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Société

Alcoolisme et loisir

Alcoolisme et loisir

C'est comme l'écho du tocsin que sonne la parole alarmante de Jean Price Mars qui critiquait une élite insouciante du bien-être et du bonheur de son peuple. Le sociologue n'était pas aveugle à l'alcoolisme auquel celle-ci voulait accoutumer les gens pour qui elle n'avait pas créé des écoles, des universités, des salles de concert, des théâtres, des parcs sportifs. Des infrastructures socioculturelles pour civiliser des gens qui souffraient jusqu'au vingtième siècle les effets d'abrutissement des siècles d'esclavage. Certes, Price Mars aurait sans doute loué l'effort de l'entrepreneuriat productif que représentent le rhum Barbancourt de la maison Gadère et la bière  Prestige de la Brasserie Nationale d'Haïti (BRANA). Mais, il n'aurait pas manqué d'interroger ces élites de l'économie nationale sur leurs actions pour doter la société haïtienne des infrastructures socioculturelles d'éducation et de divertissement pour savourer avec intelligence et dignité ce Rhum et cette bière qui font la fierté haïtienne à l'étranger. Mais, à défaut d'une éducation civilisatrice et des loisirs épanouissants, on se complaît dans un alcoolisme qui donne à chacun l'illusion d'être moderne et cultivé à l'intérieur de ces pseudo bars ou autour des tables de ces tonelles qui pullulent dans tous les quartiers. 

Dans l'histoire de la production des boissons alcoolisées en Haïti, l'absence de prohibition et de la promotion des activités de loisirs diversifiés est très marquante. Cela s'explique sans doute par la raison que la consommation de l'alcool et l'organisation des loisirs pendant les temps libres cycliques n'ont jamais été au centre des intérêts de l'état dans l'élaboration des politiques publiques en faveur de l'épanouissement de sa jeunesse. Tenir les gens dans l'abrutissement et l'euphorie des moments d'ivresse ont toujours été profitables pour l'état et les élites qui ne se sentiraient jamais confortables dans un climat social de la pensée critique éclairée et constataire des dérives de la gouvernance publique.

L'histoire américaine est entachée des lois prohibitives sur la vente et la consommation des produits alcoolisés. Mais, ces lois sont promulguées pour corriger les déviances résultées des inégalités socioéconomiques et le racisme blanc, générateurs de l'exclusion des minorités éthiques. Et l'alcool, comme produit de contrebande, vendu et consommé essentiellement dans les lieux d'activités nocturnes, procurait des revenus à des gens exclus d'une économie de transparence. Ce qui favorisait des activités de criminalité. Ainsi, la prohibition et le contrôle par la taxation sur les produits alcoolisés aux États-Unis a été un moyen de combattre la criminalité, et d'inciter l'état à mener des politiques sociales pour l'intégration des minorités exclues de leurs droits sociaux, économiques, et culturels. Aujourd'hui, les effets de la prohibition ont permis que la consommation d'alcool dans ce pays soit un élément qui accompagne les formes de loisirs qui sont offerts aux citoyens qui ont des salles de cinéma, de concert, des stades et des parcs sportifs. Mais aussi des lieux nocturnes de loisirs que représentent des concepts de Bar, de discothèque, et de restaurant très modernes, et exprimant la culture que les élites offrent aux gens qu'ils dirigent.

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