1.214 personnes sont mortes en fuyant à travers la Méditerranée cette année
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Le commissaire du gouvernement fédéral allemand pour l'Afrique, Günter Nooke, appelle à un engagement accru en faveur du continent. Ce nouvel appel vient à un moment où la situation des réfugiés qui prennent le chemin de l'Europe en bravant la Méditerranée est encore très difficile avec le coronavirus.
Le prochain gouvernement allemand devra élever sa politique en la matière à un tout autre niveau, compte tenu de l'industrialisation du continent, a déclaré M. Nooke au quotidien allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Si l'Union européenne ne veut pas qu'une centaine de millions d'Africains viennent en Europe comme travailleurs migrants au cours des prochaines décennies, elle doit relever ce défi sur le plan géopolitique, a déclaré le responsable gouvernemental. Nooke préconise aussi la création de zones de stabilité dans les pays en crise grâce à une approche conjointe de coopération au développement, de soutien à l'éducation, de construction d'infrastructures et de sécurité militaire.
Selon les statistiques du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le nombre de personnes fuyant la guerre, les conflits et les persécutions dans le monde n'a jamais été aussi élevé. Fin 2020, le nombre de personnes fuyant les persécutions, les conflits, les violences et les violations des droits de l'homme dans le monde s'élevait à 82,4 millions, soit 4 % de plus qu'un an auparavant.
Plus de deux tiers des réfugiés et déplacés proviennent de 5 pays seulement : la Syrie reste le premier pays d'origine des réfugiés dans le monde (6,7 millions), suivie du Venezuela, de l'Afghanistan, du Sud-Soudan et du Myanmar. La faim en Afrique de l'Est et au Yémen, les combats en Irak, en République centrafricaine, au Burundi, en Ukraine obligent des millions de personnes à fuir.
42 % des personnes déplacées sont des filles et des garçons de moins de 18 ans. Les enfants qui se déplacent seuls sont particulièrement vulnérables.
Toujours selon les estimations du HCR, près d'un million d'enfants sont nés réfugiés entre 2018 et 2020. En 2021, jusqu'au 22 août, 1 214 personnes sont mortes en fuyant à travers la Méditerranée. Depuis 2014, plus de 22.200 réfugiés s'étaient noyés en Méditerranée à cette date. En 2016, plus de 5 000 personnes sont mortes sur la route maritime vers l'Europe. (« Statista », 22 août 2021)
Dans un article paru dans le quotidien allemand « Süddeutsche Zeitung » (25 août 2021), le chef de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Canadien Federico Soda, estime qu’en Europe, les gens ont tendance à ne regarder que le nombre d'arrivées et non du point de vue du récit de la migration. Ce qui, selon lui, est dangereux, car cela conduit à un sentiment anti-migrants et à de fausses prédictions. « Cela conduit également à ignorer les facteurs déterminants et les souffrances qui se déroulent en Libye. »
Il indique qu’il existe en Lybie 580.000 migrants et de réfugiés. Si on a pu enregistrer une baisse de 80 000 personnes, cela est dû principalement au Covid-19. L'impact de la pandémie ainsi que le conflit libyen placent les migrants et les réfugiés dans les situations les plus difficiles.
Selon ses informations, la grande majorité des migrants n'essaient même pas de rejoindre l'Europe en bateau depuis la Libye. Ils souhaitent trouver du travail sur place. Mais il estime que tant que les migrants connaissent des conditions terribles en Libye, ils auront toujours tendance à prendre la route de la Méditerranée. Cela ne changera pas tant qu’il n'y aura pas de stabilité et de sécurité en Libye et tant que le trafic de migrants ne sera pas endigué.
Soda explique en outre que les gens choisissent d'utiliser les bateaux des passeurs parce que pour certains, le voyage de retour dans leur pays est trop coûteux et difficile. « Il est très difficile de se rendre en Libye, mais il est tout aussi difficile d'en sortir. Les Africains de l'Ouest, en particulier, disent qu'ils peuvent difficilement revenir par leurs propres moyens. Même s'ils ont de l'argent, les options légales sont très limitées. » Comme beaucoup de personnes, le Canadien pense qu’en l'absence de moyens légaux de traverser l'Afrique, il est « facile de se tourner vers les contrebandiers ».
