Malgré un contexte national marqué par des crises politiques, sécuritaires, climatiques et économiques, le système financier haïtien continue de faire preuve d’une résilience remarquable. Selon les modèles économiques classiques, cette accumulation de chocs souvent présente dans l'économie aurait dû provoquer un effondrement du système bancaire. Toutefois, grâce aux efforts de la Banque centrale; ses actions prudentielles, une certaine stabilité est à considérer au niveau des institutions financières.
D'après un mémo du gouverneur, M. Ronald Gabriel, le responsable explique que plusieurs facteurs seraient à la base de cette résistance. Il s'agit particulièrement des transferts soutenus de la diaspora et la structure partiellement dollarisée de l’économie, mais surtout sur le rôle central de la Banque de la République d’Haïti (BRH), qui applique une politique prudentielle rigoureuse. À travers des règles strictes en matière de capital, de liquidité et de gestion des risques, la Banque centrale encadre étroitement les institutions financières et contribue à maintenir la stabilité du secteur.
Malgré les pressions sur la gourde, la montée des risques de crédit et l’incertitude économique, les principaux indicateurs demeurent globalement maîtrisés. Le niveau des prêts improductifs reste contenu et les banques conservent une capacité de couverture satisfaisante face aux pertes potentielles. Les dépôts, bien qu’érodés par l’inflation, continuent d’augmenter en valeur nominale, traduisant une confiance relative maintenue dans le système bancaire.
Une régulation prudente face à des risques persistants
A la base, la situation en Haïti se décrit à partir d'un tableau sombre dominé principalement par de nombreux défis tels l'insécurité, les crises économiques, l'instabilité politique et les catastrophes naturelles. Selon le gouverneur, « la stabilité financière ne repose pas sur le hasard. Elle nécessite des règles, des mécanismes de contrôle et une surveillance constante des risques ».
En ce sens, la BRH joue un rôle déterminant dans la maîtrise des principaux risques financiers, dont le risque de change, accentué par la dépréciation de la gourde, est encadré par des interventions sur le marché des changes et des exigences de couverture imposées aux banques. Le risque de crédit, aggravé par la dégradation de la situation économique des emprunteurs, est suivi de près grâce à des obligations de provisionnement strictes. Enfin, le risque de liquidité fait l’objet d’une surveillance constante afin d’éviter toute crise de confiance.
Une vigilance accrue face aux scénarios extrêmes
Néanmoins pour préserver la stabilité financière dans l'économie, les autorités restent prudentes. La BRH se prépare à des scénarios extrêmes, notamment celui d’une « tempête parfaite » combinant catastrophes naturelles majeures, chocs économiques externes, crise politique aiguë et aggravation de l’insécurité. Dans cette optique, la Banque centrale renforce ses outils d’anticipation, exige des projections régulières sur la solidité des banques et encadre strictement les engagements risqués.
Toutefois, cette stabilité reste fragile. En maintenant une vigilance constante et en adaptant ses instruments de régulation, la BRH s’efforce de préserver la solidité du système financier, l’un des rares piliers de stabilité dans un pays confronté à des crises multiples.
Oberde Charles
