Ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, ancien ministre de l’Éducation nationale, ancien Premier ministre de la République française, Lionel Jospin est parti. Comme un chêne centenaire qui s’abat silencieusement dans la forêt de l’Histoire, c’est toute une époque de la gauche française qui vacille avec lui.
Jospin, ce fut d’abord une trajectoire, celle que la République promet à tous et tient si rarement. Né sans argent, sans réseau, sans le carnet d’adresses doré que l’on hérite parfois avec le patronyme, le petit Lionel n’avait qu’une arme : l’école. Cette école publique, laïque et gratuite, colonne vertébrale de la République française, fut pour lui ce que le fleuve est pour le marin le chemin et la force à la fois.
Comme un alpiniste qui ne laisse aucune prise sans l’avoir testée, il gravit un à un tous les échelons : député, conseiller général de Sainte-Gabel, Premier secrétaire du PS, ministre, Premier ministre. Et au sommet de cette ascension républicaine trône l’ENA, l’École Nationale d’Administration, dont il sortit major de promotion non par privilège, mais par mérite pur, comme l’acier sort du feu plus tranchant qu’il n’y est entré.
Cet homme était ce que l’on peut appeler, sans forcer le trait, l’incarnation même de l’éthique et de la morale socialistes. Ce protestant français, raide dans ses convictions comme un peuplier dans la tempête, apportait à la politique cette rigueur morale héritée de la tradition réformée cette culture du devoir, de la parole donnée, de la conscience individuelle dressée face au pouvoir comme un bouclier.
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