Narcisse
Écouter l'article
Le 8 novembre, le monde entier a poussé un ouf de soulagement après la victoire du candidat démocrate Joe Biden (77 ans). Qu’ils soient de droite ou de gauche, américain sou étrangers, la plupart des gens se sont réjoui de ce que l’atypique Donald Trump, le plus controversé que l’Amérique ait connu, ne soit plus à la Maison-Blanche.
« Le sénateur Barack Obama était mon adversaire, maintenant, il est mon président… Je lui souhaite bonne chance ! », a déclaré le candidat républicain John McCain lorsque son rival démocrate a remporté les urnes en 2008. Rien à voir avec le comportement immature de Donald Trump qui refuse d’admettre sa défaite. D’ailleurs, il cultive un profond mépris pour les losers, les perdants. Déjà des mois avant les élections, il avait annoncé qu’il n’accepterait pas le verdict des urnes s’il perdrait les élections. Il était même allé jusqu’à dire que s’il n’est pas élu une nouvelle fois, c’est qu’il y aura magouille. Dès le début de la semaine, une équipe de juristes se prépare même à contester le processus électoral qu’elle déclare d’emblée frauduleux. Une stratégie qui consiste à laisser planer le doute sur le scrutin de manière à provoquer un malaise au sein des institutions américaines. Avec Narcisse, c’est « après moi, le déluge ».
Si McCain avait, en acceptant dignement sa défaite, fait preuve d’une maturité psychologique, tant sur le plan personnel et politique, on ne peut pas en dire autant de Trump. Rien d’étonnant quand on connaît le comportement erratique de l’ancien locataire de la Maison-Blanche dès le début.
Déjà en 2017, un an après sa victoire aux élections, une discussion avait éclaté à propos de sa santé mentale. À l’époque, une douzaine de psychiatres et de psychologues avaient émis des doutes sur sa capacité à gérer le pays tandis que d’autres mettaient en garde leurs confrères contre une « stigmatisation » des malades mentaux. Ils estimaient que les personnes dépressives, les patients souffrant d’anxiété ou les névrosés, même les très malades, étaient des gens tout à fait inoffensifs. Et qu’on ne devrait pas mettre ces personnes « dans le même panier que Trump ».
L’an d’après, en 2018, 27 professionnels de la santé mentale avaient même publié un ouvrage intitulé « The Dangerous Case of Donald Trump ». Ces spécialistes avaient déclaré que le cas Trump était tellement grave qu’ils se voyaient contraints de faire une exception aux règles de Goldwater (1) et de prendre leur responsabilité morale en mettant l’opinion publique en garde contre « un homme qui n’a rien à faire à la tête d’une nation ».
Dans la préface du livre, le psychanalyste allemand Hans-Jürgen Wirth (69 ans) a même avancé que Donald représentait « un danger pour son pays et même pour la paix mondiale ». Les psychiatres ont exprimé de sérieux doutes quant à la capacité de ce président à gouverner le pays. Pour eux, il ne s’agissait pas d’émettre un diagnostic, mais d’attirer l’attention sur une attitude pathologique. Aussi ont-ils établi une liste des traits de caractère observés chez le président comme « l’impulsivité » ou la paranoïa « qui lui fait voir des menaces là où il n’y en a pas ». Trump ferait montre d’un « manque d’empathie, ce qui veut dire que la destruction d’autres personnes n’a pas d’importance pour lui ». Ces psychiatres y auraient aussi découvert « une façon de se projeter comme le meilleur dans tous les domaines ». Ils considéraient que « lorsque quelqu'un a un besoin d’adulation qui n’est pas assouvi, alors la violence est un moyen rapide de provoquer la peur, sinon le respect ».
« Pareil à Hitler, Staline et Mussolini »
Et voilà qu’en 2020, deux mois avant les élections, un film documentaire intitulé « Unfit : The Psychology of Donald Trump », tirait pour la troisième fois la sonnette d’alarme en analysant de manière plus précise la psyché de Donald Trump. Comme pour le livre de 2018, les psychologues qui intervenaient dans le film de Dan Parkland (2) ont argumenté qu’il était de leur devoir d’alerter l’opinion publique des États-Unis à propos de l’état psychique de Trump. John Garnter, l’un des experts interrogés, a diagnostiqué un « narcissisme maligne ». Ce diagnostic inclut d’autres traits tels que la paranoïa, le sadisme et un trouble de la personnalité anti-sociale. La sociopathie est caractérisée, selon les psychologues, par « le mépris des normes sociales, une difficulté à ressentir des émotions, un manque d’empathie et une grande impulsivité ».
