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Urgence diplomatique : Paul Altidor invite les élites haïtiennes à repenser les relations haïtiano-américaines !

Urgence diplomatique : Paul Altidor invite les élites haïtiennes à repenser les relations haïtiano-américaines !

Déconstruction sociale systématique de la société haïtienne dans toutes ses composantes jusqu'à imposer une trivialité dévalorisante dans la politique extérieure d’Haïti et les relations internationales, particulièrement avec les États-Unis. « À chaque nouvelle année, la République d’Haïti devient de plus en plus pauvre », déplore l’ancien ambassadeur d’Haïti aux États-Unis (2012-2019), Paul Altidor.

Diplomatie prospective, proactive et pragmatique, tel est le vœu qui semble animer cet ancien représentant d’Haïti aux États-Unis pendant 7 ans. « Les Haïtiens deviennent de plus en plus passifs et parfois trop confortables dans leur peur du « Blanc », à qui ils laissent souvent le soin de décider des choix et moyens, et de résoudre certains problèmes primaires, élémentaires ou domestiques. », s’indigne le diplomate, qui, sans faire de leçon de morale, invite à des réflexions profondes pour repenser les relations haïtiano-américaines.

De la nécessité de : « Re-penser les relations haïtiano-américaines : urgence et nécessité », tel a été le thème abordé par l’ambassadeur Paul Altidor, au cours d’une conférence présentée à l’auditorium de l’Université Quisqueya, le mardi 10 novembre 2020.

Durant la communication du diplomate haïtien, qui a fait suite à l’introduction (mise en contexte) du recteur de l’UniQ, le professeur Jacky Lumarque, avec la participation de l’économiste Fritz Jean, qui fait office de président de l’Institut haïtien de politiques publiques (INHOPP) comme modérateur, Paul Altidor a pris le soin d’attirer l’attention des dirigeants et des élites du pays, incluant la société civile et les universités sur les urgences actuelles pour Haïti de disposer d’une véritable stratégie de politique extérieure, priorisant un nouveau type de leadership et une politique publique plus cohérente, efficace et prenant en compte les différents leviers sous exploités.

Dans ce nouveau plaidoyer pour le renouveau de la diplomatie haïtienne, l’ancien ambassadeur d’Haïti au pays du nouveau président élu Joe Biden, Paul Altidor, qui a déjà collaboré avec des institutions sous la houlette de l’ancien président Bill Clinton, croit que : « Haïti improvise trop dans les relations avec les États-Unis. Il y a un vide. Il n’y a pas de canevas dans les relations. Nous attendons trop par rapport à ce que pensent les Blancs… ».

Derrière ses pertinentes expériences diplomatiques comme ses déceptions, l’ancien représentant d’Haïti auprès de l’administration Obama a pris le soin d’attirer l’attention des dirigeants haïtiens, des élites et de tous les acteurs concernés indistinctement autour de deux urgences en cours. L’obligation de dépolitiser la diplomatie haïtienne, pour pouvoir mieux utiliser et profiter des ressources assez qualifiées et motivées, malheureusement sous exploitées par les autorités, qui auraient pu contribuer dans la formulation de cette nouvelle stratégie.

Dans un deuxième temps, il invite à une meilleure lecture et appréciation du document de politique étrangère des États-Unis, à l’égard d’Haïti. Un document qui a été actualisé au lendemain du 12 janvier 2010, selon l’ancien étudiant devenu conférencier de la prestigieuse université américaine MIT.

Décrivant ce document de cadrage de la politique extérieure des États-Unis à l’égard d’Haïti, l’ambassadeur Paul Altidor, dans un souci pédagogique a pris le soin de rappeler l’actuelle logique de Washington envers Haïti. « En fonction de l’ensemble des changements en cours dans les relations internationales et la géopolitique américaine dans le monde au cours des dernières années, les États-Unis ont choisi de prioriser en dehors des deux piliers traditionnels tels les forces militaires et la diplomatie, l’axe de l’aide au développement pour entretenir ses relations avec la République d’Haïti, utilisée cobaye dans une telle démarche. », rapporte le conférencier haïtien qui tenait un exemplaire du document en main, tout en invitant les participants à le consulter sur internet.

Démarche élémentaire pour repenser les relations haïtiano-américaines. Combien et qui sont les rares dirigeants et les élites politiques en Haïti au courant de ce dossier ou qui maitrisent pratiquement ce document de la politique extérieure des États-Unis envers Haïti ? Quelles sont les réflexions, les analyses, les recommandations et les contre-propositions haïtiennes à formuler dans les semaines, les mois et les années à venir, pour assurer un meilleur équilibre dans les relations entre les deux pays ? Pourquoi Haïti doit-elle définir dans la forme et le fond un canevas dans ses relations avec les États-Unis ? Quels sont les leviers à identifier pour mettre en application une telle politique publique ?

