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Le partenariat créole-français, l’unique voie constitutionnelle et rassembleuse en Haïti

Le partenariat créole-français, l’unique voie constitutionnelle et rassembleuse en Haïti

« Cohabitation des langues et politique linguistique / La notion de « langue partenaire » est le titre de l’ouvrage publié au cours du mois de novembre 2015 par la Délégation à la langue française de Suisse. Cette publication de 198 pages regroupe les actes du séminaire « Le concept de ‘’langue partenaire’’ et ses conséquences pour une politique intégrée du français » organisé à Champéry (Suisse) les 6 et 7 novembre 2014 par le réseau OPALE. Depuis plusieurs années, le réseau OPALE regroupe les organismes francophones de politique et d’aménagement linguistiques suivants : (1) le Service de la langue française et le Conseil de la langue française et de politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles ; (2) la Délégation générale à la langue française et aux langues de France ; (3) le Conseil supérieur de la langue française, l’Office québécois de la langue française et le Secrétariat à la politique linguistique du Québec ; et (4) la Délégation à la langue française de Suisse romande. Les auteurs des contributions réunies dans ce volume proviennent de diverses régions de la Francophonie (Belgique, Côte d’Ivoire, France, Gabon, Québec, Suisse). Ils sont enseignants-chercheurs et spécialistes de différents domaines de la linguistique ou de domaines liés : philologie, sociolinguistique, linguistique cognitive, contact des langues, didactique des langues, sémiotique, dialectologie, anthropologie linguistique, sciences de l’éducation, lexicographie francophone et politique linguistique éducative. Au cours des ans, plusieurs de ces spécialistes ont collaboré avec le CIRAL (le Centre international de recherche en aménagement linguistique) et le RINT (le Réseau international de néologie et de terminologie) qui a accueilli Haïti parmi ses membres en 1989.

La problématique de la cohabitation des langues a été diversement étudiée par les linguistes et les sociolinguistes. Le lecteur curieux d’explorer cette problématique pourra consulter, entre autres, les références suivantes : « Les langues en contact », par Louis-Jean Calvet (La sociolinguistique, 2013) ; « Plurilinguisme, contact ou conflit de langues », par Henri Boyer (L’Harmattan, 2000) ; « Sociolinguistique des contacts de langues / Un domaine en plein essor », par Jacky Simonin et Sylvie Wharton, dans « Sociolinguistique du contact : Dictionnaire des termes et concepts » (Lyon : ENS Éditions, 2013) ; « Contacts de langues, politiques linguistiques et formes d'intervention », par Véronique Castellotti, Daniel Coste, Diana-Lee Simon, dans « Contacts de langues » (L’Harmattan, 2003) ; Robert Chaudenson et Louis-Jean Calvet : « Les langues dans l’espace francophone : de la coexistence au partenariat », L’Harmattan, 2001.

Le livre « Cohabitation des langues et politique linguistique / La notion de « langue partenaire » consigne et fournit, au creux des sciences du langage, un éclairage varié sur la problématique de la cohabitation des langues et la politique linguistique en lien avec la notion centrale de langue partenaire. Sur ce registre, les précieux enseignements qu’expose ce livre méritent d’être partagés avec les linguistes et les enseignants haïtiens, avec les didacticiens et les rédacteurs de manuels scolaires, avec les cadres du ministère de l’Éducation nationale et plus généralement avec tous ceux qui s’intéressent à la question linguistique en Haïti.   

La vision centrale qui sert de fil conducteur au livre « Cohabitation des langues et politique linguistique / La notion de « langue partenaire » s’arrime fortement aux sciences du langage et il est essentiel de prendre toute la mesure qu’elle n’est pas un discours idéologique sur la langue. Le choix des termes « cohabitation » et « langue partenaire » du titre n’est pas fortuit, il consigne et éclaire le dispositif d’une réflexion de nature linguistique qui a cours parmi les linguistes étudiant le phénomène de la cohabitation des langues dans la Francophonie institutionnelle, et cette réflexion privilégie le partenariat entre les langues plutôt que la manichéenne conception qui enferme les rapports entre les langues dans l’étroit périmètre de la prétendue « guerre des langues ». La linguistique en tant que science n’a jamais théorisé la « supériorité » d’une langue au regard de l’« infériorité » d’une autre langue : la science linguistique décrit les langues sur le registre de leur égalité structurelle de fait et sur celui de leur diversité non hiérarchisée. L’idée de « guerre des langues » ne relève pas des sciences du langage mais plutôt d’une lecture idéologique des complexes rapports entre les langues où l’on confond en plein brouillard conceptuel les rapports de force dans le corps social et le rôle politique, économique et culturel que l’on fait jouer aux langues dans les luttes pour le pouvoir ou pour l’expansion extraterritoriale d’un État. Dans le champ de la réflexion sur la cohabitation des langues, il faut bien comprendre que « Pour les scientifiques qui participent à ce débat, il s’agit, à partir d’analyses rigoureuses, de poser de bonnes questions et d’apporter des réponses appropriées et réalistes de nature à éclairer l’action politique en matière de langues. Comment faire pour sortir de la diglossie actuelle et développer entre le français et les langues nationales des relations apaisées et conviviales ? Comment, dans une perspective de développement, organiser les lignes de partage, les circuits d’échange et les possibilités de dialogue entre toutes les langues au bénéfice des gens qui les parlent et des États qui les abritent ? Dans le champ fondamental de l’école, quels nouveaux modèles, quelles innovations méthodologiques préconiser pour une plus grande efficacité de l’enseignement ? Puisqu’il ne peut s’agir de remplacer, de façon brutale et irrationnelle, une exclusivité (celle d’une langue européenne héritée de la colonisation) par une autre (celle des langues autochtones encore insuffisamment outillées), comment réaliser la convivialité entre les langues tout en favorisant entre elles une saine et stimulante compétitivité ? » (Musanji Ngalasso-Mwatha : « Avant-propos », paru dans « « Le français et les langues partenaires : convivialité et compétitivité », Presses Universitaires de Bordeaux, 2014). 

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