Chaleur humaine et feu dévorant
Dans un article récent, je vous ai donné un aperçu du manque de chaleur humaine que j’avais constaté au pays des feuilles d’érable. Pour rendre hommage à la vérité, je dois avouer que certains week-ends sont plus chauds que d’autres. Ainsi, promenant mon petit-fils dans les rues du quartier un samedi matin, j’ai eu droit à des sourires et même à des ébauches de conversation. Le lendemain dimanche, nous assistons à la messe. L’église est remplie d’une foule immense que j’ai pu dénombrer. Près d’une centaine de fidèles. Un exploit ! Notre petit-fils ne tient pas en place. À un moment, une fillette qui doit avoir 4 ans, quitte le banc où elle est assise avec sa famille, s’approche et tend à notre Lucas deux petites voitures. Un instant plus tard, elle lui en apporte une troisième. Petit-fils ne remue plus, il s’amuse avec ses nouveaux joujoux. Je me dis que dans ce temple - comme presque partout ailleurs - rien de mieux qu’une frimousse pour dégeler l’atmosphère, et animer les relations. Comme c’était mon dernier week-end en ces lieux, j’ai pris soin d’emballer et d’emporter avec moi vers mon bout d’île, cette marque de douceur, d’humanité.
Revoir mon bout d’île a multiplié mes émotions. Pour notre escale d’une nuit au Cap-Haïtien, des amis nous ont reçus chez eux à Labadie. Labadie, pas comme dans le port de croisière féérique aujourd’hui à l’abandon. Non. Labadie comme dans le petit village côtier. Ce qui devait être une courte halte a pris des allures de forfait vacances tout inclus : baignade sur une plage de sable blanc, festin de fruits de mer, sérénité alentour, sommeil bercé par le murmure des vagues, courtoisie des villageois… Le long de la route qui mène à Labadie, les paysages qui défilent sont à couper le souffle. Je ne me rappelle pas les avoir vus si époustouflants à mon dernier passage qui remonte à fort longtemps. À l’époque, le mauvais état de la route avait sûrement escamoté la magie du spectacle. En 2025, l’impeccable ruban d’asphalte serpentant au flanc de collines verdoyantes est en lui-même un régal. Et il suffit de tourner la tête de l’autre côté pour s’extasier à la vue de l’Océan Atlantique paresseusement étalé, léchant des plages de sable blanc. Dites-moi, est-ce que de nos jours on échange toujours des cartes postales ? Dans de nombreuses rues - venelles conviendrait mieux - de ce modeste hameau niché au creux de l’océan, on marche sur du sable, on prend le goût du sel marin à chaque bouffée d’air.
On est si loin du fracas capital, de cette violence à but lucratif que rien (ni personne ?) ne semble vouloir freiner, à quelque deux-cent cinquante kilomètres de là. Le village de Labadie, c’est l’Haïti qu’on ne vous montre pas. On est dans le pays en-dehors. Pour moi qui ai également fait une étape « nan Ziltik » au cours de ma longue traversée, j’ai pu voir de mes yeux combien les beautés naturelles de notre bout d’île sont incomparables. Absolument incomparables. Qu’est-ce qui empêche, foutre ! (eskize m wi lasosyete !) la Perle des Antilles de briller autrement que par le feu dévorant, les flammes mangeuses d’espoir ?
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1 commentaire
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Occident
Bien vrai, Nathalie! Je reconnais mon coin de pays... Il nous reste au moins cette complicité avec la beauté... pour espérer des jours meilleurs.