« Une population très hétérogène peut obtenir une immunité collective plus facilement », selon des chercheurs
Qu’en est-il à l’heure actuelle de l’immunité collective tant souhaitée ? Alors que l’Europe est en train de subir une résurgence de la pandémie, voici que des chercheurs pointent du doigt l’effet de la pollution at-mosphérique sur les malades atteints de coronavirus.
Quand il y a des épidémies à propagation rapide comme l'actuelle Covid-19, on s'attend généralement à ce qu'une grande partie de la population soit infectée avant que l'immunité collective ne soit acquise et que le pic de la maladie ne s'atténue. Jusqu’ici, l'estimation du moment où le seuil est atteint est, en règle générale, basée sur des modèles qui supposent que tous les individus d'une population sont identiques. Les scientifiques de l'Institut Max Planck pour la physique des systèmes complexes de Dresde (Al-lemagne) ont utilisé un nouveau modèle pour montrer que l'immunité col-lective peut être obtenue beaucoup plus tôt si certains individus sont in-fectés beaucoup plus facilement que d'autres.
Comment ? Selon les chercheurs de l’Institut Max Planck, la plupart des épidémies diminuent sans qu'une grande partie de la population ne soit in-fectée. Ces scientifiques ignorent cependant ce qui détermine exactement ce tournant et l'ampleur d'une épidémie. Mais ils réalisent que de nombreux modèles d'épidémie sont basés sur l'hypothèse que les individus d'une population sont essentiellement identiques. Homogènes. Cependant, au sein d’une population, chaque individu est différent. Par exemple, certaines personnes ne sont pas contaminées lorsqu'elles entrent en contact avec une personne infectée, soit en raison d'un système immunitaire plus fort ou d'un meilleur comportement en matière d'hygiène. D’autres le sont facilement.
Une équipe de l’Institut Max Planck pour la physique des systèmes com-plexes a étudié les conséquences de cette hétérogénéité sur la propagation d'une épidémie, rapporte la revue de cet Institut. Si les individus diffèrent dans leur sensibilité à l'infection, les plus sensibles sont infectés en premier. Cela conduit à une augmentation rapide du nombre d'infections au début d'une épidémie. Les scientifiques expliquent que cette partie très sensible de la population est rapidement immunisée ou alors, elle meurt. « En moyenne, le reste de la population devient ainsi plus résistante et plus résiliente au virus. Cela ralentit le taux d’infection et l’immunité collective peut être obtenue plus tôt qu’on ne le pensait habituellement », indique l’équipe de chercheurs. Conclusion : une population très hétérogène peut déjà obtenir une immunité collective si une petite partie des gens est immunisée. Dans une population homogène, cependant, cela n'est possible que si la majorité est immunisée.
Selon le modèle des chercheurs de Dresde, l’évolution d'une épidémie peut s'expliquer par différents scénarios dans lesquels les mesures prises pour contenir l'infection et l'hétérogénéité de la population ont, chacune, une in-fluence plus ou moins importante. Dans une population homogène, l'im-munité ne joue pratiquement aucun rôle tant qu'une proportion importante de la population n'est pas immunisée, signalent-ils. Une baisse précoce des taux d'infection ne pourrait donc s'expliquer que par d'autres facteurs tels que les mesures de confinement, les gestes barrières et les règles d'hygiène. En revanche, dans une population très hétérogène, même la résistance d'une petite partie de la population peut contribuer à faire reculer la maladie.
Toujours selon l’Institut, une baisse précoce des taux d'infection peut donc ne pas être due aux seules mesures de confinement et des autres règles. Elle peut également être due au fait qu'une population a presque atteint l'-immunité collective ou grégaire. En conséquence, l'évaluation de l'efficacité des mesures visant à contenir une épidémie doit donc tenir compte de l'hétérogénéité d'une population.
La deuxième vague
Selon l’Institut allemand Robert Koch (RKI), l'expérience acquise avec d'autres infections à coronavirus - tels que le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) - suggère que l'immunité pourrait durer jusqu'à trois ans. Cet institut a lancé plusieurs études nationales sur les anticorps en avril pour en savoir plus sur le nombre de personnes qui pourraient déjà être immunisées contre la Co-vid-19. « Les résultats des études sur les anticorps sont d'une grande im-portance pour une évaluation plus précise du cours et de la gravité de la pandémie et aussi pour une appréciation optimale de l'efficacité des me-sures prises », estime le président du RKI, le professeur Lothar Wieler.
