Gérard Cartier une poète génie devant le soleil
Le National : De l’ingénierie au poème, quel lien intime tissez-vous entre construction et écriture ?
L’ingénierie et la poésie ont peu de rapports immédiats, au point que beaucoup les croient antagonistes. C’est une fausse impression. Le métier ne fait rien à l’affaire. Il y a eu des poètes ingénieur, médecin, mathématicien, et même commissaire de police… Chacun a développé une pratique propre ; son expérience professionnelle y a souvent contribué – pensons à Jacques Roubaud. Ce que m’ont apporté les travaux publics, c’est d’abord une appréhension du monde, de sa réalité matérielle et humaine. J’ai beaucoup voyagé, dans des pays très différents, découvert des géographies et des sociétés variées, participé à des aventures collectives passionnantes (la construction du tunnel sous la Manche, la conception du tunnel sous les Alpes entre la France et l’Italie). Cette expérience se retrouve dans ma poésie. J’ai écrit par exemple, à l’ombre du tombeau du roi Christophe, un poème sur le port de Cap-Haïtien :
Arpentant l’océan en casque et en bottes
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