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L’autre jour, un ami me lançait un défi lors d'une discussion passionnée sur l'avenir du pays : « Si tu étais président, tu ne saurais même pas par où commencer pour résoudre le problème de l’analphabétisme en Haïti.» Sa réaction m’a fait sourire, parce que pour certains citoyens ce problème est un gouffre financier et logistique sans fond. Mais cette réaction m'a surtout poussé à mettre par écrit une vision que je mûris depuis des années. Non, mon cher ami, l’analphabétisme en Haïti n’est pas une malédiction gravée dans notre histoire. Ce n'est pas un problème de manque de cerveaux, ni même un problème d’incapacité de notre peuple. C’est, et cela a toujours été, un pur problème de volonté politique, d'organisation et de courage institutionnel.
L’idée d’adopter une politique de choc pour alphabétiser tout notre pays ne me vient pas de nulle part. Elle m'a inspiré il y a des années de cela, en étudiant l'histoire de notre région caraïbéenne. Entre 1959 et 1961, Cuba a réalisé ce que le monde entier croyait impossible. En mobilisant plus de 250 000 étudiants, lycéens et volontaires à travers tout son territoire, l'île a fait chuter son taux d'analphabétisme de 23 % à moins de 4 % en un temps record. Cuba est ainsi devenu le premier territoire officiellement libre d’analphabétisme sur le continent américain. Une prouesse née d'une seule formule : une direction politique ferme et une mobilisation patriotique sans faille.
Cette méthode, je ne l'ai pas seulement contemplée dans les livres d’histoire ou les archives universitaires. Je l'ai vécue. Plus tard, alors que j’étais étudiant au Venezuela, j'ai vu de mes propres yeux ce même modèle cubain appliqué à l'échelle d'une nation entière à travers la célèbre Misión Robinson. J'y ai activement participé sur le terrain, j'ai vu l'impact des techniques de pédagogie rapide (comme la méthode audio-visuelle Yo Sí Puedo), et j’ai vu la fierté indicible dans les yeux d'adultes qui, pour la première fois de leur vie, pouvaient signer leur nom sur un document officiel, lire une ordonnance médicale pour leurs enfants ou vérifier les prix sur le marché sans craindre d'être trompés. Si d’autres nations y sont parvenues avec succès, pourquoi Haïti en serait-elle incapable ?
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