Est-il nécessaire aujourd’hui en Haïti de contribuer au débat public sur la « question linguistique haïtienne » en général et sur certaines de ses zones conflictuelles en particulier ? Si oui, à quelles conditions et selon quelles modalités faut-il le faire afin qu’il soit porteur de changements véritables ? Pour que le débat d’idées soit un débat objectif, documenté et argumenté, il est nécessaire d’en situer le contexte et les idées exprimées, d’identifier les documents pertinents, de les lire avec attention et d’exercer son esprit critique-analytique avec clarté. Le débat d’idées objectif, argumenté et documenté s’oppose au « voye monte » comme au « chire pit », et le libre exercice de l’esprit critique-analytique est au fondement de l’enrichissement du débat d’idées. Ainsi, l’épineuse « question linguistique haïtienne » est depuis plusieurs années un lieu de débats au sein duquel s’expriment, souvent avec passion, des non-linguistes qu’il faut pourtant écouter avec attention. En dépit du fait qu’un relatif consensus s’est installé en Haïti quant à l’impérieuse nécessité de l’usage du créole dans la transmission des connaissances dans tous les apprentissages scolaires, d’importantes différences d’analyse et de points de vue se manifestent parmi les linguistes, parmi les enseignants et plus largement parmi les locuteurs créolophones. Il s’avère donc essentiel de les analyser objectivement et d’élever le débat d’idées sur le créole au-dessus des clichés, des poncifs et des homélies pontificales qui n’ont aucun lien avec les sciences du langage. Il est tout aussi essentiel de soumettre à l’analyse critique l’argumentaire fortement idéologique de certains Ayatollahs du créole, notamment lorsqu’au nom de la « défense » du créole ils apportent un appui public au PHTK néo-duvaliériste. Sur le mode d’une synthèse analytique amplement documentée, le présent article s’y emploie en examinant, dans le cas de Michel DeGraff, les fondements et la mécanique de son appui public au cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste. En première partie j’examine le « volet politico-idéologique » de cet appui public au PHTK néo-duvaliériste. En seconde partie, je fais porter le regard sur les rapports entre le positionnement politico-idéologique de Michel DeGraff et le naufrage de la lexicographie créole au MIT Haiti Initiative. La lecture attentive de cette synthèse analytique permettra à chaque lecteur de bien comprendre les enjeux et les finalités du présent débat d’idées. Il est d’ailleurs tout indiqué que la lecture attentive de cette synthèse analytique soit accompagnée de celle de l’article récemment paru en Haïti, « De la simultanéité de l’aménagement du créole et du français en Haïti : un choix de société conforme à la Constitution de 1987 » (par Robert Berrouët-Oriol, Le National, 8 novembre 2022).
Volet politico-idéologique
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