Brésil - Angleterre 1970 : Duel au sommet dans la chaleur mexicaine
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Une semaine sur deux, la FIFA revisite un moment fort du Mondial. Zoom aujourd'hui sur le Brésil - Angleterre de la Coupe du Monde 1970, marqué par un arrêt, un tacle et un but d’anthologie.
Brésil 1-0 Angleterre
Mexique 1970 | Phase de groupes Estadio Jalisco, Guadalajara Affluence : 66 843 spectateurs But pour le Brésil : Jairzinho (59')
Les compos
Brésil
Félix, Carlos Alberto, Brito, Wilson Piazza, Everaldo, Jairzinho, Clodoaldo, Rivellino, Paulo César Caju; Pelé, Tostão. Remplacement : Roberto pour Tostão (68') Sélectionneur : Mário Zagallo
Angleterre
Gordon Banks, Tommy Wright, Brian Labone, Bobby Moore, Terry Cooper; Alan Ball, Alan Mullery, Bobby Charlton, Martin Peters; Franny Lee, Geoff Hurst . Remplacements : Jeff Astle pour Charlton (63'), Colin Bell pour Lee (63') Sélectionneur : Alf Ramsey
Face-à-face précédents
4 victoires pour le Brésil 2 matches nuls 1 victoire pour l'Angleterre
Le contexte
Le Brésil n’avait pas été particulièrement impressionnant avant d’arriver au Mexique, mais les Auriverdes ont lancé leur campagne de manière très convaincante contre la Tchécoslovaquie (4-1). L’Angleterre, de son côté, était invaincue depuis 10 matches. Les Three Lions étaient notamment allés s’imposer à Amsterdam face aux Pays-Bas de Johan Cruyff (0-1), et venaient de battre la Roumanie 1-0 lors de leur entrée en lice.
Les deux formations étaient en proie à des blessures. Mário Zagallo a ainsi dû remplacer Gerson par César Caju, tandis qu'Alf Ramsey a été contraint d’aligner Tommy Wright à la place de Keith Newton. Il était à présent temps de voir les pères fondateurs du football affronter les artistes de ce sport, le tenant du titre face au double champion du monde, l’équipe la plus prolifique face à la plus imperméable. Pour cette première Coupe du Monde diffusée en couleurs à la télévision, le monde entier attendait de pied ferme cette affiche monumentale.
Le match
Malgré la chaleur étouffante, les deux équipes sont à la hauteur des attentes. Ainsi débute une confrontation électrique où les actions s’enchaînent de part et d’autre du terrain. Bobby Charlton rayonne en chef d’orchestre du milieu de terrain anglais, tandis que César Caju et Jairzinho malmènent leurs adversaires sur les ailes. Le dernier nommé se défait justement de Terry Cooper sur le côté droit avant de centrer au second poteau. Pelé s’élève au-dessus de Tommy Wright et place une tête puissante qui plonge vers le "soupirail" du but anglais. Convaincu qu’il vient d’ouvrir le score, le n°10 brésilien crie alors "Gooool !".
C’est alors sans compter sur le gardien anglais, Gordon Banks, qui surgit de nulle part. À une vitesse phénoménale, il se détend à l’horizontale et parvient à détourner miraculeusement le ballon au-dessus de son but.
Ce que de nombreux observateurs considèreront comme l’"Arrêt du siècle" laisse ensuite place au "Tacle du siècle". Intenable, Jairzinho fait de nouveau la différence et pénètre dans la surface de réparation, mais il est dépossédé du ballon par un tacle salvateur de Bobby Moore. Le remplaçant anglais Jeff Astle rate ensuite une énorme occasion et son manque de réalisme est immédiatement puni par le Brésil.
Sur le côté gauche de la surface, Tostão résiste à Alan Ball, met un petit pont à Moore, élimine magistralement Wright d’un crochet extérieur avant de centrer vers Pelé. Si le meneur de jeu brésilien mobilise trois adversaires, son incroyable vision du jeu va faire la différence. Il décale subtilement sur sa droite vers Jairzinho, qui déboule et ne laisse aucune chance à Banks, pourtant parti à sa rencontre à vive allure. Les Anglais sortent perdants de ce match épique, tandis que les Brésiliens – et les spectateurs du monde entier – en sont les grands gagnants.