Avec le programme de retour de l'OIM, 55 000 personnes ont été ramenées chez elles depuis 2015. « Mais au plus fort de la pandémie de 2020, même ce projet est resté au point mort, sans vols et avec d'autres restrictions. Ceux qui veulent traverser la mer se heurtent souvent aux garde-côtes libyens. » Que de fois n’a-t-on accusé ceux-ci de violence à l'encontre des migrants et même d'abandonner des naufragés ! Soda le sait aussi. « L’OIM a parfois des témoignages de migrants, mais beaucoup sont, estime-t-il, traumatisés et incapables de raconter les détails de leur traversée. » Il avoue ne pas savoir dans quelle mesure les garde-côtes respectent les normes internationales. Mais ce qui est certain pour lui, c'est que ceux-ci sont intervenus dans plusieurs cas de chavirement de bateaux. « La situation en Méditerranée serait bien pire sans les missions de sauvetage privées et sans les garde-côtes libyens qui sortent les gens de l'eau. », reconnaît-il.
En termes de traitement des migrants et de violations de la loi, il y a plus de risques sur terre qu'en mer, signale-t-il. « Les garde-côtes se sont améliorés, mais le fait est que les personnes qu'ils arrêtent finissent entre les mains du Département pour le contrôle de la migration illégale (DCIM). La plupart finissent dans des centres de détention à Tripoli. La question des garde-côtes est donc un peu trompeuse, les vrais problèmes se situent à terre. »
Pour ce qui est de la collaboration de l'OIM avec les autorités, elle ne serait pas, selon lui, facile. La capacité de l'appareil gouvernemental central pour faire respecter la loi et l'ordre resterait « limité ». « Une question se pose : où est le reste des 20 000 rapatriés par les garde-côtes qui ne vont pas dans des camps ? Les autorités ne se soucient guère d'eux. Il n'y a toujours pas de chaîne de protection. » Donc il pense que tant qu'il n'y aura pas de protection globale, nous ne pourrons pas dire que la Libye est un endroit sûr où ramener les gens.
Le modèle économique des gangs de contrebandiers n'est pas touché. Selon Soda, la traite des êtres humains ne s'arrête pas parce qu'il y a un nouveau gouvernement ou que les combats cessent en Libye. Cette criminalité est, selon lui, en parte fortement ancrée dans le pays.
Il ajoute que les navires des ONG remplis de personnes secourues doivent presque toujours attendre qu'un port leur soit attribué. « Ceci est dû à un problème toujours identique : établir une répartition équitable des réfugiés et des migrants en Europe. »
Concernant ce problème, la position de l’OIM serait de « mettre urgemment en place un mécanisme de débarquement sûr et prévisible en Méditerranée centrale ». Le Canadien croit toutefois que la solution durable ne se trouve pas en mer ou sur les navires de sauvetage. Il devrait s'agir de mesures provisoires pendant que des solutions plus durables sont recherchées. Par exemple, il pense que l'UE a besoin d'une politique globale en matière de migration et d'asile et d'une Libye stable et pacifique, capable de gérer les migrations.
Pour ce qui est du sauvetage en mer, il pense que c’est une « obligation morale et légale » des États. Dans le passé, le sauvetage européen en mer « proactif » a permis de sauver des centaines de milliers de vies, devait-il rappeler. L'OIM a appelé les pays européens à rétablir le sauvetage en mer. « Mais cela exige davantage de solidarité et de partage des responsabilités en Europe », fait-il remarquer. Pour finir, il critique l’idée répandue selon laquelle les missions de sauvetage provoqueraient ou encourageraient les traversées.
Huguette Hérard
NDLR
(1) Statista, 22 août 2021
(2) Chef de mission de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Canadien Federico Soda est responsable des programmes et des 450 employés de l'OIM en Libye depuis 2019. L'Organisation des Nations unies, l'OIM, appartient à 174 pays et possède des bases dans 100 États. L'OIM soutient les pays en matière de politique migratoire et aide les migrants en leur apportant une aide humanitaire, en les accompagnant dans les situations d'urgence et en leur proposant des projets durables.
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