Le mouvement Point Final et Medic Haïti ont publié un rapport à l'occasion du premier anniversaire de l'invasion des gangs armés dans la commune de Gressier, qui s'était déroulée du 9 au 11 mai 2024. Cet événement dramatique avait forcé plus de 40 000 personnes à fuir leur domicile pour se réfugier à Léogâne.
Jean Chenet Ulysse, coordonnateur général du mouvement, a indiqué qu’il leur a été facile de réaliser ce rapport grâce à l’appui de l’organisation Medic Haïti.
Ils avaient à leur disposition un drone qui leur a permis de capter des images aériennes.
Ils se sont également appuyés sur des agents déployés sur le terrain, ce qui a rendu possible la publication du rapport.
« La méthodologie que nous utilisons a deux aspects. Proximité avec les déplacés, nous organisons des interviews avec les déplacés, que ce soit ceux qui se retrouvent dans les camps, dans les familles d’accueil ou dans les abris de fortune. Nous avons aussi utilisé nos délégués qui ont organisé des enquêtes de terrain. »
Précise le coordonnateur général du mouvement, Jean Chenet Ulysse.
Le rapport met l'accent sur l'impact de l'invasion des groupes armés sur les principaux secteurs d’activités de la commune de Gressier, qui sont l'éducation, le commerce, l’hôtellerie de plage, l'agriculture.
L'invasion des gangs armés 103 Zombies a détruit totalement le système éducatif de la zone. Près d'une centaine d’écoles sont fermées, détruites ou déplacées suite à l'invasion des gangs armés en date du 9 au 11 mai. Environ 15 000 élèves de Gressier se trouvent dans des camps à Léogâne, très peu d'entre eux fréquentent un établissement scolaire grâce à l'UNICEF et CEDUC, une organisation locale. Mais 80 % n'ont pas pu retrouver le chemin de l’école.
Parmi les écoles victimes, le rapport mentionne : École Don Bosco de La Salle, École Saint Jean de Gressier, École Christianville de la Colline, École Nationale de Gressier.
Parmi les écoles d’excellence du pays, Gressier en a trois : École Christianville de la Colline, École Saint Jean de l’Église catholique, et l’École Don Bosco de La Salle.
L’économie de la commune de Gressier se base sur le secteur informel, spécialement sur les marchés publics. On en trouve deux à Gressier : le Marché de Mariani et le Marché public du Bouc. Ces deux marchés ne fonctionnent plus. Toutes les entreprises privées sont fermées, soit un total de 158 entreprises, sans compter les institutions sanitaires. Le secteur des transports est quasiment inexistant. L’économie de Gressier est donc totalement en lambeaux.
Les paysans de Gressier vivaient principalement de l'agriculture, qui est divisée en sous-secteurs : la production animale et la production végétale. Les bandits armés ont pris le contrôle de tous les espaces cultivables des sections montagneuses.
La commune de Gressier a connu une expansion impressionnante en matière de construction des hôtels. On comptait déjà 158 hôtels de plage dans la zone. Tous ces hôtels sont fermés, toute l'industrie touristique est entre les mains des bandits.
Il est à noter que toutes les maisons de Gressier sont pillées, incendiées ou détruites.
Environ 40 000 déplacés internes de Gressier vivent dans des camps, des familles d’accueil, des abris de fortune. À Léogâne, on compte : 12 320 femmes, 9 102 hommes, 18 000 enfants dont 11 400 filles et 6 600 garçons, 8 480 jeunes femmes et filles sont livrées à la prostitution pour survivre. 422 cas de violences sexuelles confirmées, 312 cas de grossesses précoces chez les filles de moins de 18 ans, 156 cas d’avortements incomplets, 428 PV-VIH, 216 cas de tuberculose, 622 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère et modérée, plusieurs cas de trafics d’enfants, 28 522 personnes vivant avec moins de 1 \$ par jour, 350 décès dont 300 paysans et une cinquantaine de bandits, matériels de la PNH incendiés.
Les carences sont nombreuses : Faible accès à l’eau potable, pas de nourriture adéquate, absence des intrants à l’hygiène pour certaines familles, manque de soins médicaux pour les personnes âgées souffrant de maladies chroniques et métaboliques, dont le diabète et l’hypertension artérielle. Les maladies hydriques et dermatologiques sont très fréquentes dans les camps des déplacés. Exploitations sexuelles très fréquentes dans les camps des déplacés et dans les familles d’accueil.
Le Mouvement Point Final et MEDIC Haïti demandent à l’État haïtien de créer des conditions rapides pour faciliter le retour au bercail des déplacés internes du pays, spécialement les déplacés de Gressier, par exemple : démantèlement des gangs armés pour rétablir la paix et la sécurité à Gressier rapidement, reprise du contrôle du commissariat de Gressier, mettre en place des postes de sécurité dans des zones stratégiques de Gressier, mobiliser les militaires FAD’H de Gressier, aménager de nouveaux espaces pour relocaliser les déplacés internes à l’approche de la saison cyclonique 2025 qui débutera le 1er juin prochain, donner des subventions aux familles pour affermer leurs propres maisons, donner des abris transitoires aux familles déplacées qui ont des espaces à Léogâne.
« La perte de territoires coûtera très cher au pays pour permettre à la vie de reprendre dans ces zones, et les conséquences sont plus terribles que celles du tremblement de terre du 12 janvier 2010, car les dégâts causés par les gangs dans les communautés sont presque irréparables. » ajoute le coordonnateur du Mouvement Point Final.
Sorah Schamma Joseph
