La PNH s’aguerrit

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La Police nationale semble marquer des points ces derniers jours. Des forces de sécurité sont en effet parvenues à déjouer plusieurs tentatives de kidnapping. Ces agents ont par ailleurs fait échouer une attaque de bandes armées contre un commissariat à Pernier. Les arrestations de présumés bandits armés pris en flagrant délit de détournement de marchandises ont clôturé une semaine riche en rebondissements positifs pour une Police nationale jusqu'ici impuissante à contenir le fléau de l'insécurité. Ces petites victoires donnent confiance aux troupes et permettent à un certain leadership de s'affirmer et de faire une différence. Si cette cadence se maintient, la population, prisonnière des gangs depuis belle lurette, peut enfin espérer des jours meilleurs et reprendre une vie normale.

Le problème central du pays est celui de l'anarchie sécuritaire. Des seigneurs de la guerre peuvent, à travers une simple apparition sur les réseaux sociaux, peser lourdement sur le destin de chacun de nous. C’est inadmissible ! L'opinion publique de ce pays n'en peut plus de ces violences physiques et symboliques infligées par des chefs de bandes et leurs affidés sur une population aux abois, sans recours.

Le 18 novembre 2021 nous a retrouvés au même point mort. Encore une fois, cette date historique été célébrée dans l’insécurité, la division et l’impuissance à nous retrouver autour d’un projet national. Est-ce ainsi que nous rendons hommage aux pères de la patrie ? Nous avons laissé dépérir nos lieux de mémoire et aujourd'hui il existe une cassure dramatique entre un passé glorieux qui sonne de plus en plus creux et un présent accablant.

Le fait que les forces de police paraissent ne plus reculer est un bon point du point de vue sécuritaire et cette nouvelle disposition d’esprit ne devrait pas connaître de trêve. Toutefois, toute normalisation de la vie publique passe par un projet national de transition. C’est la seule manière de voir poindre à l'horizon un avenir meilleur, plus en phase avec notre destin de peuple qui se veut libre et...souverain.

Aujourd'hui, les signataires de l'accord de Montana souhaitent une transition différente des arrangements entre clans que nous avons jusqu’ici connus, c’est-à-dire les négociations doivent se dérouler loin des sirènes lugubres du copinage politique. D'autres observateurs, tout en adhérant à la noble idée de refondation du politique, croient que le « malade » est trop fragile pour un accouchement aux forceps.

En tout cas, quel que soit son positionnement sur l'échiquier politique, une vraie question demeure : comment orienter la barque nationale hors des eaux vaseuses et immondes de l'indifférence et de l'impossible dialogue ? Tout un chacun sait que c’est impossible. Sans un dialogue franc et un engagement sincère, le pays continuera à faire du surplace.

C’est pour cela que chaque tentative de dialogue et de mise en commun des forces et des énergies est à encourager. Aussi minime soit-elle. Par exemple, la mise sur pied du « Groupe de travail sur la sécurité » (GTS) réunissant des personnalités de la société civile des experts en sécurité et en droits humains ne peut que donner de l’espoir. D’autant plus qu’il s’agit de se consacrer à la problématique de l’insécurité, l’un de nos principaux maux. Constituée d’une vingtaine d’entités de la société civile, cette plateforme se donne pour but « d’encourager la collaboration entre le citoyen et l’appareil sécuritaire d’Haïti en vue de résoudre le problème de l’insécurité dans le pays à court, moyen et long terme ». De quoi nous réjouir ! Mais nous avons connu tellement d’organisations avec de très beaux objectifs qui s’arrêtent en chemin qu’on ne peut aujourd’hui qu’espérer que cette nouvelle formation tienne le cap et que les agences de sécurité voient dans cette structure non pas une concurrente à ignorer, mais au contraire un organe de réflexion sur lequel s'appuyer pour affiner ses objectifs sécuritaires en fonction des besoins des citoyens, loin du miroir déformant des réseaux sociaux.

 

Roody Edmé

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