Cependant, une étude britannique parue en juillet 2020 (1) a découvert que les anticorps assureraient une potentielle immunité aux patients, mais que celle-ci diminuerait, voire disparaîtrait au bout de quelques mois. Ces ré-sultats suggèrent donc que les anticorps auraient une durée de vie limitée. Si tel est le cas, les patients déjà touchés par la Covid-19 pourraient donc être ré-infectés. Ce constat ne remet-il pas en question l’idée d’une potentielle immunité collective ? Le commun des mortels ne sait plus à quel saint se vouer.
Depuis le début de l'épidémie, l'immunité grégaire est présentée comme une solution pour lutter contre le coronavirus. Mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) y est opposée. Pour elle, laisser le virus circuler pour l’atteindre « n’est pas une option ». Une telle décision est, selon le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, doublement problématique : scientifiquement et éthiquement.
Après une baisse de l’épidémie il y a quelques mois, une augmentation spectaculaire des infections à coronavirus a été observée en Europe depuis plusieurs semaines. On prévoit que la deuxième vague sera plus sévère que la première.
Afin d'éviter des dégâts, les autorités recommandent la réduction drastique des contacts qui pourraient potentiellement conduire à une infection. En Allemagne, les autorités jugent nécessaire de réduire à un quart les contacts sans mesures de précaution et de le faire dans tous les États fédéraux ainsi que dans tous les districts et villes, selon des règles uniformes à l'échelle nationale.
L'objectif est de réduire le nombre de cas à un point tel que les autorités sanitaires puissent à nouveau retracer complètement les contacts. Dès que cela sera possible, les restrictions pourraient être soigneusement assouplies sans la menace immédiate d'une nouvelle vague de la pandémie. Les groupes à risque doivent être protégés de manière cohérente par des mesures ciblées, la communication des mesures de précaution doit être améliorée et les concepts d'hygiène, affinés et contrôlés. Quant à la fin du lockdown, on ne peut pour l’instant la prévoir. « C’est sérieux ! », ont averti, le 27 octobre dernier, les présidents des six principales organisations scientifiques (2) du pays dans une déclaration commune.
Pollution atmosphérique
Nouvelle donne : la pollution de l'air augmente apparemment le risque de mourir de la Covid-19. C'est la conclusion à laquelle est parvenue une équipe internationale de chercheurs (3). Selon l'étude, 15 % de tous les dé-cès de malades de Covid-19 dans le monde sont dus à l'exposition à des particules d'origine humaine, telles que celles provenant de la combustion de combustibles fossiles (en Allemagne, ce chiffre atteint 26 %). Appa-remment, les particules endommagent les vaisseaux sanguins de la même manière que le Sars-CoV-2 et permettent au virus d'infecter plus facilement les cellules des poumons.
D'après les auteurs de cette étude, la proportion de décès des malades de la Covid-19 dus à la pollution atmosphérique est de 19 % en Europe, 17 % en Amérique du Nord et 27 % en Asie de l'Est. Effarant, car, comme le re-grettent les scientifiques, ces chiffres correspondent à une estimation de la proportion de décès dus de patients atteints du coronavirus qui aurait pu être évitée si la population n'avait pas été exposée à la pollution atmosphé-rique d'origine humaine, c'est-à-dire s'il n'y avait pas eu d'émissions prove-nant de l'utilisation de combustibles fossiles et d'autres sources anthro-piques (4). Le fait que le risque de mourir de la Covid-19 augmente lorsque l'on respire de l'air pollué sur une longue période est évident, affirment les chercheurs. Mais on ne peut pas le mesurer directement. On ne sortira pas de l’auberge de si tôt.
H. Hérard
N.D.L.R.
(1) Revue de pré-publication scientifique MedRxiv
(2) Deutsche Forschungsgemeinschaft, Fraunhofer-Gesellschaft, Helmholtz-Gemeinschaft, Leibniz-Gemeinschaft, Max-Planck-Gesellschaft und Nationaler Akademie der Wissenschaften Leopoldina.
(3) Les centres de recherche ayant participé à la recherche sur la proportion de décès de malades de Covid-19 dus à la pollution atmosphérique sont les sui-vants : l’Institut Max Planck de chimie de Mayence, Harvard T.H. Chan School of Public Health, Centre for Climate Change and Planetary Health de Londres, l'hôpital de la Charité à Berlin et le Centre médical universitaire de Mayence.
(4) Source : Institut Max Planck, 27 octobre 2020.
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