Étudiante finissante en troisième année à l’École normale supérieure de l’Université d’État d’Haïti, Rachel X s’interroge, dans un récent courriel, sur l’épineuse question de l’usage du créole dans l’apprentissage scolaire en Haïti. Elle témoigne ne pas être véritablement au courant des différents aspects de cette problématique alors même qu’elle est à la veille de débuter dans l’enseignement. Au terme de trois années d’études universitaires, elle pense à s’inscrire au nouveau programme de « Master de didactique du français en milieu créolophone » officiellement lancé en 2020 à l’École normale supérieure sans être certaine, en raison du Covid notamment, que ce programme est opérationnel. Elle se sent démunie face à ce qu’elle perçoit comme « un état d’urgence didactique » au pays : n’ayant pas reçu une formation spécifique en didactique, elle se demande si elle sera capable d’enseigner en créole et d’enseigner le créole, selon quel modèle didactique elle devra dispenser son enseignement et de quels ouvrages didactiques de référence en créole elle pourra disposer. Et elle s’interroge : existe-t-il aujourd’hui à l’échelle nationale un référentiel modélisé –en particulier dans les récents documents d’orientation du ministère de l’Éducation--, pour l’apprentissage scolaire en langue créole aux côtés du français ? Le questionnement de Rachel X est incontournable et il rejoint celui de nombreux enseignants et directeurs d’écoles. Il est partagé par un grand nombre d’étudiants des universités haïtiennes eux aussi touchés par la récitation des slogans miraculeux en vogue au sujet du créole. De manière générale, le questionnement de nombreux futurs enseignants, enseignants en poste et directeurs d’écoles sur l’épineuse question de l’usage du créole dans l’apprentissage scolaire en Haïti traduit leur inquiétude sinon leur désarroi face à un ensemble de facteurs dont ils n’ont pas la maîtrise. Il est utile de les remettre en lumière pour mieux apprécier, à contre-courant des slogans miraculeux, les perspectives et pistes de solution qu’il convient d’identifier.
Quelques repères historiques : préconisation de l’UNESCO, réforme Bernard de 1979, article 5 de la Constitution haïtienne de 1987
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