Des madansara à l’honneur :
Rencontre à l’Ambassade d’Haïti à Paris
Vendredi dernier, en plein hiver parisien, dans le triangle Courcelles-Wagram-Ternes, l’Ambassade de la République d’Haïti en France a fait entrer un peu d’Haïti dans le 17e arrondissement. Le temps d’une soirée.
À l’initiative de l’ambassadeur Louino Volcy et du chef de poste, Jocelyn Petit, la République d’Haïti recevait, le 20 février dernier, les représentantes et représentants du Rasanbleman Madan Sara Ayiti (RAMSA), venues pour la première fois participer au Salon International de l’Agriculture. Le rendez-vous annoncé pour 18 heures ne débuta qu’à 19 h 20, détail qui fit frémir quelques montres impatientes ; mais qu’est-ce qu’un retard face à la traversée d’un océan et au poids d’une histoire économique portée à bout de bras ?
Lorsque madame Jean Louis Jocelyne, coordinatrice générale, prit la parole, ce ne fut pas seulement un discours protocolaire, mais une mémoire vivante qui se leva. Avec émotion et humour, elle rappela le rôle social immense des Madan Sara, ces femmes-ponts qui relient les campagnes aux villes, les producteurs aux consommateurs, la rareté à l’abondance fragile. En Haïti, elles sont artères et battements de cœur de l’économie populaire ; elles transportent, négocient, avancent à crédit, conseillent, rassurent, organisent. Elles sont logisticiennes intuitives, stratèges du quotidien, banquières informelles d’un pays souvent privé de structures stables. Dans les marchés, leurs voix sont des clairons de résistance ; leurs paniers, des coffres-forts ambulants ; leurs camions, des arches de survie.
Elles étaient douze à incarner cette force collective : Jean Louis, Jocelyne Octara Paul, Valet Onald, Marlie Jean Louis, Jesulene Paul, Maudeline Merveillely Mervil, Cameus Widline, Eloi Charles Natacha, et Remy Reginald, journaliste, aux côtés de leurs consœurs et confrères. Leurs produits artisanaux et agricoles, leurs objets d’art façonnés par des mains patientes, étaient alignés sur des présentoirs soigneusement achalandés au sein de la mission diplomatique. Chaque pièce semblait contenir un morceau de terre haïtienne, une parcelle de soleil séché, une persévérance tissée fibre après fibre.
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