leur appel à ce que toute la lumière soit faite sur l’assassinat du président de la République Jovenel Moïse et que ses auteurs soient recherchés et traduits en justice, dans le respect des principes de l’État de droit ». À cette phase, rappelons-le, plusieurs requêtes ont été adressées (par l'OPC et le ministre des Affaires étrangères) aux responsables des Nations unies pour la mise en place d'une commission d'enquête internationale indépendante. À ce jour, ces demandes demeurent lettre morte.

Le coup raté de Joseph Lambert

Alors qu'on assistait à la guerre de succession des ayants droit de Jovenel Moise, Joseph Lambert a failli surprendre la République en voulant prêter le serment pour devenir le président provisoire. Au Parlement, le décor était bien planté le mardi 14 septembre. Les journalistes des médias nationaux et étrangers étaient sur place, ainsi que des invités. Les sénateurs s'activaient à organiser une séance au cours de laquelle, leur président, le sénateur Joseph Lambert serait proclamé président provisoire de la République.

Erreur de calcul, peut-être, le coup a été avorté. Certains observateurs ont fait allusion à la communauté internationale qui semble avoir lancé une mise en garde à celui qui s'est fait appeler « Animal politique » et du coup le stopper dans sa progression.

De son côté, le Sénat, dans un communiqué, a apporté des explications sur la réalité lamentable du pays. « Les réflexions ont considéré la pagaille qui prévaut de l’appareil d’État, surtout à travers les plus hautes personnalités du gouvernement dirigé par le Dr Ariel Henry identifié comme un suspect dans l’assassinat du président Jovenel Moise. La mise en accusation du Dr Ariel Henry par le commissaire du Gouvernement Bed-Ford Claude a ouvert un dossier de justice qui a motivé le protecteur du citoyen à réclamer la démission du Premier ministre. Il en est résulté une souillure majeure qui expose l’image nationale comme celle d’un peuple gouverné par un présumé assassin », a écrit le Sénat de la République, précisant qu'il a été décidé que des initiatives ponctuelles viennent du Sénat de la République en vue de corriger ce grand défaut, dit-il, du pouvoir exécutif.

En ce sens les sénateurs disent rester attachés à l’idée d’un accord large qui sera adopté par la grande majorité du peuple haïtien telle une œuvre utile à la conception d’un vrai consensus pour sortir le pays de la crise. Ces initiatives, selon la note du Sénat, seront inspirées de l’esprit de la résolution du 10 juillet 202, laquelle avait prévu un exécutif bicéphale avec Joseph Lambert et Ariel Henry, respectivement comme président provisoire et Premier ministre.

Au cours de cette tentative de séance avortée, le Parlement haïtien a été sévèrement attaqué, dans l’après-midi du 14 septembre 2021, par des hommes lourdement armés. Le Sénat, dans sa note, dit « condamner avec véhémence cette attaque criminelle et exprime ses sympathies aux dévoués employés de l’institution, et présente ses excuses aux visiteurs et aux braves journalistes qui ont été lâchement agressés par ces ouvriers de la grande délinquance ».

Il convient de souligner que ce coup raté de Joseph Lambert est une autre victoire pour le Premier ministre qui, dès le début, ne souhaitait pas un exécutif bicéphale conformément aux vœux de l'international qui préfère avoir un « illégal au lieu de deux illégaux » à la tête du pays.

Les vrais défis de l'heure

S'il est vrai que le Premier ministre Ariel Henry a gagné quelques petites victoires « personnelles », il demeure encore fragile au cas où son accord politique ne trouverait pas d'autres signataires. En ce sens, il doit se poser en rassembleur pour rallier les autres parties à sa cause. Sa rencontre, ce jeudi 16 septembre, avec la Commission pour la recherche d'une solution haïtienne à la crise vient à point nommé.

Mais, au-delà de l'accord paraphé avec des politiques, le plus grand défi demeure l'insécurité dans un pays où les gangs divisent le territoire en caciquats. Les cas de kidnapping, vols et viols se multiplient et la PNH ne fait pas encore preuve d'efficacité dans ses opérations.

En cette période de rentrée des classes, la question sécuritaire est cruciale. Plus d'un se demande déjà comment les écoliers vont pouvoir traverser certaines zones rouges pour se rendre à l'école. La Police n'a toujours pas le contrôle de Martissant alors que le groupe « 400 mawozo » règne à Croix-des-Bouquets, sans compter la zone de Torcelle ( route de Frères) devenue, ces derniers jours, un repaire de bandits.

Tout en adressant la question du grand banditisme, le Premier ministre doit veiller également à l'insécurité alimentaire qui peut se révéler aussi dangereuse que les gangs armés. Les chiffres communiqués par la FAO ne sont pas flatteurs, surtout pour la péninsule du Sud frappée par le tremblement de terre du 14 aout 2021. Plusieurs millions d'Haïtiens sont, en effet, menacés par la famine.

Avant même de penser aux dossiers politiques pris en compte dans l'accord conclu (changement de constitution, les procès, l'organisation des élections et autres), ces éléments devraient être classés au rang des grandes priorités du moment. En tant que chef du CSPN et seul maitre à bord de l'exécutif, Ariel Henry, au-delà de ses petites victoires, est attendu au tournant pour les grands défis de l'heure.

Noclès Débréus




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