Les fleurs du bitume sous les balles
À chaque coin de rue, une trace de violence : un nom de gang peint à la hâte, un slogan rageur, un emblème griffonné comme une signature de guerre. Ici, à Carrefour, au sud de Port-au-Prince, les murs ne protègent plus : ils parlent, menacent, et rappellent que ce quartier n’appartient plus à ses habitants.
Les talibans ces groupes armés, jeunes, déterminés, surgis des hauteurs de Degand et des campagnes environnantes ont déferlé sur la ville comme une pluie de feu. Ils ont remplacé l’autorité par la peur, le dialogue par les balles, la loi par la terreur. Ce n’est plus un quartier, c’est une ligne de front où chaque ruelle est un territoire conquis.
Et dans les interstices de cette guerre sans nom, il y a les filles. Très jeunes. Quinze, seize ans. Certaines n’ont jamais terminé l’école, d’autres ne savent même pas écrire leur propre nom. Mais toutes ont appris, très tôt, les règles du jeu : pour survivre, il faut s’aligner. Se vendre. S’attacher à un homme armé. Ou disparaître.
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