Entendu
"Je reprends le ballon de la tête, exactement comme je voulais. Il est arrivé de nulle part et a réalisé l’impossible. Il a repoussé le ballon au-dessus du but, je ne sais pas comment. Je n’en croyais pas mes yeux. Encore aujourd’hui, quand je revois les images, je n’y crois toujours pas." Pelé, interrogé en 2019 sur l’arrêt de Gordon Banks
"Bobby Moore avait l’air d’un zombie à son arrivée au Mexique. Il avait perdu cinq kilos. Heureusement, son jeu ne s’appuyait pas sur la vitesse ou la vivacité. C’est le footballeur le plus classe que j’ai jamais vu. On partageait la même chambre. La plupart des gens jettent leurs vêtements par terre, mais lui les pliait soigneusement. Cette intervention était à son image. S’il ne l’avait pas réussie, il aurait probablement pris un rouge. Mais son tacle était impeccable." Alan Mullery, joueur de l'Angleterre.
"Bobby Moore était un grand joueur, admiré dans le monde entier depuis le titre mondial de 1966. Il était intraitable au marquage. Il ne vous laissait ni répit ni espace. Je n’ai pas tenté ce geste parce que c’était Bobby Moore en face. J’ai surtout vu que Roberto s’apprêtait à entrer en jeu. Un attaquant. Vu que Pelé n’allait pas sortir, je savais que c’était pour moi. Il fallait que je fasse quelque chose de spécial. Si je n’avais rien tenté, peut-être que j’aurais perdu ma place de titulaire. J’ai reçu le ballon et j’ai tenté une frappe de loin, mais elle a été contrée. Quelques secondes plus tard, j’ai de nouveau hérité du ballon. Le match était très serré. J’ai retenté ma chance. J’ai réussi à faire passer le ballon entre les jambes de Bobby Moore, puis j’ai réalisé un autre dribble avant de donner le ballon à Pelé. Je venais de conforter ma place dans l’équipe." Tostão, joueur du Brésil "C’était la finale avant la finale. On savait que le Brésil et l’Angleterre étaient les deux meilleures équipes. Ce match avait tout... Le tacle de Bobby Moore, l’arrêt de Banks, le dribble de Tostão... Des décennies plus tard, on en parle encore. C’est l’un des plus beaux matches entre deux des plus belles équipes que la Coupe du Monde ait jamais vues." Mário Zagallo, sélectionneur du Brésil.
Statistiques
- Alors que le plus jeune joueur anglais était Alan Ball (25 ans), le Brésil alignait de son côté deux joueurs de 20 ans : Clodoaldo et César Caju. Bien que resté sur le banc, leur coéquipier Edu disputait alors sa deuxième Coupe du Monde alors qu’il était lui aussi âgé de 20 ans !
- Au cours de ce match, dont le coup d’envoi a été donné à 12h00, le thermomètre affichait 37°C.
Bon à savoir
- Huit mois avant Mexique 1970, les médecins ont expliqué à Tostão qu’il ne pourrait plus jamais jouer au football en raison d’un décollement de la rétine, qui risquait de le rendre aveugle. Opéré à Houston, il fut autorisé à reprendre l’entraînement deux mois et demi avant la Coupe du Monde. Tostão a tout d’abord eu peur de jouer le ballon de la tête. Zagallo et le médecin d’équipe Lídio Toledo ont songé à l’écarter, mais Pelé les a persuadés du contraire juste avant la compétition.
- Si les joueurs brésiliens ont volontiers interagi avec le public mexicain, les Anglais ont, de leur côté, contrarié les locaux en refusant de boire leur eau et de manger leur nourriture. Par conséquent, la nuit précédant le match, des fans mexicains sont venus klaxonner et frapper des couvercles de poubelles devant l’hôtel des Three Lions. Certains sont même entrés dans l’hôtel pour aller frapper aux portes des chambres des joueurs anglais, mais n’ont pas demandé leur reste lorsque l’imposant défenseur central Jack Charlton a commencé à les pourchasser.
Source: FIFA
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