Des leviers incontournables, intelligents et durables et des considérations pour concevoir la nouvelle politique étrangère d’Haïti envers les États-Unis, à prendre en compte selon le diplomate Altidor. Il expose, explique et propose en ces termes : « La prise en compte qualitative et quantitative de la communauté haïtienne émergente (économiquement, politiquement, intellectuellement) aux États-Unis ; la formulation d’un document de stratégie globale de politique étrangère pour Haïti, avec une déclinaison dans les relations bilatérales entre Haïti et les États-Unis ; une meilleure exploitation des icônes de la diaspora haïtienne comme dans le cas de la plus riche joueuse de tennis actuellement dans le monde, Naomi Osaka et ses quelques petits investissements envers la terre natale de son père ; l’urgence d’approfondir des réflexions sur des aspects importants dans les relations entre les deux pays, tout en attirant l’attention sur la recherche des services de santé aux États-Unis par les familles aisées haïtiennes, la sécurité d’Haïti, à travers le cas de la Police nationale d’Haïti (PNH), largement supportée par les États-Unis, l’importance d’une nouvelle forme de coopération universitaire qui passerait de l’octroi des bourses aux étudiants haïtiens au renforcement des universités haïtiennes, la libre circulation de certains missionnaires américains en Haïti sans aucun contrôle des autorités haïtiennes, parmi tant d’autres sujets pertinents.

Difficile de bâtir une véritable politique publique, sur fond de politique extérieure pour mieux structurer les relations entre Haïti avec les États-Unis, sans une stabilité politique et institutionnelle dans le pays, déplore et constate l’ambassadeur Altidor, qui rappelle au cours de ses sept années passées en poste, avoir servi pratiquement : « 3 présidents de la République (Michel Martelly, Jocelerme Privert et Jovenel Moïse) ; 6 Premiers ministres (Gary Conille, Laurent Lamothe, Evens Paul, Enex Jean-Charles, Jack Guy Lafontant et Jean-Henry Céant) et 7 ministres des Affaires étrangères. », affirme-t-il pour montrer l’impossibilité pour le pays de disposer d’un temps et des suivis dans les dossiers avec autant de changements.

Diplomate autodidacte, il est rentré au ministère des Affaires étrangères pour occuper le poste d’ambassadeur d’Haïti auprès de l’un des partenaires d’Haïti les plus influents et les plus stratégiques, sans pour autant bénéficier d’une formation au sein de l’administration centrale de la Chancellerie avant sa prise de fonction, a fait savoir le conférencier. C’est grâce à son statut de haut cadre international et son excellent parcours académique, après avoir servi des institutions comme la Banque mondiale, entre autres, qu’il a su développer les compétences et les qualités d’un bon et grand diplomate pour marquer son passage et réussir sa mission, raconte souvent ce fier fils du département de la Grand-Anse.

Durant le passage de l’ambassadeur Altidor dans l’une des plus importantes missions diplomatiques haïtiennes, beaucoup se souviennent à quel point, la diplomatie culturelle haïtienne avait été au rendez-vous dans l’un des plus beaux bâtiments de Washington qui sert de prolongement de l’administration centrale haïtienne. À travers les représentations des talents, la richesse de la cuisine haïtienne, des échanges et la mobilité des universitaires étrangers et ceux d’origine haïtienne, intéressés par Haïti dans leurs recherches, l’histoire et les valeurs, la créativité et l’identité d’Haïti étaient inscrites dans les cartes de visite et les agendas diplomatiques dans la capitale américaine.

Daly Valet et Fred Lizaire, deux figures des médias, le diplomate de carrière Fritzner Gaspard, l’ancien ministre Lesly Voltaire, le consul honoraire de la Russie en Haïti, Wilhem Lemke, figurent parmi les participants qui ont pris la parole lors des débats. Chacun suivant ses compétences et ses expériences, et ses observations autour des relations entre les deux pays, questionne ou propose des pistes de solutions dans ce débat si pertinent pour le présent et l’avenir d’Haïti, dans ce contexte de crise nationale, dont plusieurs des acteurs concernés restent très accrochés aux positions et aux décisions de la plus imposante des infrastructures diplomatiques dans la commune de Tabarre, l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince.

Dans un panel composé de trois des figures importantes de l’intelligence haïtienne, tous des universitaires et des cadres de haut rang, dont un recteur et ancien candidat à la Présidence, un ancien gouverneur de la Banque centrale et Premier ministre nommé, un ancien haut cadre de la Banque mondiale et ambassadeur d’Haïti, les participants et le public qui assistaient à distance à la conférence avaient certainement droit à un débat de bonne facture. Qu’est-ce qui manque pratiquement pour sensibiliser et responsabiliser encore plus les acteurs pour agir dans le bon sens ? Comment créer l'ultime déclic pour aboutir à cette rupture et sortir de ces relations déséquilibrées, dévalorisantes, déstabilisantes entre les deux premiers États indépendants dans le continent Amérique, selon plus d’un ?

Des ingrédients factuels et des arguments actuels pour repenser les relations entre Haïti et les États-Unis, dans cette crise politique démocratique et chronique, et face aux urgences diplomatiques du moment qui vont charpenter l'avenir du pays, telle a été la récolte obtenue à la fin de cette conférence de l’UniQ, qui célèbre ses trente ans d’existence, de contribution et de renouvellement de l'intelligence...

Dominique Domerçant

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