Les droits humains en Haïti, une préoccupation majeure
72 années après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’application de ce texte reste une illusion en Haïti, en dépit de la participation du pays lors de l’élaboration de ce document. La Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) exprime ses préoccupations sur la détérioration de la situation des droits humains dans le pays.
Pour l’année 2020, le climat d’insécurité qui sévit le pays a menacé le droit à la vie des individus vivant sur le territoire national. Des assassinats en série aux multiples séquestrations, les groupes armés ont pris le contrôle de certaines agglomérations à la place de l’État qui devrait garantir la protection du droit à la vie, à la libre circulation des citoyens. En effet, outre des problèmes d’ordre structurels qui engendrent la violation des droits humains dans le pays, la pandémie de Covid-19 a effleuré le système sanitaire haïtien qui peine à fournir une couverture nationale accessible à tous.
Selon la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), de novembre 2018 à date, 10 massacres, qui ont fait des victimes considérables, sont enregistrés dans les quartiers populeux. De janvier 2020 à date, le regroupement des organisations des droits humains recense 944 personnes assassinées et 124 cas de kidnappings confirmés. « Les libertés se réduisent de plus en plus et les citoyens ne peuvent pas circuler en toute quiétude dans le pays », indiquent la POHDH à l’occasion de la Journée des droits humains le10 décembre.
Pour la POHDH, il y a une complicité entre le pouvoir en place et les groupes armés. La coalition affirme que depuis deux ans les gangs prolifèrent dans le pays sous le regard passif de l’État, tandis que les rassemblements publics et les mouvements de protestation pacifiques sont systématiquement réprimés par la police nationale. À plusieurs reprises, les agents de la PNH ont dispersé des manifestations pacifiques à l’aide de gaz lacrymogène et de projectiles en caoutchoucs et réelles.
Sur le plan institutionnel, la situation reste corsée malgré la présence d’un ministre délégué auprès du Premier ministre, en charge des Droits humains. Pour la POHDH, les institutions qui garantissent la démocratie et les droits humains sont sous la commande du pouvoir exécutif ou tout simplement du président Jovenel Moise. « La multiplication des décrets arbitraires et inconstitutionnels par l’Exécutif est une manœuvre attentatoire à la Constitution haïtienne de 1987 et aux acquis démocratiques dans l’ultime objectif de contrôler le pouvoir et d’exposer le pays à la dictature », explique la plateforme.
Un système judiciaire en défaillance
Au cours de cette année, le système judiciaire haïtien continue sa descente aux enfers. Un bâtonnier en fonction a été assassiné dans sa résidence. Jusqu’à présent, l’appareil judiciaire ne montre pas aucune volonté pour faire respecter les acteurs évoluant dans le système.
À en croire la POHDH, depuis l’arrivée de Jovenel Moise au pouvoir, la situation de dysfonctionnement de l’appareil judiciaire, qui connaissait déjà des problèmes d’ordres organisationnels et structurels, s’est empirée. Les grèves en cascade des différents acteurs du système judiciaire ont paralysé le fonctionnement des tribunaux dans le pays. En outre, la Plateforme des organisations des droits humains constate une volonté manifeste du Gouvernement de contrôler l’appareil judiciaire à travers certaines nominations irrégulières.
La question de la détention préventive prolongée constitue encore une épreuve dans les centres carcéraux du pays, malgré les multiples efforts de certaines ONG et institutions étatiques. « Avec moins d’un demi-mètre carré par détenu, la détention est inhumaine et c’est d’autant plus une torture qu’elle concerne des innocents… », ont reconnu les invités de la cinquième émission d’AGORA, « Chita pale sou dwa moun ».
Les droits sociaux relégués au second plan
Eu égard aux défis, dont le système sanitaire haïtien, l’Office de la protection du citoyen a choisi de mettre l’accent sur le droit à la santé à l’occasion de la Journée des droits de l’homme. Pour cette institution étatique de promotion des droits humains, le droit à la santé est un droit fondamental consacré par la Constitution haïtienne et de nombreux instruments internationaux. L’OPC souligne l’obligation qui est faite à l’État d’assurer à tous les citoyens et à toutes les citoyennes sur toute l’étendue du territoire national, sans aucune forme de discrimination, l’accès aux soins de santé à travers l’établissement d’un véritable système politique de santé axé sur la prévention, le traitement et qui doit être disponible, accessible, acceptable et adaptable.
Cette plaidoirie pour le droit à la santé, qui s’étend de janvier 2021 à octobre 2021, s’insère de la mise en œuvre du plan stratégique 2019-2024 et du plan opérationnel 2020-2021 de l’institution. Par cette campagne, l’OPC entend susciter une prise de conscience collective touchant les autorités, les acteurs du secteur sanitaire, la société civile et la population en général sur la nécessité d’une meilleure prise en compte des droits sociaux économiques et culturels dans les politiques publiques et plus particulièrement le droit à la santé.
De son côté, la POHDH a fait un regard critique des droits sociaux. Elle rappelle que les droits sociaux tels que le droit à la santé, à l’alimentation, au travail, à l’éducation, au logement sont systématiquement bafoués. Elle estime qu’avec les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur le secteur agricole, les conditions de sécurité alimentaire et nutritionnelle se sont dégradées.
Entre autres, face à la violation manifeste de ses droits, la POHDH appelle la population à s’organiser et se mobiliser pour défendre ses droits fondamentaux garantis par la loi-mère du pays et des instruments internationaux ratifiés par Haïti.
Woovins St Phard
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