D’après ce que Gartner a indiqué l’AFP, Trump accuserait des traits de caractères déjà observés chez des dictateurs comme Adolf Hitler, Joseph Staline et Benito Mussolini. Il a ajouté que ces types de chefs auraient toujours existé et qu’ils seraient « particulièrement destructeurs ». « Il ne s’agit pas de savoir s’il est aussi grave qu’Hitler ou pareil à Hitler », dénonce-t-il. « C’est le même diagnostic que pour Hitler ».
La vanité de Trump et son penchant naturel pour le mensonge se sont manifestés très ostensiblement au cours de sa campagne électorale, mais d’aucuns pensaient que sous le poids de la charge, il changerait. Trump avait par exemple insisté sur le fait qu'il avait capté plus de téléspectateurs que son prédécesseur Barack Obama, qu'il détestait passionnément. Le porte-parole de l'époque, Sean Spicer, ainsi que sa directrice de campagne et conseillère, Kellyanne Conway, ont dû justifier les vantardises de leur employeur auprès de la presse. À cette époque, Conway a utilisé pour la première fois une formulation qui caractérise encore aujourd'hui le mandat de Donald Trump : « alternative facts ». Une métaphore pour « fake news » ?
Avec l'aide de divers experts – avocats, historiens et anciens employés de services secrets ainsi que des critiques connus de Trump - et de nombreuses archives, le film dévoile les différents aspects du passé du président sortant et son comportement erratique, en soulignant ses nombreux écarts et scandales, sans oublier d’évoquer ses fameux coups au golf.
Joe Biden : « réunir et non diviser »
Quiconque a suivi les discussions de ces dernières années avec une certaine attention, devrait connaître une grande partie du film de Parkland, qui a fait l'objet de recherches minutieuses. Les jugements et les enregistrements vidéo que le réalisateur a déterrés n'apportent pas vraiment d'éclairages nouveaux. Le public est coutumier des mensonges, des accusations spontanées et impitoyables, des attaques à la limite du racisme et du machisme ainsi que des auto-félicitations dans lesquels l’ex-président est passé maître. En ce sens, « #Unfit - The Psychology of Donald J. Trump » un résumé sans concession du premier mandat de Trump.
Le film tente de se faire une idée du psychisme du désormais ex-président à partir d'observations de ses apparitions. Il traite également de la question de savoir si une évaluation à distance est possible et utile, tout en se penchant sur l'historique de ces évaluations. Dans le cas particulier de Trump, c'est un peu plus facile, car personne ne cherche à briller en public avec un tel acharnement.
Autre thème évoqué par le film : qui veut avoir un menteur notoire dans la plus haute fonction, pour quelles raisons, et quels effets cela a sur les États-Unis et le reste du monde. Ces points soulevés ne sont là que pour montrer le danger de son règne. Tout compte fait, la documentation n'est rien d'autre qu'une confirmation pour les opposants qui, en fait, n'en ont pas besoin. C’est juste un rappel de ce que quasiment tout le monde sait.
Dans son discours après la proclamation de sa victoire le 8 novembre dernier, Joe Biden a annoncé qu’en tant que président, il entend « non pas diviser, mais réunir ». C’est ce que le monde entier espère après ces quatre années particulièrement éprouvantes. Cet outsider de Trump a voulu tout faire autrement, mais pas forcément dans le bon sens, car il a plus divisé son pays - et le monde - qu’autre chose. Est-ce que l’avertissement des psys a eu un certain impact ? On ne le sait. En tout cas, l’échec de Trump montre que l’Amérique, après des années de débauche verbale aussi gênante que révoltante, s’est reprise. À temps. Même si certains redoutent déjà le fait que Donald Trump ne repose sa candidature dans 4 ans.
Huguette Hérard
N.D.L.R.
(1) Les règles de Goldwater du code de déontologie de l’Association américaine de psychiatrie stipulent qu’il est contraire à l’éthique de donner un avis professionnel sur des personnalités que les médecins psychiatres n’ont pas examinées en personne et dont ils n’ont pas obtenu le consentement pour évoquer leur santé mentale en public.
(2) Le film est disponible sur les plateformes de streaming sur Internet depuis début septembre 2020.
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.